Des personnes atteintes racontent comment elles ont vécu la contamination

• La contamination par le Coronavirus ne s’oublie pas.
• Quatre personnes, atteintes du virus, racontent, après leur rémission, comment elles ont vécu la maladie et comment elles ont géré la peur et la crainte de contaminer leurs proches.
• De leurs témoignages, il ressort que la santé et la liberté n’ont pas de prix…

«La santé n’a certes pas de prix, mais la liberté également n’a pas de prix…», confie Bouchaib, 61 ans, après sa rémission du Covid-19. Contaminé par son fils âgé de 24 ans, Bouchaib a été diagnostiqué positif après un dépistage alors qu’il ne présentait aucun des symptômes du Coronavirus. Son épouse, sa belle-sœur et ses trois autres fils ont également été contaminés et étaient, tout comme lui, asymptomatiques. L’expérience du Coronavirus a marqué cette famille : D’abord, il y eut la peur et l’angoisse à l’annonce de la maladie du fils qui a été contaminé au niveau de son travail. «Il est employé dans une entreprise de produits pharmaceutiques et plusieurs de ses collègues ont été contaminés. Lui, contrairement à nous autres, a eu de la fièvre, des vomissements et a été admis en réanimation. Le mokkadem nous a contactés le lendemain de l’hospitalisation de mon fils pour nous demander de nous préparer afin que l’ambulance vienne nous chercher», indique Bouchaib qui souligne sa panique, car c’est une maladie particulière et non encore maîtrisée. La famille a passé 12 jours à l’hôpital de Sidi Moumen et 14 jours à l’hôtel Mogador. Vingt-six jours durant lesquels ils ont été soumis à un protocole de soins rigoureux : distanciation de rigueur, port du masque et traitement médicamenteux. «Après les analyses sanguines et les examens radiologiques nécessaires, le traitement prescrit consistait en des comprimés à prendre quatre fois par jour et deux injections, dont l’une intraveineuse, par jour. On nous a remis les boîtes de comprimés et indiqué les horaires de prise des médicaments», dit Bouchaib qui partageait la chambre d’hôpital, et celle de l’hôtel également, avec l’un de ses fils. «Nous étions certes ensemble, on discutait, on regardait la télévision, mais il n’empêche que l’enfermement était difficile à gérer. Il nous était strictement interdit de sortir de la chambre ou d’avoir des contacts avec les autres malades», explique Bouchaib.
Le seul moyen de contact avec l’extérieur était le téléphone portable à l’hôpital et fixe à l’hôtel. Ce qui permettait de s’enquérir de l’état de santé des autres membres de sa famille. «Ce qui est le plus difficile à gérer dans toute cette histoire c’est l’enfermement. On a le sentiment que nous sommes seuls et coupés du monde extérieur. Notre état de santé n’était pas grave, nous n’avons pas eu de complications mais cela n’a pas empêché une grande angoisse, une peur et une véritable panique qui sont aujourd’hui derrière nous, mais la vie a un peu changé…». Dans quelle mesure ces rescapés du coronavirus auraient vu leur vie changer ?
«Aujourd’hui, nous apprécions beaucoup plus la liberté de mouvement, le fait de pouvoir sortir et avoir un contact avec les gens, discuter, se parler, etc. En un mot, nous apprécions notre liberté qui n’a pas de prix, il faut bien le souligner», dit Bouchaib. Ce retraité s’apprête à rouvrir sa petite entreprise d’enseignes publicitaires qui compte trois employés dont lui-même et son fils. Toutes les mesures de sécurité seront mises en place pour éviter la propagation du virus car, précise Bouchaib, «il s’agit de notre santé et de celle de la communauté. Il faut lutter contre cette maladie qui a traumatisé des milliers de familles qui ont compté des malades et ont été endeuillées par des décès des leurs».

«Le décès de notre ami fut une rude épreuve que nous avons surmontée ensemble…»

Pour Hamid, Marocain résident en France, le décès d’un des leurs a fortement secoué la bande d’amis venus pour des vacances dans le Sud du pays. «Un séjour qui a viré au cauchemar lorsque l’un de nos amis a présenté des symptômes semblables à ceux d’une grippe : fièvre et toux. Des symptômes qui sont rapidement apparus également chez ma femme et les autres amis du groupe. En fait, j’étais le seul à ne pas avoir de symptômes. Le résultat du premier test a été négatif mais le choc a été grand lorsque j’ai été déclaré positif au deuxième test !», atteste El Hamid, pour qui la mort de son ami français a été une épreuve. Une rude épreuve, confie-t-il, «face à laquelle le reste du groupe s’est mobilisé et s’est fortement uni. Nous l’avons surmontée et nous avons décidé de vivre ensemble cette période qui a été une expérience inoubliable pour nous». En dépit de la peur et des inquiétudes suscitées par les complications de l’état de santé de certains d’entre eux, Hamid et ses amis ont tenu à positiver la situation et à vivre «normalement» cette tranche de vie.
Le fait de rester ensemble à l’hôpital les a beaucoup aidés. Hamid, qui a organisé ce séjour touristique au Maroc, a également organisé le séjour hospitalier passé à l’hôpital HassanII d’Agadir. Les journées étaient réparties entre plusieurs activités, notamment des séances de sport, des jeux de société, la lecture et la diffusion de films. Sans oublier les repas et les siestes. «Nous avons décidé de ne pas nous focaliser sur la maladie et les informations qui y sont liées afin de pouvoir garder le moral et être mentalement bien pour surmonter l’épreuve de la maladie et du décès», dit Hamid pour qui «cette expérience a été enrichissante à plusieurs égards : D’abord nous sommes passés d’une ambiance de vacances à l’ambiance stressante de la maladie, et pas n’importe laquelle, puis à à la tristesse du deuil. Tout cela s’est enchaîné et nous a, à chaque fois, unis et mis à l’épreuve car il nous fallait surmonter tout cela et continuer de se soutenir et surtout de vivre face à un virus inconnu et dangereux». Et d’ajouter : «Cela nous a aussi permis de découvrir l’implication et le professionnalisme des équipes médicales et paramédicales qui se sont mobilisées contre le virus et ont sauvé beaucoup de vies, en dépit de leur surexposition à la maladie. Sans eux, je ne serais pas là aujourd’hui…». En effet, les médecins et les infirmiers se sont fortement mobilisés pour lutter contre l’épidémie qui n’a pas épargné nombre d’entre eux.
C’est le cas de ce jeune médecin de 35 ans, chirurgien pédiatrique à l’hôpital d’Azilal, originaire de la ville de Bejaâd, qui a été contaminé début avril après avoir développé les symptômes du virus à la mi-mars. «Dés que le test a révélé ma contamination, j’ai eu une grande angoisse, parce que je craignais pour mes parents ainsi que les autres personnes qui ont été en contact avec moi. Je me suis alors empressé de donner leurs noms et coordonnées aux autorités qui les ont, comme l’exige le protocole de prise en charge, convoqués pour passer les tests. J’ai passé une nuit blanche, imaginant le pire, mais aucune de ces personnes n’a été touchée par le virus. J’ai pu alors me concentrer sur mon état de santé et le protocole de soins», indique ce jeune médecin dont l’état de santé s’est aggravé dés le démarrage du traitement. Il y a eu des effets secondaires au niveau des yeux, ce qui a nécessité le transfert du médecin au centre hospitalier universitaire de Casablanca. Au service de l’ophtalmologie, il a subi de nouveaux tests et s’est vu prescrire un autre traitement. «A l’annonce de ma contamination, je me suis dit que les choses se passeraient bien dès que je serai sous traitement contre la Covid-19. Mais mes problèmes oculaires m’ont inquiété car je ne pouvais plus lire, ni ouvrir les yeux dans la lumière. Je devais rester dans le noir pour ne pas avoir mal. Car les douleurs étaient intenses. Je suis passé par une période difficile au cours de laquelle le stress et la peur étaient, au départ, insurmontables. Mais je me suis pris en main pour éviter une déprime», confie ce jeune chirurgien qui avoue que sa perception de la vie a totalement changé suite à cette maladie. «La vie est précieuse et pour se préserver de ce virus ou de tout autre pathologie, il faut être sérieux, rigoureux et respectueux aux consignes de prise en charge. Car, par légèreté, on peut faire basculer sa vie et aussi celle des siens. Mon expérience avec la Covid-19 a été très difficile et m’a fortement marqué», tient-il à préciser. Et d’ajouter : «Aujourd’hui, j’ai de plus en plus peur pour ma santé et pour celle de ma famille».
Et c’est cette même peur que ressent Hakima, ouvrière dans une unité industrielle d’Ain Sebaa à Casablanca. Evoquant son histoire avec la Covid-19, Hakima parle de «miracle». En effet, malgré son contact avec plus de 500 autres employés de l’usine et tous contaminés, elle n’a pas été touchée. «J’ai passé le test et j’ai attendu plusieurs jours avant de savoir que je n’avais pas le virus. Cinq jours pendant lesquels je ne dormais plus et ne mangeais plus. Et à chaque fois que j’entendais la sirène de l’ambulance dans mon quartier, je me disais qu’on venait me chercher…», raconte Hakima qui se souvient également de la peur ressentie lorsque le moqaddem lui a demandé de préparer son sac pour se rendre à l’hôtel où elle a passé deux jours dans la même chambre qu’une collègue diagnostiquée positive, après un deuxième test effectué à l’hôtel. «Moi, mon deuxième test effectué à l’hôtel a également été négatif, et je n’ai pas compris que je puisse être saine, alors que toutes les personnes que j’avais côtoyées avaient le virus. C’était vraiment un miracle !!!». Echapper au virus du Covid-19 est, avance Hakima, une opportunité de se concentrer sur des choses essentielles et de mesurer la valeur de la santé. Mais dans l’immédiat, sa non-contamination est aussi un soulagement pour cette trentenaire qui, en attendant les résultats du test, n’a cessé de penser à l’éventuelle contamination de sa mère âgée et malade, de son beau-frère diabétique et de sa nièce qui est également malade.
«A un moment, j’avais tellement peur que je ne pensais plus à moi-même mais à toutes ces personnes qui me sont chères et à qui je risquais d’apporter la maladie alors qu’elles sont confinées à la maison !». Contaminées ou épargnées de justesse, toutes ces personnes disent être marquées par cette épidémie et qu’elles se souviendront jusqu’à la fin de leur vie de l’année 2020. Mais dans l’immédiat, ne craignent-elles pas une rechute ? Nos témoins répondent unanimement par la négative. Ils disent que les médecins n’ont pas évoqué ce risque…

Confinement à domicile
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