Du bon cinéma sur 2M pendant le Ramadan

Lalla Fatéma 3e du nomouvrira le bal chaque jour à 18 heures.
Feuilletons syrien et égyptiens pour les inconditionnels mais seulement
deux téléfilms marocains.
Une sélection judicieuse de 26 films dont des chefs-d’œuvre,
comme «Le dictateur» de Chaplin ou «Le tableau noir» de
l’Iranienne Samira Makhmalbaf.

La présentation de la grille de Ramadan, mardi 21 octobre dernier, fut la première prestation du nouveau directeur de 2M, Mostafa Benali, devant un parterre de journalistes, de cinéastes, de gens de spectacle et d’intrus. D’emblée, on mesure la différence entre le successeur et le prédécesseur. Autant l’un est volubile, autant l’autre est parcimonieux. Mais les deux ont en commun cette faculté de se dépêtrer des questions embarrassantes à coup de dribbles verbaux. Ce soir-là, Mostafa Benali étala son art du contre-pied déroutant. Quand on l’interrogea sur le coût de la programmation ramadanienne, il aligna les dépenses de la chaîne pour ses productions. L’émission «Bande à part» disparaîtra-t-elle ou est-ce une simple rumeur ? «Elle ne sera pas diffusée pendant Ramadan. Après, nous verrons avec Mme Nadia Larget s’il y a lieu de la maintenir ou non», répondit Mostafa Benali, avec un curieux sourire qui en disait long sur ses intentions.

Le registre comique, point faible de la grille
On l’aura compris : le débat était plus centré sur l’avenir de 2M que sur la grille ramadienne. Au sujet de celle-ci, le nouveau directeur se montra expéditif : dix minutes, montre en main, pour en dessiner les contours. Nour-Eddine Saïl en fut l’architecte. Son successeur rechignait à vanter le legs. Humain, trop humain !
Copieuse, la grille ramadanienne de 2M est de nature à gaver les affamés. Mais l’abondance n’est pas gage de qualité. En sollicitant Khadija Assad, Aziz Saâd Allah, Abdelkhalek Fahid ou Mohamed El Khiari pour dérider les pauvres téléspectateurs à peine émergeant du jeûne, 2M ne fait pas œuvre charitable. Ne se renouvelant guère, ces comédiens confondent spectacle et gesticulation tonitruante. Mais ils ont leurs inconditionnels. Ceux-ci auront leur dose de comique éculé et de saillies tartelettes à chaque rupture du jeûne. Lalla Fatéma, troisième du nom, ouvrira le bal, chaque jour à 18 heures. Ila quallâti chnou, appendice qu’on veut ludique de la sitcom, la suivra à 18h40. Aândak a Miloud, série humoristique réalisée par Abderrahim Salfouni, prendra le relais à 19h30. Et comme si ce traitement de choc ne suffisait pas, la grille nous offre généreusement un surcroît de «rigolade»: Canal harira (sic), animé par Mohamed Khiari (samedi et dimanche à 19h20). Bonne digestion !
Les accros des séries et feuilletons sont particulièrement soignés. Là, il y a du bon et du passionnant. Tel le feuilleton syrien Saqr Qoraïch, qui retrace avec brio le règne de Abderrahmane Eddakhel (tous les jours à 13 heures et 2 heures). La ménagère, au risque de brûler sa soupe, ne manquera pas un épisode de la savoureuse comédie égyptienne, Hikayat zaouj mouâssir, signée Chirine Adil (du lundi au vendredi, à 14h50). A 18h50, c’est au tour d’une autre œuvre égyptienne, Al Amma Nour, de camper sur le petit écran. Ce récit des déboires d’une enseignante, magnifiquement incarnée par Nabila Obaïd, vaut le coup d’œil. Des déboires d’une enseignante, on passe aux tourments d’une femme d’affaires affligée d’un compagnon douteux, pourvu qu’on soit encore d’aplomb à 23 heures. Mais Yousra mérite tous les sacrifices et elle est au sommet de son art dans Malak rohi. Il est regrettable que les téléfilms marocains ne soient que chichement représentés. En effet, seuls deux d’entre eux ont trouvé grâce aux yeux des concepteurs de la grille : Addoubaba al baydae, réalisé par Hassan Ghanja, et Allal Al Qalda, signé Mohamed Ismaïl. Faute de les avoir vus, on ne peut émettre de jugement, mais uniquement en avoir un préjugé favorable, eu égard à la dimension de leurs auteurs, Abdelilah Hamdouchi et Bensalem Himmich,et au talent de leurs interprètes : Rachid El Ouali, Mohamed Nadif, Afifi, Bastaoui et Naïma Lemcherki.
Confortant sa vocation de chaîne de cinéma, 2M nous propose pas moins de vingt-six films, venant de multiples horizons. Le choix des films est judicieux. Des chefs-d’œuvres tels que Titre et dragon, du Chinois Ang Lee, ou Le Kid, Le Dictateur, Les Feux de la rampe et Les Temps modernes, de l’incomparable Charlie Chaplin. Des comédies hilarantes, comme Les dieux sont tombés sur la tête (Bostwana), de Jamies Uys. Des œuvres graves, comme Le tableau noir, de la prodige iranienne Samira Makhmalbaf. Ou encore des films engagés, qui mettent à nu des vérités terrifiantes, comme le drame algérien, Rachida, de Yamina Bachir-Chouikh. Bref, rayon cinéma, 2M s’est surpassée