Les migrants aux côtés des Marocains sur les bancs des écoles

Le nombre d’étrangers bénéficiaires du système scolaire 2015/2016 est de 6 905 élèves grâce aux dispositifs d’information mis en place et aux programmes d’insertion. Un programme de formation professionnelle est mis en œuvre en faveur de cette population pour faciliter leur intégration économique.

L’éducation et la formation sont considérées comme l’une des conditions essentielles pour une bonne intégration des jeunes migrants dans le pays d’accueil. C’est ainsi que la circulaire du ministère de l’éducation nationale d’octobre 2013 qui oblige les directeurs d’établissements publics et privés à recevoir les inscriptions des enfants d’étrangers immigrés ou réfugiés a été considérée comme une petite révolution dans le domaine. Concrètement, cette action vise à faciliter l’inscription de ces enfants «étrangers issus des pays du Sahel et des pays subsahariens» aux écoles privées et publiques et à l’éducation non formelle au Maroc (école de la 2e chance) indépendamment de leur situation administrative. De nombreuses actions d’information et de sensibilisation ont été menées, suite au retour d’expérience 2014-2015, au profit des établissements scolaires et des familles d’immigrés pour une meilleure application de cette circulaire. A titre d’exemple, les spots publicitaires diffusés à la radio et à la télévision à l’occasion de la rentrée 2015/2016 pour les encourager à inscrire leurs enfants. Une caravane a également été mobilisée par la Direction de l’Education Non Formelle au niveau de toutes les directions provinciales du ministère, au profit des enfants non scolarisés. Cette mesure a eu pour résultat l’inscription de 565 enfants d’immigrés et réfugiés dont 344 au niveau primaire, 105 au niveau collégial et 116 au niveau secondaire lors de l’année scolaire 2015/2016.

Par conséquent, le nombre des étrangers bénéficiaires du système scolaire 2015/2016 est de 6 905 élèves dont 3326 filles, soit 48,16 % de l’effectif inscrit. Ces bénéficiaires sont répartis sur les 12 académies régionales de l’enseignement : 2 126 élèves dans la région Rabat-Salé-Kénitra, 2 065 élèves dans la région Casablanca-Settat et 1302 élèves pour la région de l’Oriental. Par ailleurs, des programmes d’aide à la scolarisation et de lutte contre la déperdition scolaire ciblent les immigrés et réfugiés au même titre que leurs homologues marocains à travers le programme national «Un million de cartables»  lancé en 2008. Cette opération consiste en la distribution gratuite de cartables, manuels et fournitures scolaires aux élèves de familles défavorisées). L’objectif est d’appliquer tous les programmes similaires en cours et à venir, à cette population au même titre que les Marocains. A titre d’exemple, le programme Tayssir qui consiste en des bourses d’aide pour la scolarisation des enfants entre 6 et 15 ans des familles défavorisées. Le montant de la bourse, par élève et par mois, est de 60 dirhams pour les deux premières années et 140 dirhams pour le cycle collégial. Autre mesure prise dans ce cadre, l’opération «Child to Child», qui permet d’identifier les noms et les coordonnées des enfants, non scolarisées ou ayant quitté l’école.

Afin de faire face aux phénomènes de la non-scolarisation et de la déscolarisation, l’Education Non Formelle a été lancée comme voie d’éducation alternative représentant des écoles de la deuxième chance. Ce système s’étale sur 3 années de formation et s’adresse à toutes les personnes entre 9 et 20 ans qui désirent intégrer le système d’enseignement formel ou à la formation professionnelle. Les associations jouent un rôle actif dans l’animation des classes de l’éducation non formelle au profit des enfants immigrés et réfugiés.

Par ailleurs, un autre programme spécifique a vu le jour toujours dans le cadre de la stratégie migratoire nationale. Il s’agit des classes de soutien scolaire organisées aussi bien dans le cadre du système éducatif formel que non formel, et qui s’appuient sur des cours de «pré-intégration» en partenariat avec les associations sélectionnées dans le cadre des appels à projets menés par le ministère chargé des Marocains Résidant à l’Etranger et des affaires de la migration. Ces classes de mise à niveau ont pour objectif d’améliorer les compétences éducatives des élèves immigrés et réfugiés dans certaines matières. De ce fait, l’année 2015-2016 a enregistré 245 bénéficiaires du programme de soutien scolaire. Les cours sont dispensés par des animateurs externes sélectionnés par les associations au sein des locaux des établissements scolaires, les locaux des associations et des maisons de jeunes.

Le Maroc l’a bien compris, l’intégration économique des migrants par l’accès à l’emploi ne peut se faire sans le développement et la valorisation du capital humain migrant ainsi que des solides bases éducatives et linguistiques de cette catégorie. En effet, garantir une intégration équitable dans le marché de l’emploi est considéré comme une des priorités des pouvoirs publics afin d’assurer à cette tranche une vie honorable et digne. C’est ainsi que l’accès aux formations professionnelles est considéré comme le socle de l’intégration économique des migrants, leur étant ouvert au même titre que les nationaux, en accord avec le principe de l’égalité des chances. L’objectif du programme de «Formation Professionnelle» est principalement de lever les obstacles à cette population pour accéder à la formation professionnelle et vise l’ouverture de l’accès des migrants régularisés et des réfugiés afin de faciliter leur intégration professionnelle, que ce soit en exerçant une profession ou en développant un projet. D’ailleurs une étude sur la sociologie et l’employabilité de la population des migrants a été menée en 2015 et a pour but de renforcer les compétences des acteurs associatifs dans la conception et l’utilisation d’outils de validation des acquis professionnels pour faciliter l’intégration économique des migrants. Il en est ressorti que 2/3 des migrants interrogés ont un niveau d’instruction inférieur au baccalauréat et la majorité possède un diplôme professionnel. Pour ce qui est de leurs compétences linguistiques à l’oral, elles s’articulent comme suit : 32% des interrogés parlent uniquement le français,  21% l’anglais et le français et 22% parlent français, anglais et dialecte marocain. Pour les porteurs de projets, les résultats ont démontré que sur les 300 migrants interrogés, 239 personnes, dont 124 femmes, sont potentiellement auto-entrepreneurs. Leurs projets couvrent principalement trois domaines de création d’entreprise : 38% pour «Achat et revente», 16% «Coiffure et esthétique» et «prestation de services» et 11% pour la «Restauration».

Les résultats de cette étude ont permis de mieux appréhender les besoins des migrants et porteurs de projets ainsi que la mise en œuvre des programmes d’accompagnement les plus adéquats. Plusieurs mesures ont été mises en place pour accompagner ce programme et pour accroître le public touché, notamment le renforcement des dispositifs de communication sur les prestations des établissements professionnels en faveur des migrants, l’amélioration de leurs compétences techniques et linguistiques ainsi que l’adaptation  des programmes de formation aux besoins spécifiques de cette population.