Les enfants des colonies de vacances initiés à  la lecture !

Pendant tout le mois d’août, 13 200 filles et garçons ont bénéficié d’un programme de promotion de la lecture chez les plus jeunes, dans les deux langues, arabe et français.
17 villes ont été de la partie et 26 colonies, dont une vingtaine relève du ministère de tutelle, ont été concernées.

«Lire, c’est voyager» : une thématique qui sied très bien à l’opération qui a ciblé les enfants des colonies de vacances et qui s’est étalée tout au long du mois d’août. Derrière cette initiative, on retrouve le «Réseau de lecture au Maroc» qui s’est associé à l’occasion avec le ministère de la jeunesse et des sports et la Fondation OCP afin qu’une partie des enfants des colonies puissent avoir accès aux livres. Au total, 13 200 filles et garçons ont bénéficié de ce programme de promotion de la lecture chez les plus jeunes, et ce, dans 26 colonies dont 20 relevant du ministère de la jeunesse. L’opération a eu lieu en trois vagues, durant le mois d’août, mois de vacances par excellence. Pas moins de 17 villes ont été concernées par cette opération : Casablanca, Rabat, Tanger, Safi, Marrakech, Agadir, Fès, Skhirat, Benslimane, Mohammédia, Berrechid, El-Jadida, Sefrou, Ifrane, Essaouira, Berkane et Immouzzar.

Harhoura, Aïn Sebaâ et ailleurs…

Forêt de Harhoura, mardi 4 août. A quelques kilomètres de Rabat, on retrouve un des plus anciens espaces dédiés aux colonies de vacances. Géré par l’association «Mawahib», une structure spécialisée depuis 1965 dans l’organisation et la gestion des colonies de vacances, cet espace abrite plus de 1 000 enfants dont l’âge est compris entre 8 et 15 ans. A l’entrée, une immense tente est le théâtre d’une activité bien particulière. Trois groupes d’une douzaine d’enfants ainsi que des animateurs tiennent un livre entre les mains. En fait, chaque jour, de 17h00 à 18h00, filles et garçons investissent les univers littéraires d’Ibnoulmouqaffaâ, d’Agatha Christie, de Mohamed Zefzaf ou d’Hector Malot… Les enfants font tout d’abord connaissance avec les œuvres, posent des questions aux animateurs et portent leur choix sur l’un ou l’autre livre. Ils discutent des histoires, font des remarques sur les personnages, le style d’écriture…

Les commentaires fusent de toutes parts. «Je choisis de lire ce livre en français parce que l’arabe classique est trop difficile», lance ce garçon de 13 ans. L’animatrice lui rétorque qu’il faut bannir le mot difficile de son dictionnaire pour qu’on puisse évoluer. L’ambiance est bon enfant et quand la lecture démarre, le silence s’installe. Mme Najia Mokhtari, inspectrice en langue arabe de profession, est l’encadrante de ce petit groupe de collégiens. Elle nous parle de son expérience avec les enfants : «C’est la première fois que je m’introduis dans l’univers des colonies de vacances. C’est, pour moi, une occasion en or de lire avec les enfants. Ma philosophie c’est que même si l’enfant n’est pas habitué à lire, on doit lui faire lire. Il ne faut pas le laisser naviguer tout seul. Nous misons sur l’après-colonie. Si l’enfant prend du plaisir ici, il va certainement continuer à lire à la fin des vacances». Avant de nuancer ses propos: «Dix jours d’initiation, c’est bien, mais ce n’est pas suffisant si l’enfant ne bénéficie pas d’appui à l’école et dans sa famille». Les deux autres animateurs, des jeunes, sont des membres de l’association Mawahib et du Réseau de lecture. Nouh Meddahi et Mouna Ghoumari participent également en tant que volontaires à d’autres actions de promotion de la lecture à travers des activités durant toute l’année, dans les écoles et les bibliothèques publiques. Autant dire qu’ils ont l’habitude d’animer des ateliers de lecture. «Cette heure de lecture permet à l’enfant de s’approprier le livre, de faire un résumé de ce qu’il a saisi comme messages… Mais on ne s’arrête pas là. Durant les soirées que l’on met en place dans la forêt, on organise des concours de contes animés par les enfants eux-mêmes. On essaie ainsi d’introduire la lecture à travers le divertissement», expliquent les deux animateurs résidents. L’ambiance dans les colonies de vacances est plutôt propice à cette initiation puisque les enfants n’ont pas accès à la télévision, à internet et au téléphone portable.

Si la lecture s’avère difficile pour un enfant, on lui fait lire. Les enfants peuvent emporter les livres à la plage. Bref, tout est fait pour leur rendre le livre le plus accessible possible. Dans chaque centre investi, un animateur, résidant dans le centre, s’occupe des ateliers de lecture. En plus, pas moins de 56 intervenants ponctuels, des membres du Réseau de lecture au Maroc, apportent un plus à ces moments de lecture. On retrouve dans ce groupe d’appui étudiants universitaires, avocats, enseignants, journalistes, acteurs associatifs, artistes et même des fonctionnaires. 120 titres ont été retenus dans cette opération : 90 en langue arabe, le reste en français. Pour chaque période, quatre prix ont été décernés : Prix de la lecture, Prix de la création, Prix du conte et Prix de l’élocution. «Le but de ces prix c’est de valoriser les talents qui peuvent éclore de ces colonies de vacances», nous explique Rachida Roky, présidente du Réseau de lecture au Maroc. Cent livres ont été distribués dans chaque colonie de vacances. Des livres qui ont été récupérés à la fin de chaque vague. 20 livres ont été offerts aux différents gagnants des concours de lecture en plus de tee-shirts et de casquettes.

Des ateliers ont été programmés de manière quotidienne, et ce, dans tous les sites. L’atelier du conte avec des professionnels qui ont l’art de conter, mais qui initient également les enfants aux arts du conte, «afin que l’enfant passe du statut de spectateur à celui d’acteur et d’intervenant dans le processus de lecture», ajoute Mme Roky. Un autre atelier a été dédié à la théâtralisation des textes pour les rendre plus vivants, et donc plus accessibles aux enfants. Durant le troisième atelier, celui de la lecture, on lit ensemble, une lecture silencieuse comme à haute voix. Le dernier atelier a donné une place d’honneur aux dessins à partir des textes lus. En plus de toutes ces activités, on a initié également les enfants à la gestion d’une librairie, la location des livres dans une bibliothèque… Des écrivains ont été également invités dans certaines colonies de vacances afin de parler de leurs livres ou plus généralement de l’expérience de l’écriture.

Bons derniers en lecture !

L’initiative du Réseau de la lecture au Maroc est plus que louable. Toutes les études le répètent : les Marocains lisent peu. Ils enregistrent même des pourcentages parmi les plus faibles, comparés à des pays à économies comparables. En octobre 2014, le Haut commissariat au plan (HCP) a rendu publique une étude, «Comment les Marocains répartissent leur temps?», qui montre que le citoyen consacre en moyenne deux minutes par jour pour la lecture. Alors que selon la même étude, il passe deux heures et quart par jour devant la télévision, près d’une heure pour ses pratiques religieuses et 14 minutes par jour devant un écran d’ordinateur afin de surfer sur le net. Selon le Réseau de lecture au Maroc, le Maroc occupe la 162e position dans le classement consacré à l’engouement pour la lecture ! Plus encore : la moyenne de lecture par an pour un Marocain est d’un seul livre alors qu’elle dépasse la vingtaine de livres par an dans les pays développés, ajoute-t-on du côté du réseau. En mai dernier, le rapport de l’OCDE «Compétences de base universelles : qu’est-ce que les pays ont à gagner ?» classe le Maroc à la 73e position sur un total de 76 pays ! Le rapport se base sur l’acquisition des compétences de base chez les élèves de 15 ans à partir de tests en mathématiques, en sciences et en… lecture !