Des mécènes financent les études supérieures des élèves des «khayriate»

Grà¢ce à  l’aide de la Fondation marocaine de l’étudiant, ces bacheliers font des études supérieures dans le privé gratuitement et bénéficient en plus d’une bourse d’études.
Plus de 60% de ces jeunes sont parmi les majors de leur promo.
Depuis 2002, 42 MDH de financement en leur faveur.

«Dans la vie, il n’y a pas de solution. Il y a des forces en marche, il faut les créer, et les solutions suivent». La Fondation marocaine de l’étudiant (FME) présidée par Mohcine Berrada, le créateur du Forum de l’étudiant, a fait de cette citation d’Antoine Saint-Exupéry sa devise. Tous les bacheliers marocains n’ont pas les capacités matérielles et financières pour poursuivre des études supérieures. C’est le cas, en particulier pour ces centaines d’enfants issus des «khayriate», maisons de bienfaisance appelées pudiquement «Etablissements de protection sociale» (EPS), qui décrochent chaque année leur bac. En dépit de la précarité de leurs conditions sociales et économiques, ils ont un potentiel qui ne demande qu’à s’exprimer.
La FME, dont le président est très impliqué dans le monde de la formation depuis bientôt vingt ans, a eu l’heureuse idée, en 2002, de financer des études supérieures dans le privé aux plus méritants des bacheliers issus de ces maisons de bienfaisance, en l’occurrence ceux qui obtiennent leur bac avec mention. Et ils sont nombreux.
En 2009, 768 élèves issus de ces EPS ont eu leur bac, dont 153 avec mention. Mais au-delà du bac, la perspective de poursuivre des études supérieures réussies et accéder au monde du travail reste étroite. Avec un peu de chance, seule une petite minorité y parviendra, si elle rencontre sur son chemin des mécènes qui savent l’apprécier à sa juste valeur. La FME a su capitaliser ces forces en marche.
En vertu d’une convention passée entre la Fédération des EPS et l’Entraide nationale, cette fondation, depuis sa création en 2002, choisit chaque année une quarantaine de ces bacheliers brillants et leur trouve des bourses pédagogiques auprès des écoles supérieures privées de la place pour poursuivre leurs études gratuitement. Avec en sus une bourse de 900 DH qu’elle leur octroie mensuellement. L’intervention de la FME ne s’arrête pas là : pour leur assurer le maximum de chance après l’obtention de leur diplôme, la fondation leur cherche dès la première année de leurs études supérieures un parrain dans le monde de l’entreprise. «C’est un parrainage strictement moral et non financier. Son objet est de permettre à l’étudiant de trouver des stages, de l’aider à trouver un emploi à la fin du cursus scolaire, et surtout, durant tout ce cursus, de rester continuellement en contact avec lui dans l’objectif de lui démystifier son environnement socio-économique», tient à préciser M. Berrada.

Le parrainage d’une entreprise, une clé pour une insertion professionnelle
On dénombre aujourd’hui quelque 83 lauréats qui ont achevé leurs études, grâce à l’aide de cette fondation. Ils sont insérés sur le marché du travail en tant que financiers dans des entreprises, comptables ou infographistes dans des hôtels ou dans des banques. Certains ont même créé leurs propres entreprises. Parmi ceux-ci, Ahmed El Hamzaoui (voir encadré). C’est un exemple de ces étudiants qui ont réussi, après leur bac, un excellent parcours, grâce à la FME et à l’école supérieure qui l’a formé gratuitement. El Hamzaoui, 28 ans, est issu de la Maison des enfants de Témara. C’est en fait l’un des premiers lauréats à avoir bénéficié des services de la FME. Après une licence en droit privé à la Faculté des sciences juridiques à Rabat, il intègre l’Institut marocain de droit des entreprises (IMAD) de Casablanca pour obtenir un master de juriste en conseil d’affaires, et un diplôme délocalisé avec l’Université Mendès France de Grenoble. Diplôme en poche, il travaille sept mois à la Coopération internationale chez GTZ (Coopération technique allemande), avant d’intégrer la FME pour créer l’association de ses lauréats, dont il est promu président. Un autre exemple, Rachida Abboudi, qui est issue de la Maison de bienfaisance de Béni-Mellal. Elle réussit son bac section lettres modernes en 2005 avec 17 de moyenne. Son nom est transmis par l’Entraide nationale à la FME. «On m’a d’abord proposé une école à Casablanca qui délivre un bac+2. J’ai refusé. Je connais mon potentiel et je veux bac+5», martèle avec détermination Rachida. Elle entre donc à l’Institut des hautes études économiques et Sociales (IHEES) à Casablanca. A 22 ans, elle obtient un master en management financier. Après un stage à Attijariwafa bank, elle se retrouve à la Société de Bourse de Casablanca. Son parcours vient juste de commencer, et elle compte aller plus loin puisqu’elle pense déjà à un master en audit en France. En tout cela elle n’oublie pas la fondation. «Sans elle, je n’aurais jamais imaginé devenir ce que je suis. Je me considère chanceuse, une fille de la campagne n’a, en fait, que très peu de chance de faire ce que j’ai fait». Ibtissam Jaâfari figure également parmi ces profils qui intéressent la fondation. Issue elle aussi de la Maison de bienfaisance de Béni-Mellal, elle a réussi un joli parcours à l’IHEES. Elle est aujourd’hui comptable dans un hôtel géré par le groupe Accor.
Yassine Zniber, un autre lauréat de la fondation, est issu, lui, de la Maison de bienfaisance d’Aïn-Chok à Casablanca. Il a fait, grâce à la fondation, l’Ecole polytechnique dans la même ville pour devenir ingénieur et intégrer une multinationale. Et M.Berrada de se féliciter que «plus de 60% de ces jeunes sont majors de leurs promotions, et il nous arrive d’atteindre les 80% dans les meilleures écoles supérieures privées. Ces résultats honorent la fondation, et les écoles privées qui les ont formés». Ces écoles engagées dans ce processus de bienfaisance ont dépensé et dépensent encore bénévolement, pour les former, des sommes non négligeables.
Pour parrainer ces jeunes, les accompagner et les insérer dans le monde du travail, il a fallu la contribution de 134 chefs d’entreprises et cadres dirigeants. Outre les bourses pédagogiques des écoles supérieures privées ou des écoles de formation professionnelle, la fondation octroie pour chacun de ces étudiants une bourse de 900 DH par mois (logement, alimentation, transport…), sans parler d’autres dépenses de mise à niveau linguistique et de fournitures scolaires.
Un étudiant coûte aux école supérieures privées chaque année une moyenne de 45 000 DH, soit 225 000 DH pour une formation qui dure cinq ans. A la fondation, on avance le chiffre d’environ 42 MDH de bourses distribuées depuis sa création, par 60 établissements privés partenaires (37,6 MDH bourses pédagogiques et 4,5 MDH en bourses directes). Des bourses qui ont bénéficié à 141 garçons et 77 filles. La plus grande partie a choisi la filière TIC, le reste se répartit entre gestion, commerce, management, finances, assurance, marketing, paramédical ou encore tourisme, électronique et droit…
122 étudiants poursuivent encore leurs études, tous boursiers. M. Berrada regrette une chose : malgré les 150 bourses pédagogiques annuelles proposées par les écoles supérieures, il ne peut prendre que 40 recrues (34 en 2009-2010) à cause du manque de moyens. «Si on pouvait prendre les 150 bourses par an, on aurait à la fin de la 5e année 750 recrues, si on multiplie les 750 par 12 et par 900, cela donnera quelque 8 MDH par an. Mais en réalité c’est dérisoire si l’on tient compte de la valeur ajoutée que produiraient ces 750 diplômés dans un Maroc qui souffre encore d’un manque en ressources humaines», estime le président de la FME. Pour recruter plus de candidats, la fondation devra trouver davantage de sources de financement, sachant que l’essentiel provient actuellement de l’Entraide nationale (50%), du ministère de la famille et de la solidarité (25%), le reste étant assuré par quelques fondations privées (Fondation BMCI, CDG, Lafarge…).