Les sans-domicile : Questions à Wafaa Bahous, Directeur du Samusocial de Casablanca et médecin urgentiste

«L’action pour les sans-abri doit s’inscrire dans le temps».

La Vie éco : Qu’est-ce que le Samusocial et en quoi consiste son action en faveur des SDF ? 

Le Samusocial est un service d’aide mobile d’urgence sociale pour les sans-abri. Nous sommes dans la rue tous les jours de 21h à 6 heures du matin. Notre équipe composée d’un infirmier, d’un travailleur social et d’un chauffeur, sillonne les rues de la ville et surtout les sites que nous qualifions de sensibles comme la gare routière ou le centre-ville. Nous agissons seulement au niveau de la ville de Casablanca.

Le Samusocial intervient selon 3 axes : l’intervention dans la rue, c’est-à-dire faire un repérage des personnes vivant dans la rue, établir le contact avec ces personnes, les mettre en confiance et être à l’écoute de leurs causes d’arrivée dans la rue. Connaître leurs problématiques nous permet de connaître leurs attentes et d’essayer d’y répondre. Le Samusocial leur assure également un accompagnement médico-psycho-social.

Deuxièmement, il y a l’intervention dans le centre d’accueil d’urgence. Il s’agit en fait de prestations de services : l’accueil des SDF, le service hygiène qui leur offre la douche, les vêtements et la coiffure. Par ailleurs, on propose des prestations médicales, notamment des consultations médicales, des soins infirmiers et des démarches médicales (accompagnement des bénéficiaires malades dans les structures sanitaires). Mais il y a aussi le service social qui offre des prestations sociales, dont l’écoute et l’accompagnement social, administratif et juridique, en plus des orientations vers les structures répondant aux besoins des usagers, que ce soit la famille, les structures associatives ou les institutionnels.

Enfin, le Samusocial offre un pôle formation, sensibilisation et plaidoyer.

Une fois l’identification des problèmes et des besoins des sans-abri faite, que pouvez-vous pour eux ?

Nous avons un observatoire de veille médicale et sociale qui permet en effet le repérage de cette population et l’identification de leurs problèmes sociaux et médicaux. Sur cette base, nous essayons de trouver des solutions pour leur réinsertion en prenant contact avec la famille et en aidant à leur trouver un travail ou la reprise de la scolarité. Nous donnons la priorité aux femmes et aux enfants. Mais il y a aussi la prise en charge des personnes âgées à travers notre centre d’hébergement même si la capacité reste limitée: 32 lits seulement. En hiver, les personnes âgées viennent passer la nuit et repartent le matin après le petit-déjeuner. Ils sont là pour une durée de trois mois.

Pour les jeunes filles et les enfants, la durée de séjour va de 2 à 3 semaines en attendant de trouver une solution alternative.

En quoi consiste cette alternative ?

Une réinsertion dans la famille, une aide à trouver du travail ou suivre une formation. Et pour les personnes âgées, en l’absence de famille on tente le placement dans les maisons de retraite même si cela n’est pas toujours aisé. Car ces institutions ont des critères précis auxquels parfois les sans-abri ne répondent pas. Nous avons une convention avec le 36, service psychiatrique, pour la prise en charge temporaire des personnes atteintes par exemple d’Alzheimer.

Selon vous, combien de sans-domicile fixe peut-on compter à Casablanca ?

En ce qui concerne le Samusocial, on peut dire que nous sommes en contact avec 2 000 personnes qui sont identifiées et avec lesquelles notre équipe est en relation sur les différents sites identifiés. Sur cette population, on constate que 90% sont âgés de moins de 45 ans, donc devraient être actifs. Autre chose à retenir, en 2006, à la création du Samusocial, il n’y avait pas de filles dans la rue, aujourd’hui, elles représentent 18% des sans-abri.

Outre votre organisme, il y a d’autres associations qui interviennent pour les SDF. Que pensez-vous de leurs actions ? 

Apporter de l’aide à ces gens est toujours une bonne chose, cependant on notera que leur intervention n’est pas organisée et se limite la plupart du temps à la distribution de repas, de vêtements et de couvertures. Souvent, les couvertures et les habits sont revendus le lendemain par les SDF qui ont besoin d’argent pour acheter leurs cigarettes ou même de la drogue.

Il faut que l’action de ces associations se détache de l’approche de «hassana» ou bonne action pour avoir la conscience tranquille d’avoir fait quelque chose pour ces populations. Il faut que leur approche s’inscrive dans le temps pour permettre à ces gens de s’en sortir et se réinsérer. Il faut aider à la scolarisation, la formation, l’emploi et le logement des sans-abri.