Corruption au Maroc : Questions à  Abdessamad saddouq, Président de TM

«L’installation d’un système national d’intégrité est une urgence»

La Vie éco : Le baromètre mondial de la corruption 2013 dresse une situation alarmante, ce n’est pas nouveau…

Ces chiffres ne font en effet que confirmer tous les sondages précédents, l’image du Maroc n’a pas changé d’un iota. Pour preuve, 72% des Marocains interrogés dans ce sondage jugent inefficace l’action du gouvernement dans la lutte contre la corruption. Ce qui est encore étonnant dans tout cela c’est l’attitude du gouvernement qui a fait de la moralisation son cheval de bataille. Deux ans après son installation, on ne voit toujours rien de concret.

Il y a quand même la fameuse divulgation de la liste des agréments…

Il s’agit là d’actions ponctuelles limitées, ce gouvernement est fort dans le discours et pas dans les actes, il n’a même pas encore dessiné les contours de sa stratégie de lutte contre la corruption, et force est de reconnaître que sur ce plan, le gouvernement Jettou, en 2005, avait marqué des points : une batterie de mesures anti-corruption a été adoptée, dont certaines ont été mises en œuvre. Je cite parmi elles l’obligation de déclaration obligatoire du patrimoine, consacrée d’ailleurs par la nouvelle Constitution. Depuis, on n’a rien vu, jusqu’à à ce que le Roi ait reçu Abdesslam Aboudrar, président de l’ICPC, en avril 2011, pour donner son feu vert pour un élargissement des prérogatives de son instance et en la dotant de moyens plus conséquents. On s’en souvient, ce soutien est venu dans le sillage du mouvement du 20 Février et des révolutions arabes, la Constitution viendra après entériner cela en créant l’Instance nationale pour la probité, la prévention et la lutte contre la corruption (INPPLCC).

Mais quelle est l’approche de Transparency Maroc ?

L’installation d’un système national d’intégrité est une urgence, un système de piliers qui se complètent : gouvernement, parlement, justice, société civile…, et nous en faisons à chaque fois une évaluation pour voir plus clair. Il s’appuie sur deux volets : la répression via la reddition des comptes, et la prévention. La première est d’autant plus importante que l’impunité qui règne encore est la cause essentielle de cette corruption qui perdure. Le gouvernement possède tous les moyens de détection et d’instruction des dossiers : l’inspection générale des finances, (IGF), l’Inspection générale de l’administration territoriale (IGAT), ce sont là des outils qui lui permettent de détecter tous les dysfonctionnements. Des plaintes existent, des enquêtes sont ouvertes, mais la justice est tellement lente qu’on se demande s’il y a vraiment une volonté d’en finir avec l’impunité. La prévention, elle, passe par une politique sectorielle qui définit pour chaque secteur le travail préventif à faire.