Déradicalisation des jeunes : le plan d’action de Bayti prêt en septembre

Le plan d’action préparé en partenariat avec l’Association Aida de Tanger s’attaque à toutes formes de radicalisation, à savoir sociale, culturelle et religieuse. Il s’articule autour de deux axes : la sensibilisation des jeunes et de leurs familles et l’insertion socio-économique des populations cibles. Le lancement est prévu pour 2020 à Casablanca et Tanger.

Bayti, association pour l’enfance en situation difficile, s’attaque à la radicalisation des jeunes. C’est en septembre prochain qu’elle présentera un projet de lutte contre ce fléau, élaboré en partenariat avec l’association Aida de Tanger. Les responsables de Bayti tiennent à préciser qu’«il s’agit de lutter contre tous les types de radicalisation et non pas seulement la composante religieuse. Donc, nous ciblons tous les jeunes qui sont dans une situation de mal-être et qui sont potentiellement prédisposés à exprimer leur haine envers l’autre parce qu’il est différent et parce qu’il ne partage pas les mêmes idées, n’a pas les mêmes goûts vestimentaires, porte le hijab ou n’écoute pas la même musique… Toutes ces différences sont un prétexte pour ne pas communiquer et pour exprimer sa haine par des comportements violents et extrémistes». Il s’agit plus précisément de lutter contre la radicalisation sociale, culturelle et religieuse.

Ce programme, qui démarrera en 2020, sera déployé dans les villes de Casablanca et Tanger. Des choix qui ne sont pas fortuit, souligne-t-on à Bayti, «car il s’agit de deux grandes métropoles où les populations, notamment les jeunes, les mineurs et les migrants, qui vivent dans la précarité, dans l’exclusion sociale et souffrent de la défaillance de tout accompagnement et prise en charge. Il s’agit également de villes qui ont eu des antécédants comme par exemple le cas de Sidi Moumen et où il y a donc une population qui est potentiellement récupérable».

Préalablement à l’élaboration du programme, il a été établi un diagnostic à Tanger et à Casablanca des causes de la radicalisation et de la violence affectant les adolescents et les jeunes ainsi que des besoins des jeunes des quartiers défavorisés de Beni Makada (Tanger) et Ain Chok (Casablanca) menacés de radicalisation. Les équipes de Bayti se sont également penchées sur le rôle des institutions éducatives dans la formation de ces jeunes notamment en ce qui concerne la transmission de valeurs et l’insertion professionnelle, sur l’existence d’espaces de dialogue et d’échange avec d’autres acteurs du système de protection de l’enfance et de la jeunesse enfin sur les facteurs de genre dans les processus de radicalisation. Les conclusions de ce diagnostic seront présentées, en septembre, à Casablanca, Tanger et Rabat et les recommandations constitueront la base de la stratégie de plaidoyer en faveur de politiques dans le cadre du projet.

Dans le cadre de ce programme sont prévus des ateliers de réflexion sur la prévention de la radicalisation et de la violence sexiste où seront abordées et analysées les faiblesses et les forces des communautés d’origine des enfants et des jeunes. Seront aussi analysés les besoins des éducateurs en vue d’une amélioration de la prise en charge des mineurs et des jeunes en situation difficile.

Le projet vise la réalisation de l’Objectif de Développement Durable (ODD) 16…

Par ailleurs, sera également analysée la législation marocaine relative à la protection des mineurs et des jeunes en situation d’exclusion. Le but est de mettre en exergue les textes qui défavorisent l’intégration des jeunes. Les politiques et les plans de développement nationaux et régionaux établis au Maroc pour la réalisation de l’ODD 16 seront également examinés afin d’évaluer le dégré de convergence de ces politiques.

Il est à rappeler que l’ODD 16 vise à promouvoir l’avènement de sociétés pacifiques et inclusives aux fins du développement durable, assurer l’accès de tous à la justice et mettre en place, à tous les niveaux, des institutions efficaces, responsables et ouvertes. Ces études aboutiront à la formulation des recommandations pour une intégration efficace de la population jeune la plus marginalisée en proposant des alternatives et en créant un débat politique au sein de la Commission législation, justice et droits de l’homme à qui elles seront soumises.

Concrètement le projet de lutte contre la radicalisation est structuré autour de deux axes : la sensibilisation des populations cibles et également la proposition des issues et les solutions à mettre en place pour aider les jeunes à s’en sortir et à se réintégrer dans la société.

En ce qui concerne la sensibilisation, un guide sur la prévention de la radicalisation et de la violence sociale sera préparé et diffusé dans tous les centres de protection et maisons de jeunes, les centres associatifs de l’Entraide nationale ainsi que dans les familles des quartiers ciblés et sur les réseaux sociaux.
Il portera, selon les responsables de Bayti, «des messages positifs de prévention primaire et donnera des informations sur les conséquences psychologiques, morales et sociales de toutes les formes de radicalisation». Par ailleurs, la sensibilisation se fera directement avec les familles de mineurs en situation de vulnérabilité et ceci dans le cadre de 120 séances au profit de 60 familles.

L’objectif est de transmettre aux familles des mineurs institutionnalisés et aux bénéficiaires des foyers de jeunes les connaissances et les instruments nécessaires pour détecter les changements d’attitude significatifs chez les mineurs et les jeunes.

Le travail de sensibilisation devrait permettre aux familles de détecter les changements comportementaux entraînant une augmentation des conflits dans l’environnement social et une modification des habitudes pouvant conduire à une rupture avec la famille et l’environnement d’origine. Les ateliers de sensibilisation seront également destinés aux enfants et aux jeunes dans différents centres d’associations et d’institutions.

Le programme prévoit la sensibilisation de 360 enfants et jeunes dont 50% de filles et de femmes à travers quatre sessions de sensibilisation annuelles dans trois centres de protection du ministère de la jeunesse et des sports, quatre sessions annuelles de sensibilisation dans les 4 maisons de jeunes et quatre sessions annuelles de sensibilisation dans les 4 associations.

Ces séances seront conduites par des spécialistes des droits de l’enfant, de la criminologie et de la psychologie. Les responsables du projet signalent que ces séances «porteront sur le droit au respect, le droit de s’exprimer et de donner son opinion, le droit à l’éducation et à apprendre un métier, le droit d’être entendu, à une justice équitable, le droit à la santé, à la sécurité».

Outre le travail de sensibilisation aussi bien des jeunes mineurs que de leurs familles, le projet de lutte contre la radicalisation prévoit la mise en place de solutions aidant à la réintégration des jeunes en concrétisant un projet de vie.

Le projet prévoit de travailler avec 60 jeunes dans les villes de Casablanca et Tanger en vue de la création d’un itinéraire de formation au travail portant sur la formation, l’orientation professionnelle, l’information sur le marché du travail et recherche active d’emploi, la recherche de stages de formation, de stages professionnels en entreprise, l’intervention socio-éducative et enfin la gestion de l’insertion et le soutien social des jeunes.
Pour chaque jeune sera développé un plan d’insertion personnalisé qui sera réalisé conjointement avec le jeune en fonction du diagnostic initial et de son évolution dans les différentes phases de l’itinéraire. Un psychologue travaillera avec les bénéficiaires à Tanger et à Casablanca pour diagnostiquer des aspects de la santé mentale, de la personnalité et des attitudes des jeunes, en vue de l’élaboration de plans d’intervention individualisés et d’un programme de surveillance. Cela se fera via des séances de coaching collectif et de suivi individuel.

Par ailleurs, il est prévu une formation pour la gestion des activités génératrices de revenus. Devront en bénéficier soixante jeunes de plus de 18 ans, issus des maisons de la jeunesse et des centres Bayti. Ces jeunes choisiront le secteur dans lequel ils souhaitent développer leur activité génératrice de revenus en fonction de la formation reçue précédemment. La formation aux activités génératrices de revenus portera sur la présentation d’un projet, sur l’idée de projet, sur la réalisation d’une étude de marché, d’une étude technique et financière du projet et enfin sur l’accompagnement de la start-up, et la création d’un businness plan.

Les vingt meilleures propositions d’activités génératrices de revenus seront sélectionnées suite à une évaluation de tous les bénéficiaires de la formation. Les 20 jeunes, dont 50% de filles, devront présenter leurs projets devant deux commissions à Tanger et Casablanca formées par de jeunes bénéficiaires.
Les projets sélectionnés bénéficieront d’un soutien financier pour l’achat d’équipements pour le démarrage de l’activité.

Une fois son projet dévoilé en septembre prochain, Bayti ménera une campagne pour sensibiliser les politiques ainsi que l’ensemble de la société à la lutte contre la radicalisation et la violence sociale.
L’association organisera deux ateliers à Rabat sur la radicalisation et la violence sociale qui réuniront vingt parlementaires membres de la Commission parlementaire sur la législation, la justice et les droits de l’homme avec lesquelles AIDA travaille depuis deux ans. Ces ateliers permettront, selon les responsables du projet, de comprendre la pensée politique et ses réticences face à ces phénomènes.
Cette compréhension permettra de mettre en œuvre des stratégies de plaidoyer politique adaptées à la réalité nationale. Seront examinées également, dans ces ateliers, les diverses modifications à apporter au niveau législatif afin d’améliorer l’intégration sociale et professionnelle des mineurs et des jeunes en situation d’exclusion.
Par ailleurs, l’équipe du projet a prévu une campagne audiovisuelle pour la prévention de la violence sociale et de la radicalisation. Deux capsules vidéo, axées sur le genre et les droits de l’homme, seront réalisées. Il est à noter que les jeunes de l’association Bayti contribueront à l’élaboration du contenu et la conception des vidéos. Celles-ci seront projetées dans les maisons des jeunes, et les centres de protection et elles seront également remises à l’Entraide nationale pour une diffusion dans ses centres. Une diffusion télévisée est également envisagée en vue d’un débat national et local autour des plans et des politiques d’insertion socio-professionnelle des mineurs et des jeunes en situation d’exclusion.
Enfin, il a été retenu aussi l’idée de réaliser des reportages sur la radicalisation pour la radio. Dix jeunes, dont 50% de filles, bénéficiaires de Bayti collecteront des informations et des opinions auprès des enfants et des jeunes pensionnaires des établissements de Casablanca et de Tanger. Ils seront encadrés par les psychologues du projet et les différents acteurs institutionnels impliqués dans le projet sur la violence sociale et la radicalisation. Le reportage englobera les interviews ainsi que le rapport final qui sera diffusé à la radio. Enfin, toutes les informations relatives à la sensibilisation seront largement diffusées à travers les instruments de communication de Bayti, AIDA et la Plateforme Convention droits de l’enfant.