Levothyrox, Contraceptifs, Doliprane… De plus en plus introuvables en pharmacie

La rupture des stocks de médicaments est un phénomène mondial qui n’a pas épargné le Maroc. L’absence d’alternatives aux produits manquants et la contrainte de recourir à des produits plus chers inquiètent les patients. Le ministère de la Santé planche sur un plan national pour la sécurisation d’un stock stratégique.

Le marché du médicament est perturbé par l’absence, en officine et en milieu hospitalier, de plusieurs produits. Les professionnels du secteur tout comme le ministère de la Santé préfèrent parler de rupture et non pas de pénurie. «C’est une rupture temporaire de médicaments et non pas une pénurie, puisqu’il y a eu un réapprovisionnement par la suite, mais il faut quand même souligner que cela a induit des arrêts de traitement pour certaines maladies, car les produits manquants n’ont pas d’alternatives thérapeutiques», explique une pharmacienne à Casablanca.
En effet, durant ces dernières semaines, ont manqué dans les officines Lévothyrox, certains produits cardiovasculaires, les contraceptifs hormonaux comme Minidril ou Microgynon, des produits traitant les rhinites et les pharyngites et le vaccin anti-grippe. La liste est plus longue, selon les pharmaciens d’officine, mais «il s’agit là de produits, comme Levothyrox ou encore les contraceptifs, pris régulièrement par les patients et qu’on ne peut pas substituer», et ceci pour deux raisons principales: l’absence de produits similaires pour certaines spécialités et le prix plus élevé en cas de prise d’une autre molécule. Pour les contraceptifs de première génération précités, leurs prix sont abordables, puisqu’ils varient entre 8 et 9,20 DH. Et les substituer par d’autres pilules, notamment de deuxième génération, situerait le prix entre 25 et 40 DH. Et la prise de contraceptifs de troisième génération est quasiment inaccessible, car le prix de vente se situe entre 75 et 140DH. Pour d’autres médicaments, l’inexistence de produits similaires conduit à un arrêt du traitement et donc des complications de l’état de santé du patient. Ces ruptures temporaires sont également dues au comportement de certains patients qui n’hésitent pas à acheter, dès que les officines sont approvisionnées, plusieurs boîtes pour avoir un stock de sécurité en prévision d’autres difficultés d’approvisionnement.
Par ailleurs, pour d’autres médicaments, leur indisponibilité, pas uniquement au Maroc mais à l’échelle mondiale, est justifiée par la flambée des prix des matières premières entrant dans leur fabrication ou encore par la restructuration des chaînes de production au niveau des laboratoires. C’est le cas, par exemple, de Doliprane qui a aussi manqué quelques temps dans les officines de plusieurs pays dont le Maroc, car la France a décidé de rapatrier la production du paracétamol. Sa production sera absorbée par les groupes pharmaceutiques Sanofi (marque Doliprane) et Upsa (marque Efferalgan) qui jusqu’ici se contentaient de conditionner en France le principe actif de ce médicament importé d’Asie, notamment de Chine et de l’Inde. Cette relocalisation a été décidée, en 2020, suite à l’importance de cette molécule mise en évidence lors de la crise sanitaire.

Droit de substitution et stock de 6 mois
On notera que le vaccin anti-grippe a aussi manqué pendant quelques temps. «Aujourd’hui, il est disponible mais pas en quantité suffisante. On compte 200 000 unités disponibles, quantité insuffisante pour vacciner les personnes prioritaires et les personnes à risques», avancent les pharmaciens qui soulignent qu’actuellement le pays enregistre un grand nombre de cas de grippe saisonnière.
La disponibilité réduite du vaccin s’explique, apprend-on du côté des industriels, par l’insuffisance du stock chez les laboratoires. L’an dernier, le vaccin était distribué en quantité suffisante mais la demande n’était pas au rendez-vous. La procédure mise en place par le ministère de la Santé exigeant une ordonnance médicale et la hausse du prix, qui est passé de 75 à 125 DH, ont découragé les citoyens. Sans compter le flou sur la possibilité de combiner ou pas le vaccin de la Covid-19 et celui contre la grippe. La conjugaison de ces facteurs a fait que les laboratoires ont conservé leurs stocks qui, bien sûr, ont coûté de l’argent. Échaudés par cette expérience, ces derniers se sont gardés cette année d’avoir des lots importants.
Au-delà de ces cas, il faut se rendre à l’évidence que le marché du médicament connaît actuellement, et connaîtra certainement encore, des périodes de perturbations en raison de la flambée des matières premières à l’international, d’une part, et, d’autre part, tant qu’il n’y aura pas «une politique nationale du médicament claire et précise», s’accordent à dénoncer les professionnels du secteur. Aujourd’hui, les décisions prises par le ministère, notamment la baisse des prix ou encore le refus d’octroi du droit de substitution aux pharmaciens ont un impact certain sur l’approvisionnement régulier du marché. Selon les professionnels du médicament, on s’achemine aujourd’hui, en raison de la révision à la baisse des prix, vers une disparition totale des produits à bas prix qui ne sont plus rentables pour les laboratoires. Une opportunité porteuse pour les princeps et les génériques qui coûtent cher mais limitent malheureusement l’accès aux soins pour certaines couches de la population. C’est un argument, il faut le dire, qui ne tiendra plus à compter du 1er décembre, date à laquelle 22 millions de citoyens, dont 11 millions de Ramédistes, seront désormais couverts par l’AMO et n’auront en principe pas à payer les frais de leurs soins. Toujours est-il, les industriels se disent aujourd’hui pour une politique des prix juste et équitable établie selon le benchmark retenu par l’étude du ministère et servant comme base de révision des prix. De leur côté, les officinaux revendiquent une révision de la législation actuelle visant à porter le délai de stock de deux à six mois. Et plus important encore, ils reviennent sur la nécessité du droit de substitution qui permettra au pharmacien de jouer son rôle comme dans les autres pays.
Le ministère de la Santé dit se pencher sur la problématique de la rupture des stocks de certains médicaments essentiels et il travaille sur la mise en place d’un plan national de lutte contre les ruptures d’approvisionnement de médicaments et de produits de santé. Le ministre, Khalid Ait Taleb, l’a encore une fois affirmé, lors de son passage, lundi 21 novembre, devant la Chambre des représentants, son département a décidé de créer un stock stratégique pour les médicaments essentiels qui connaissent des ruptures.Ce stock servira aussi bien dans le secteur public que privé.