Maroc : l’INDH un chantier de règne

En neuf ans d’existence, l’INDH a engendré un changement de société profond qui s’est traduit par un élan social mobilisant plus de dix mille acteurs directs, élus, associations et services déconcentrés de l’Etat. Elle a également offert l’opportunité aux citoyens de s’organiser localement et de se prendre en charge. Des milliers d’associations et de coopératives ont été créées autour de l’INDH ou se sont adossées à  l’initiative.

’est plus qu’un programme. C’est toute une philosophie. Fondée sur une vision globale et intégrée du développement social et humain, l’INDH vise la lutte contre les déficits sociaux en jetant les bases d’un développement harmonieux des villes et des campagnes. Ceci pour le principe. Ce qui fait l’originalité de l’Initiative nationale pour le développement humain, c’est surtout que c’est un programme communautaire participatif, en ce sens que ce sont les habitants des communes urbaines et rurales cibles qui expriment leurs besoins en matière d’équipements et de services sociaux, d’appui aux activités génératrices de revenus, de renforcement des capacités et d’animation sociale. Son autre particularité réside dans le fait que l’initiative se propose également de renforcer l’action de l’Etat et des collectivités locales sans pour autant se substituer aux programmes et politiques publiques des départements ministériels ou aux plans de développement économique et social des collectivités locales, institués depuis les élections de 2009. Ainsi, le lancement par S.M. le Roi Mohammed VI, le 18 mai 2005, de l’INDH venait valider une vision globale s’inscrivant dans un large mouvement de lutte contre l’exclusion, la marginalisation et la pauvreté et ciblant particulièrement les bidonvilles, les quartiers pauvres des zones urbaines et périurbaines, et plusieurs communes du milieu rural qui  souffrent de l’absence des services sociaux les plus élémentaires tels que la santé, l’éducation, l’eau, l’électricité, les infrastructures culturelles… Un peu plus de cinq ans plus tard, le lancement par le Souverain d’une deuxième phase de l’INDH, à Jerada, le 4 juin 2011, est venu donner un nouveau souffle à l’initiative, se traduisant par l’extension du ciblage, l’ajout d’un cinquième programme et la consécration d’une enveloppe budgétaire conséquente. Ces deux actes ont permis de lancer des dizaines de milliers de projets à fort impact social et d’initier des milliers d’activités génératrices de revenus moyennant des investissements colossaux. De telle sorte qu’aujourd’hui l’expérience de l’INDH est citée en modèle à suivre au plus haut niveau des organisations internationales, plus particulièrement pour les pays en transition et, globalement, ceux en développement.
Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, lui-même, n’a pas manqué de rendre hommage à l’esprit et à la vocation sociale qui président à l’INDH qu’il a qualifiée de «modèle de développement» pour tous les pays du continent africain. C’est que, en seulement cinq années, la dynamique salvatrice de ce chantier n’a pas tardé à se faire sentir dans le quotidien des Marocains vivant dans la pauvreté, avec à la clé des projets socio-professionnels de proximité en faveur des démunis habitant généralement des zones marginalisées et enclavées. Tout peut se résumer en une idée ambitieuse, une réalisation complexe, un coup d’essai réussi et une consolidation.
Tout est parti du désir du Souverain de mettre fin aux conditions difficiles dans lesquelles vivait une frange des Marocains. Des conditions parfois indécentes, où la dignité fait défaut. Il faut dire que S.M. le Roi a sillonné le Maroc en long et en large, au lendemain de son accession au Trône et continue à le faire aujourd’hui, n’hésitant pas à visiter les endroits les plus reculés, les plus enclavés. Ainsi, à titre d’exemple, entre septembre 2004 et juillet 2006, soit en moins de deux ans, il avait parcouru 72 000 km, visitant une cinquantaine de villes et localités. C’est sans doute au cours de ces déplacements que l’idée d’une Initiative nationale pour le développement humain est née.
L’idée s’est transformée en projet et le projet s’est concrétisé un 18 mai 2005. Mais l’INDH, qui devait durer initialement 5 ans, est devenue peu après un chantier de règne. Car ce n’est pas seulement un programme qui vise la lutte contre la pauvreté, la précarité et l’exclusion sociale à travers la réalisation de projets d’appui aux infrastructures de base, des projets de formations et de renforcement des capacités des citoyens ou encore de promotion d’activités génératrices de revenus et d’emplois. C’est une nouvelle approche de gestion de la chose publique, un produit purement marocain destiné aux Marocains mis en œuvre par les Marocains. Ainsi, le Souverain a voulu  relever le défi en lançant une initiative qui prône la gouvernance participative comme nouvelle méthode de gouvernance de la chose publique. En effet, que ce soit au sein des comités locaux présidés par les élus, des comités provinciaux présidés par les gouverneurs et des comités régionaux chapeautés par les walis, on a tenu à reproduire la même configuration. Un tiers des membres est issu du mouvement associatif, un autre tiers est formé des élus et le troisième des services déconcentrés de l’Etat. Encore une fois, ce n’est pas une approche facile. Il a fallu au moins deux ans aux différents partenaires pour assimiler cette manière de faire et surtout y croire. Autre volet novateur : c’était la première fois qu’on va à la rencontre des citoyens pour s’enquérir de leurs besoins. Cela a pris du temps pour construire ce modèle et surtout pour gagner la confiance des citoyens. Le résultat est pour le moins étonnant, l’INDH a engendré un changement de société profond qui s’est traduit par un élan social mobilisant plus d’une dizaine de milliers d’acteurs directs, élus, associations et services déconcentrés de l’Etat. En neuf ans de lutte sans relâche contre l’exclusion, le Maroc aura gagné le pari de l’INDH, celui d’en faire un credo de son projet moderniste digne d’un modèle de gouvernance sociale. Ce chantier majeur du règne de S.M. le Roi a, dès le départ, pris l’ampleur d’une matrice tournée vers les activités génératrices de revenus, puisque c’est d’un combat de longue haleine qu’il s’agit. Ce qui fait surtout sa réussite, c’est qu’elle a offert l’opportunité aux citoyens de s’organiser localement et de se prendre en charge. Elle leur a offert ce qui est bien plus précieux que tout, la dignité.