Equipe nationale : pourquoi cet engouement pour Baddou Zaki ?

Cinq ans après la CAN 2004, les Marocains le plébiscitent encore et pensent qu’il est le seul a pouvoir renverser la vapeur.
Un palmarès honorable : il a réussi a construire une équipe solide et convaincante en deux ans.

Le secret de sa réussite : discipline et proximité avec les joueurs.
Est-il l’homme de la situation ?

Depuis le départ de Roger Lemerre, les spéculations vont bon train quant à son successeur à la tête de l’équipe nationale de football. Choisira-t-on un coach étranger pour la énième fois ou fera-t-on confiance à un technicien marocain ? A l’heure où nous mettions sous presse, le nom du futur entraîneur n’était pas encore connu, mais sur la liste des favoris figurait un certain… Baddou Zaki. Un nom régulièrement scandé par le public à chaque déconvenue de l’équipe nationale, depuis ce son départ du poste en octobre 2006. Pas plus tard que lors du match Maroc-Togo, joué le 20 juin dernier à Casablancais et au cours duquel la formation marocaine menée par un Roger Lemerre décriée a été incapable de mener au score, alors même qu’elle jouait à domicile et contre une équipe fort modeste. Làs, le public n’a pas attendu la fin du match pour se remettre à réclamer Baddou Zaki. L’homme a, il faut le dire, les faveurs aussi bien de l’opinion publique que celles de certains avertis qui ne jurent que par les statistiques. Un sondage mis en ligne sur le portail lavieco.com et donnant le choix parmi une liste de cinq entraîneurs(*) a généré, en une seule semaine, 1 411 réponses dont… 954 en faveur de Zaki, soit un taux d’opinion favorables de 67,7% ! Cela sachant que le deuxième taux le plus élevé, 19%, correspondait aux avis de ceux qui n’était favorables a aucun des entraîneurs proposés. Un groupe créé récemment sur le site social Facebook regroupe près de 500 membres qui, à l’unanimité, souhaitent le retour de Zaki à la tête de l’équipe nationale. Quand on pose la question aux gens rencontrés au hasard, c’est encore le nom de l’ancien gardien de but qui est proposé. Pourquoi cet engouement ?
La réponse n’est pas compliquée. Après les déconvenues successives de leur équipe nationale, les Marocains sont saisis d’une bouffée de désespoir et aspirent à tourner la page au profit d’une nouvelle ère. Qui peut incarner cette aspiration sinon le héros de la CAN 2004. En effet, tout le monde garde en mémoire ce samedi 14 février 2004 au stade Radès à Tunis. Le Maroc, considéré jusque là comme outsider, affronte la Tunisie en finale. C’est la première fois que les Lions de l’Atlas disputent la finale de la CAN depuis 1976. Personne ne s’y attendait au début du tournoi, car la formation était composée essentiellement de jeunes joueurs, encore inconnus du public et, important, pour l’essentiel d’entre eux dénichés par Baddou  Zaki.
Certes, le Maroc a finalement perdu la finale par deux buts à un, mais l’espoir était né et nul ne doutait plus qu’on allait faire aussi bien que nos aînés de 1986 lors de la phase finale de la Coupe du monde au Mexique. Malgré la défaite donc à Tunis, le Maroc était applaudi. «C’était un exploit inédit. Plusieurs personnes pensaient que le fait d’être dans le même groupe que le Nigeria et l’Afrique du Sud ne nous laissait aucune chance d’aller loin. Mais on a réussi à atteindre la finale de la CAN», commente Mohamed Moufid, président de la délégation marocaine en 2004. Mais ce n’est pas seulement la finale qui aura conquis les coeurs c’est tout le parcours effectué par l’équipe depuis son arrivée sur le sol tunisien : meilleure attaque, meilleure défense, un seul match perdu et un seul match nul. Des scores fleuve contre le Bénin et le Mali, une victoire mémorable au second tour contre l’Algérie et, par dessus tout un style de jeu plaisant.
Nommé donc en septembre 2002 à la tête de l’équipe nationale, Baddou Zaki a su mettre sur pied -c’est le cas de le dire- une équipe convaincante. «Je pense que l’une des raisons de la réussite de la formation de 2004, réside dans son homogénéité. Il y avait les piliers de l’équipe en l’occurrence Nourredine Naybet, Youssef Safri et Abdeslam Ouaddou, mais aussi de jeunes joueurs animés par la rage de vaincre. Et toute cette équipe était orchestrée par un seul homme : Baddou Zaki», explique le gardien de but Tarik Jermouni qui faisait partie des 22 joueurs marocains sélectionnés pour CAN 2004.

Communication et rigueur, deux qualités unanimement reconnues
Nombre de joueurs entrainés par le technicien national pensent que le secret de son savoir-faire réside dans la communication. Celle-ci ne se limitait d’ailleurs pas uniquement au cadre professionnel, mais aussi au vécu quotidien de chacun de ses poulains. «Il communique tout le temps avec ses joueurs et son staff technique. Sur le football bien sûr, mais également sur des sujets d’ordre privé. Il défend les intérêts de ses footballeurs, les met en confiance, accepte la discussion…Ce qui permet aux joueurs d’être à la fois à l’aise et rassurés», précise Nadir Lamyaghri, gardien de but de l’équipe nationale.
Zaki, a, selon les observateurs, su fédérer les joueurs et le staff technique autour de lui. «Vous savez, plusieurs personnes ont tenté tant bien que mal de déstabiliser l’équipe nationale, mais en vain. Zaki n’a laissé aucune chance à ses détracteurs. Certaines personnes le qualifiaient d’autoritaire, mais Zaki était tout simplement professionnel. Il prenait les choses en main et n’appréciait pas qu’on s’ingère dans ses affaires. Discipline et confiance», ajoute M. Moufid, en glissant cependant un petit bémol : «C’est vrai qu’il a réussi à redorer le blason de notre équipe durant cette période, mais j’ai l’impression qu’il oublie parfois qu’il y avait des joueurs, un staff technique et une fédération derrière lui». Et c’est toujours Mohamed Moufid qui nous a confié l’attachement que Zaki a pour ses racines familiales, particulièrement pour sa mère. Il avait, sembe-t-il, viscéralement besoin de sa bénédiction pour affronter chaque étape importante de sa carrière. «Avant le coupe d’envoi de chaque match décisif, il contactait sa mère par téléphone pour se rassurer et affronter l’épreuve avec sérénité. Voilà ce que c’est Zaki». Homme de caractère, Baddou Zaki a instauré durant les trois années qu’il a passées avec l’équipe nationale (2002-2005) des règles bien définies. «Il a imposé une discipline de fer au sein de l’équipe nationale. Les heures du réveil, du petit-déjeuner, des séances d’entraînement… étaient fixées et tout le monde devait les respecter. Je me rappelle qu’il interdisait à la presse nationale ou étrangère d’assister à nos séances d’entraînement afin de nous permettre de se concentrer au maximum sur nos matches. D’autre part, il avait le souci de l’égalité et souhaitait une homogénéité totale dans l’équipe en exigeant par exemple la même tenue vestimentaire pour tous. Il évitait de la sorte toute velléité ou «frime» entre les joueurs. Bref, Zaki avait une vision professionnelle et la rigueur était le mot d’ordre», affirme Tarik Jermouni.  
Malheureusement, le cycle de cette belle harmonie prit fin lors des éliminatoires pour le Mondial 2006. Après un début plutôt convaincant, et notamment une excellente prestation face au Kenya, en février 2005 (victoire par 5 buts à 0), l’ambiance au sein de l’équipe devint délétère. La raison ? Un conflit entre Zaki et Naybet, alors capitaine de l’équipe nationale et chef d’orchestre sur l’aire de jeu. Conflit, faut-il le préciser, relayé et amplifié par les médias. «Jusqu’à présent, je n’ai pas encore compris pourquoi la presse a fait “ses choux gras” de cette simple mésentente entre deux hommes. Il s’agissait d’une simple divergence de point de vue qui a pris beaucoup d’ampleur. Il fallait résoudre ce problème à huis clos», explique l’international Houssine Kharja.

L’homme qu’il faut ou un profil potentiel parmi d’autres
La situation allait s’envenimer quand Zaki prit la décision d’écarter Naybet de la sélection. Au sein même de la fédération, les avis étaient partagés, les uns voulant imposer le joueur expérimenté à l’entraîneur, les autres préférant ménager un coach qui avait  réalisé de bien belles choses.  Le dernier match de qualification Tunisie-Maroc, joué en septembre 2005, allait sonner le glas de l’époque Zaki. Malgré un belle prestation avec un nul (2-2) ramené de Tunis, l’équipe nationale ratait son ticket pour le Mondial. Baddou Zaki soumis à une forte pression finit par remettre sa démisssion, quelques semaines plus tard. «Je suis sûr que si Zaki était resté à la tête du Onze national, beaucoup de choses auraient changé. Il avait la possibilité et les moyens pour aller loin avec cette équipe», souligne le gardien de but des FAR, Jermouni.
Depuis, Zaki reste dans le cœur du public comme l’homme de l’exploit, celui qui a sorti une équipe de l’ombre pour en faire un finaliste de coupe d’Afrique. Mais il n’y a pas que la CAN 2004 qui justifie cet engouement pour le retour de Zaki à la tête de l’équipe nationale. Il y a aussi ceux qui se souviennent de Baddou, gardien de but de l’AS Salé, du Wydad de la belle époque et du Onze national qui a excellé au Mexique en 1986. On se souvient aussi de son épopée – au point qu’il en fut statufié- au sein du club espagnol Palma de Majorque dont il a fait les beaux jours. Tout ce «background» semble lui donner une une légitimité auprès du public.
Mais Zaki, devenu entraîneur de championnat, a-t-il toujours le même punch, les même qualités qu’auparavant ? Ses détracteurs mettent en avant des réalisations plutôt décevantes en tant qu’entraîneur du Kawkab de Marrakech, la saison précédente, alors que ses défenseurs soulignent qu’avec des moyens et de l’organisation il peut faire des miracles. Ils en veulent pour preuve la mutation qu’a connue le Wydad de Casablanca au cours de cette saison.  Equipe solide, dotée d’un bon comportement aussi bien dans le compartiment défensif qu’offensif, le WAC a joué les premiers rôles cette saison sur le plan national et arabe. «Avant l’arrivée de Zaki, les joueurs subissaient une influence et une pression venant de l’entourage du club. Aujourd’hui, nous sommes plutôt concentrés sur notre objectif et nous n’avons affaire qu’à un seul homme : Zaki», explique Rafik Abdessamad, sociétaire du WAC.

Amicale des entraîneurs : un coach marocain sinon rien
Cela suffit-il de faire de Zaki l’homme miracle ? Un philippe Troussier ou un Henri Michel ne seraient-ils pas tout aussi bon s’ils avaient eu deux ans pour préparer une équipe en dehors de toute pression. Et pourquoi pas un entraîneur marocain ?  Après plusieurs semaines de silence, l’Amicale des entraîneurs marocains décide enfin de se prononcer sur le sujet. Abdelhak Rizk Allah, dit Mendoça, figure emblématique du RAC et président de cette amicale, affirme  que le seul moyen de mettre fin à cette «mascarade» est la nomination d’un cadre national. «Nous appuyons la nomination d’un technicien marocain au poste d’entraîneur national. D’ailleurs, nous avons préparé une liste de cadres marocains. Mais jusqu’à maintenant la fédération ne nous a pas sollicités».
C’est clair. Mendoça et ses collègues sont tous contre l’arrivée d’un étranger au sein de l’équipe nationale. «Il faut arrêter de penser que nos entraîneurs ne sont pas compétents. Zaki a fait l’affaire en 2004 et il y en a d’autres qui sont capables d’accomplir cette tâche».  Une question s’impose : Zaki (qui a refusé de s’exprimer sur la question)  acceptera-t-il une éventuelle offre de la fédération ? «Lorsqu’on a nommé Zaki en 2002, l’équipe nationale vivait presque les mêmes problèmes qu’aujourd’hui : manque de résultats, ambiance défavorable… C’était dur de prendre en charge une équipe pareille, mais Baddou avait accepté de relever le défi», se rappelle M. Moufid. De là à affirmer que Zaki est LA solution, il y a un pas que l’on ne saurait franchir…