Envoyer ses enfants en séjour linguistique : comment, combien ?

Les Marocains partent plus souvent en séjour linguistique à Londres ou Oxford qu’à Madrid, Paris ou Berlin.
Les centres culturels français et espagnols, s’ils reçoivent
de nombreux élèves en cours de langue, n’organisent pas de
tels séjours.
Le prix varie selon le package. Un séjour linguistique en
Grande-Bretagne, par exemple, coûtera entre
15 000 et 25 000 DH tout compris : cours d’anglais, pension, transport,
loisirs.

Othman B., un jeune R’bati de quinze ans, est l’un des centaines de Marocains qui se rendent annuellement à l’étranger pour des séjours touristiques. Lui, c’est à Cambridge, en Angleterre, qu’il s’installe en juillet 2005, pour deux semaines.

Il est accueilli par une famille anglaise, un couple sans enfants. Il n’est pas le seul à être hébergé chez eux, il y a aussi deux Turcs et un Saoudien. Le programme de la journée est dense : cours d’anglais de quatre heures le matin (sauf le week-end), axé essentiellement sur l’expression orale, pour apprendre à mener conversation et l’art de l’élocution dans la langue de Shakespeare. Le reste de la journée est partagé entre visites d’autres villes, de sites historiques et activités sportives et autres loisirs.

Le souvenir que garde Othman de ce séjour ? «Il m’a beaucoup aidé à enrichir mon vocabulaire dans cette langue, puisque nous étions obligés de la parler jour et nuit. Il m’a permis aussi de vivre, pour la première fois de ma vie, sous le même toit, avec des personnes de nationalités différentes. Mais je garde un mauvais souvenir de la nourriture qui nous était servie dans la famille».

450 à 600 étudiants partent chaque année pour un séjour au Royaume-Uni
Dounia a dix-huit ans, elle est aussi native de Rabat. Elle a eu son Bac en 2003 et son père lui a offert un séjour linguistique à Londres. D’autant qu’elle s’apprêtait à suivre des études supérieures en littérature anglaise à la Faculté des Lettres de Rabat. Deux semaines à Londres dont elle garde un agréable souvenir. Même programme que Othman, sauf que Dounia a atterri chez une Jamaïcaine vivant seule.

En septembre 2004, Mohamed O., un journaliste de 27 ans résidant à Tanger, a bénéficié d’un séjour linguistique à Londres. Mais dans ce dernier cas, le voyage a été offert par le Centre culturel britannique dépendant de l’ambassade du Royaume-Uni à Rabat (British council) de Rabat, à la suite d’un concours dont il fut l’heureux gagnant parmi trois finalistes (la valeur de la bourse a été estimée à 20 500 DH). Sur ce séjour, Mohamed est intarissable, ses propos sont reproduits sur le site web du British council (BC) : «J’ai étudié l’anglais pendant les huit années de mon cursus, sans parler de l’effort personnel fourni à la maison. Je regarde régulièrement les chaînes de télévision anglophones. J’ai participé à des jeux en anglais et animé des débats en anglais. Mais une chose me manquait : visiter la capitale de la langue anglaise, Londres. Quoiqu’il ait été court (quatre semaines), ce séjour en septembre 2004 m’a permis de vivre par moi-même la vie quotidienne ou ce que les sociolinguistes appellent l’immersion culturelle. Le plus important, c’est que ce voyage m’a insufflé de nouvelles convictions et a effacé un certain nombre de préjugés que je nourrissais sur les Anglais. Enfin, en séjournant dans l’une des plus grandes capitales du monde, j’ai eu l’occasion de nouer de nouvelles amitiés avec des personnes en provenance de pays lointains comme la Chine, le Vietnam, la République Tchèque…».

La formule de l’hébergement dans une famille adoptée par ces trois Marocains est la plus répandue dans le monde : elle permet aux jeunes, selon les spécialistes, une immersion totale dans l’environnement d’un pays (anglophone en l’occurrence), ce qui facilite l’apprentissage de la langue et favorise une meilleure connaissance des us et coutumes locaux. C’est ce qu’explique Abdellatif Maâzouz, directeur du service information au British council : «C’est la vie quotidienne vécue exclusivement parmi les gens du pays qui permet à ces apprentis de juger eux-mêmes du mode de vie et de la mentalité des Anglais».

Au Maroc, il n’y a pas d’organisme spécialisé dans ce type de séjours
Combien de Marocains font-ils chaque année l’expérience d’un séjour linguistique à l’étranger ? Difficile à dire, même pour M. Maâzouz. Mais, d’après le British Council, 450 à 600 étudiants partent chaque année au Royaume-Uni pour perfectionner leur maitrise de la langue anglaise. Impossible, par contre, d’avoir une idée sur le nombre de Marocains qui effectuent un séjour de langue à l’étranger, en l’absence d’un organisme national spécialisé en la matière, à l’instar de l’Office national français de garantie des séjours et stages linguistiques. Ce dernier, rapporte le journal Le Monde du 12 avril courant, estime à 350 000 les jeunes qui partent chaque année pour un séjour linguistique de deux à quatre semaines. Et ce sont les pays anglophones qui sont les plus courus. Près de 40 % des enfants partent en Grande-Bretagne, 13 % aux Etats-Unis, 16 % en Australie, au Canada, à Chypre, à Malte et en Nouvelle-Zélande.

2 000 étudiants par trimestre au British Council de Rabat
On est sûr d’une chose concernant les Marocains : comme pour les Français, c’est la Grande-Bretagne qui est la plus demandée. Les agences de voyage sur la place offrent plus souvent, en effet, des séjours linguistiques à Londres, Oxford ou Cambridge, qu’à Madrid ou Berlin. Mais c’est le British Council de Rabat qui est le pionnier au Maroc en matière d’organisation de ces séjours linguistiques à l’étranger. Le phénomène va de pair avec la demande accrue émanant des Marocains de cours d’anglais dans le même centre. Dans le centre de Casablanca du British Council, pourtant ouvert en 2002 seulement, on compte 700 inscrits par trimestre à ces cours. A Rabat, dans un centre qui date, lui, des années 1960, l’on accueille jusqu’à 2 000 étudiants par trimestre.

Quant aux séjours linguistiques en Grande-Bretagne, ils étaient destinés, à l’origine, aux jeunes de13 à 18 ans. Aujourd’hui, ils sont étendus aux adultes de tout âge, pour des besoins professionnels et académiques. Chaque année, on envoie entre 100 et 150 personnes faire une immersion à Londres, Cambridge, et même en Irlande du Nord ou au Pays de Galles. 380 écoles, nous informe M. Maâzouz, sont accréditées au Royaume-Uni par le British council sur la base de la qualité de leurs professeurs, celle de l’accueil, des supports utilisés et de l’hébergement. La plupart des étudiants envoyés en Angleterre sont hébergés par des familles d’accueil britanniques. « Toutes les écoles avec lesquelles nous travaillons entretiennent des relations étroites avec les familles d’accueil et s’assurent, avant l’arrivée chez elles des candidats aux séjours linguistiques, de l’environnement dans lequel ces derniers vont se mouvoir. Tant au niveau de l’espace offert que de la moralité de la famille d’accueil. Certains étudiants, allergiques, exigent par exemple qu’il n’y ait pas d’animaux domestiques chez elles», continue M. Maâzouz. Et d’enchaîner : «On encourage de plus en plus ces séjours linguistiques pour que les Marocains se fassent eux-mêmes une idée du Royaume-Uni, loin des clichés et de ce qui est véhiculé de positif ou de négatif par les médias. Pour qu’ils aient aussi une idée du système éducatif britannique».

Quant à la durée du séjour, elle est de trois à six semaines, jusqu’à trois mois dans certains cas. Le tarif ? Il dépend du package : il y a les frais des cours, d’hébergement, du transport, d’excursion et des programmes socioculturels. Cela dit, tous les étudiants ne vont pas dans des familles d’accueil, certains préfèrent des résidences ou des hôtels. Le tarif dépend donc de tous ces paramètres.

30 000 élèves inscrits en 2006 en cours de français au Centre culturel français de Casa
A titre indicatif : le BC a organisé ces deux dernières années des packages de séjours linguistiques à des prix allant de 20 000 à 25 000 DH, tout compris : cours d’anglais, transport, hébergement. Le paiement se fait directement via la banque. Ce sont pratiquement les mêmes prix qui sont proposés par les agences de voyage. Pour Londres, un séjour de deux semaines, par exemple, destiné à une tranche d’âge de 8 à 15 ans, est proposé à 18 900 DH par une agence de voyages de la place. Ces prix, relativement élevés, ne peuvent être supportés que par des familles aisées. Mais il y a des adultes qui, pour les besoins des entreprises où ils travaillent, sont pris en charge par leurs employeurs.
Seul handicap qui limite sérieusement les séjours linguistiques : le visa. «C’est facile de l’obtenir pour les adolescents de moins de 16 ans, mais il est très difficile de l’obtenir pour les adultes», fait observer M. Maâzouz.
Il n’y a pas que le British Council qui organise ce genre de voyages linguistiques en Grande-Bretagne : un certain nombre d’agences de voyages et de conseil commercialisent ce produit. Dont Acarre, l’International Linguist Center, Business and Professional English (BPEC), quelques écoles de la Mission française et même certaines ONG comme le Train bleu et la Fédération des œuvres laïques (voir encadré).
Concernant la France et l’Espagne, un effort considétable est déployé par les centres culturels de ces deux pays, plus proches culturellement et historiquement du Maroc. En témoigne l’engouement des Marocains pour l’espagnol et le français. En 2005, on dénombrait ainsi 4 000 Marocains inscrits à l’Institut Cervantès de Casablanca pour des cours d’espagnol (sur 10 000 pour tout le pays). Quant aux sept instituts culturels français au Maroc, le nombre de Marocains qui s’y inscrivent pour suivre des cours de français est considérable : 30 000 élèves inscrits en 2006 pour le seul Institut français de Casablanca. Pourtant, ni les centres culturels français ni les instituts Cervantès n’ont jamais songé à organiser des séjours linguistiques pour les Marocains. Pourtant, ces pays considèrent leurs relations avec le Maroc comme importantes sinon stratégiques

La FOL organise des séjours linguistiques chaque année

Installée au Maroc depuis les années 1930, la Fédération des œuvres laïques (FOL) organise des séjours linguistiques tous les ans. Pas directement, mais à travers la Ligue française de l’enseignement, une ONG française qui fait de «l’éducation pour tous», son slogan. Les séjours se font essentiellement en Grande-Bretagne pour les jeunes Marocains désireux de perfectionner leur anglais. «Les séjours linguistiques font partie de nos activités, au même titre que les colonies de vacances que nous organisons tous les ans tant au Maroc qu’à l’étranger. Il n’y a pas de raison que nous abandonnions cette activité», affirme Clara Lamu Elhaïmer, directrice de la FOL. Exception : l’année dernière, où le voyage a été annulé juste à la veille du départ d’une trentaine de jeunes, en raison des attentats de Londres. La fédération propose deux formules : le séjour en famille ou dans des collèges en pension complète. Si c’est en famille, « nous préférons qu’elle soit bourgeoise pour que nos jeunes, issus de familles aisées, ne se sentent pas dépaysés», explique Catherine Maestracci, doyenne (année 1960) du personnel de la FOL. Pour éviter tout souci d’adaptation, les responsables de la fédération préfèrent la formule collège, bien qu’elle soit plus chère. Prix : 19 000 à 20 000 DH. Si c’est en famille, le séjour coûte 15 000 DH. Au collège, le programme est réparti entre cours d’anglais le matin et loisirs, activités culturelles et sportives l’après-midi. La durée du séjour varie entre 10 et 15 jours.