Les enfants parlementaires en première ligne pour défendre leurs alter ego

Enfants des rues et du monde rural, enfants en conflit avec la loi, mariage précoce, abandon scolaire, handicap, violence à l’égard des enfants sont, entre autres, les grands thèmes abordés lors des sessions 2019 du Parlement de l’enfant. Deux mois durant, les enfants parlementaires sont allés à la rencontre des enfants, des acteurs sociaux et des représentants locaux pour les sensibiliser.

Promouvoir le droit des enfants à la vie publique. Tel est l’objectif de la nouvelle dynamique du Parlement de l’enfant déployée à travers les sessions régionales tenues annuellement. Sous la thématique «L’enfant parlementaire en action», les sessions régionales 2019, organisées par l’Observatoire national des droits de l’enfant et qui se sont tenues dans l’ensemble des régions du Royaume, ont été marquées par la mise en œuvre de l’agenda de l’enfant parlementaire au niveau local et régional. Ces sessions régionales ont également marqué le lancement des plans d’action retenus ainsi que les actions de sensibilisation, de plaidoyer dans les écoles, les quartiers, les communes et les villes des enfants parlementaires.

Ateliers interactifs culturels

Selon l’ONDE, «les enfants parlementaires sont engagés à porter concrètement diverses causes et à lancer les actions qu’ils ont eux-mêmes identifiées en fonction des priorités et des spécificités de leurs régions». Ainsi, dix thèmes ont été retenus au cours des sessions régionales qui ont eu lieu entre mars et mai 2019.

Pour la région de Fès, c’est pour l’enfant du monde rural que la mobilisation a été décrétée. Les actions ont concrètement porté sur la sensibilisation des enfants de la région ainsi que toute la population du douar Adghagh, à proximité d’Ifrane, à la problématique du mariage précoce et de l’abandon scolaire.
Dans l’Oriental, la mobilisation s’est faite autour de la lutte contre la violence à l’égard des enfants, le mariage précoce et les enfants en conflit avec la loi. «Cela s’est fait dans le cadre de rencontres avec les responsables du Centre social de la femme et du Centre de protection des enfants d’Oujda. Il y a eu également des discussions avec les enfants détenus et les enfants ont également fait un micro-trottoir sur le mariage précoce», explique-t-on à l’ONDE.
Dans la région de Rabat-Salé-Kénitra, les enfants ont plaidé pour les droits des enfants issus de la migration. Cela s’est fait au moyen d’interactions avec les enfants subsahariens scolarisés dans le collège Abi Hourayra dans le cadre d’ateliers interactifs culturels, d’une pièce de théâtre montée autour de la promotion des droits des enfants de tous les enfants du Maroc et une sensibilisation des enfants subsahariens à leurs droits.

Au Nord (Tanger-Tétouan), les actions portent sur la défense de la dignité des enfants des rues et pour les droits des enfants en situation de handicap. «Dans cette région également les actions ont porté sur des rencontres de sensibilisation avec les enfants des rues subsahariens ainsi qu’avec des enfants en situation de handicap», précise l’Observatoire national des droits de l’enfant. Et d’ajouter que «l’objectif est de placer la question des droits des enfants au cœur des politiques publiques nationales».

Mobilisation contre la tricherie aux examens

Et c’est via une caravane «Enfants parlementaires au service des autres enfants», que s’est faite la sensibilisation à deux thématiques : la lutte contre l’abandon scolaire et la tricherie à l’examen. Par ailleurs, les actions ont porté sur la production, en collaboration avec les membres du conseil provincial des élèves de Sidi Bernoussi, de supports divers, notamment pages Facebook, capsules vidéo et charte de l’élève, pour expliquer les conséquences et répercussions sociales de l’abandon scolaire et la tricherie aux examens.
A Béni Mellal-Khénifra, les parlementaires de la région ont fait la promotion de l’Ecole de la deuxième chance en collaboration avec l’Association pour une connaissance du système d’éducation non formelle.

Si dans cette région les enfants parlementaires ont opté pour l’organisation d’une caravane, à Marrakech-Safi, leur approche a été beaucoup plus directe, puisqu’ils ont fait du porte-à-porte pour promouvoir la protection de l’environnement et l’utilisation optimale de l’eau potable. Les actions ont été menées en partenariat avec les enseignants des sciences de la vie et de la terre (SVT) ainsi que le Centre régional de la protection de l’environnement.
La sensibilisation à la protection de l’environnement s’est également faite dans les régions de Guelmim-Oued Noun, Laâyoune-Sakia Hamra et Dakhla-Oued Eddahab grâce à des échanges avec les élèves du club éducatif «Leaders d’Excellence» au sein du lycée d’excellence ainsi que l’association des enseignants de SVT. Dans ces mêmes régions, les enfants parlementaires militent pour les droits des enfants en situation de handicap.

Comportement responsable

Enfin, dans les régions de Souss-Massa et de Drâa-Tafilalt, ils se mobilisent pour la promotion des droits de leurs alter ego abandonnés ou en situation difficile. Autant de thématiques qui attestent de la volonté de placer l’enfant au cœur des programmes et stratégies publics au niveau territorial, régional et national. Selon Lamia Bazir, directrice exécutive de l’Observatoire national des droits de l’enfant, «les enfants parlementaires, aujourd’hui, ont franchi une étape importante dans leur travail : ils n’ont pas seulement fait entendre la voix des enfants aux responsables et décideurs mais ont aussi mené des actions de terrain au profit des enfants les plus vulnérables». Et d’ajouter que «le choix de la thématique des sessions régionales de cette année n’est pas arbitraire, mais confirme notre conviction que l’enfant pourrait jouer un rôle déterminant dans le changement et la consolidation du comportement civique».

Adopter un comportement responsable, proactif et contribuer efficacement à la construction de l’avenir. Tel est l’objectif du Parlement de l’enfant, fondé en 1999 par SM Mohammed VI et placé sous la présidence de SAR la Princesse Lalla Meriem et sous l’égide de l’Observatoire national des droits de l’enfant, est aujourd’hui, selon les responsables de l’observatoire, «un jalon essentiel dans le processus de mise en œuvre de la Convention des Nations Unies des droits de l’enfant, et un espace de participation effective et d’éducation à la citoyenneté et à la démocratie». Durant ces vingt dernières années, le Parlement de l’enfant a réussi, selon l’Observatoire national des droits de l’enfant, a contribuer à former 4000 enfants qui sont devenus des jeunes leaders dans les domaines de la politique, de la justice, de la médecine, l’ingénierie ou encore l’entrepreneuriat…

Le Parlement de l’enfant est composé de 395 enfants dont 90 sélectionnés sur la base des meilleurs projets sélectionnés portant sur la promotion des droits des enfants. Chaque enfant soumet et défend son projet devant un jury spécialisé. Pour les 305 autres membres, la sélection se fait sur la base de l’excellence scolaire et selon les sièges parlementaires définis par circonscription électorale. La répartition par sexe des membres laisse apparaître au niveau de la liste nationale que les filles représentent plus de 51% du Parlement. Au niveau des circonscriptions électorales, leur part est de 65%. Le mandat est d’une durée de deux ans renouvelable deux fois. A la fin du mandat, les députés peuvent adhérer au Club des anciens du Parlement de l’enfant et peuvent encadrer les nouveaux membres.
Par ailleurs, on retiendra que le Parlement de l’enfant s’est assigné plusieurs objectifs notamment :

• l`ancrage de la culture des droits de l`enfant et la sensibilisation à son importance ;

• la promotion de l`éducation démocratique, de la citoyenneté et de la tolérance ;

• l’Instauration de liens entre les enfants parlementaires et les institutions régionales concernées par les affaires de l’enfance ;

• l’Imprégnation de la pratique de la démocratie chez les enfants Parlementaires ;

• l`activation des droits de participation chez les enfants et leur permettre de jouer un rôle d’ambassadeurs de l’enfance dans leurs régions ;

• la promotion d`une culture de dialogue entre les enfants, d`une part, et entre les enfants et les responsables, d`autre part.

Rihab Belmalam, 16 ans, lycéenne et membre du Parlement de l’enfant…

«Mon expérience au Parlement de l’enfant est une motivation. Je voudrais faire de la politique et être députée…»

Rihab ne connaissait pas du tout le Parlement de l’enfant et n’avait aucune idée là-dessus avant que le directeur de son collège lui en parle. «J’étais intéressée et curieuse de savoir ce que c’était. J’ai alors présenté mon dossier pour être sélectionnée», raconte Rihab qui a choisi, pour son projet de sélection, de travailler sur la problématique des enfants en situation de précarité. Projet qui a été examiné en commission du Parlement et sur la base duquel la jeune lycéenne a été sélectionnée comme membre de cette institution. Rihab n’a pas eu de difficultés à convaincre ses parents qui ignoraient également l’existence du Parlement. «Après un entretien avec le directeur de mon collège, ils ont tout de suite accepté et m’ont soutenue et continue à le faire», dit Rihab qui souligne que «le Parlement de l’enfant est une véritable école où l’on apprend les valeurs démocratiques et où l’on est sensibilisé à la citoyenneté et à la tolérance». La jeune lycéenne a, durant son mandat, participé aux sessions régionales et nationales et est allée à la rencontre de jeunes de milieux sociaux différents. Ce qui lui a permis, précise-t-elle, de forger sa personnalité. «Mon engagement pour la défense des droits de l’enfant et sa protection fait que j’ai gagné en maturité et suis consciente que le pays a besoin de ses jeunes pour la construction d’un avenir juste et équilibré». Ce qui lui donne envie, c’est «de faire de la politique et de devenir députée»…

Mehdi Malakane, 17 ans, lycéen

«Le Parlement de l’enfant est une bonne école. Mais, artiste dans l’âme, je ne ferai pas de politique plus tard»…

C’est un de ses professeurs, sur la base de ses excellents résultats en classe, qui l’a inscrit en 2014 pour être membre du Parlement de l’enfant. Comme Rihab, Mehdi a présenté un projet pour être sélectionné. Il a travaillé sur la promotion des droits et des obligations des enfants.
Ses parents l’ont soutenu car, dit-il, «j’ai toujours été un acteur dynamique dans le social et l’associatif. Je sais aussi réaliser des travaux artistiques, notamment un court métrage et un dessin animé traitant des droits des enfants».
Durant ses deux mandats 2014-2016 et 2017-2019, Mehdi s’est impliqué dans toutes les actions mises en place et promues par le Parlement de l’enfant. Cette instance est, pour Mehdi, un lieu d’expression et une école des droits et obligations des enfants. «J’ai aussi appris à exprimer mes opinions, à écouter les autres et à aborder les sujets d’une manière constructive et structurée». Mais malgré tous les apports positifs, l’expérience parlementaire de Mehdi ne le conduira pas à la politique. «Je suis artiste et je le resterai. Je vais, après mon bac, faire l’Institut de journalisme et de la communication. Le Parlement est une bonne école, mais, artiste dans l’âme, je ne ferai pas de politique plus tard. Je ne serai pas à ma place»…