Bourses For Women in Science : cinq lauréates maghrébines qui le valent bien…

La Fondation L’Oréal et l’UNESCO ont récompensé, une fois encore, cinq lauréates maghrébines : deux Marocaines, deux Tunisiennes et une Algérienne. Une bourse de 10 000 euros leur a été remise pour leur permettre de mener leurs projets post-doctorants. Elles présentent leur projet et encouragent toutes les femmes scientifiques à réaliser leurs rêves…

Hanan Arahmane, Laila El Ghazouani, Leila Nasraoui, Randa Sghaier et Soumicha Mahdjour. Elles sont respectivement deux Marocaines, deux Tunisiennes et une Algérienne. Elles sont les cinq doctorantes chercheuses qui ont décroché les bourses de la Sixième édition Maghreb du For Women In Science. Ce programme, rappelons-le, a été lancé en 1998 par la Fondation L’Oréal et l’UNESCO pour encourager les femmes scientifiques à mener et faire aboutir leurs travaux de recherche dans plusieurs domaines. Aujourd’hui, ce programme a bénéficié à 3100 femmes scientifiques à travers 117 pays.

Une initiative, il faut le reconnaître, doublement louable, puisqu’elle assure un soutien financier aux chercheuses et permet une avancée dans la vie de l’homme, notamment grâce aux avancées scientifiques et technologiques. En plus d’un financement, la bourse du programme FWIS est également une reconnaissance des compétences féminines dans les sciences et leur offre aussi l’opportunité d’acquérir des compétences en leadership. Selon les chiffres communiqués par les organisateurs, on retiendra que seulement 29% des chercheurs dans le monde sont des femmes et 3% des Prix Nobel des sciences ont été décernés à des femmes. Convaincues que la science a besoin des femmes, la Fondation L’Oréal et l’UNESCO se sont engagés, il y a 21 ans maintenant, pour aider les femmes chercheuses. Et pour cette treizième édition au Maroc et sixième au Maghreb, le programme «For Women In Science» s’est ouvert à deux nouveaux domaines de recherche : les mathématiques et la science de l’information et de l’ingénierie.

Ainsi, pour son projet post-doctorat, Hanan Arahmane de l’Université MohammedV de Rabat travaille sur l’introduction de nouvelles méthodes de traitement numérique du signal, à savoir les méthodes de séparation aveugle de source matricielle et sensorielle et les méthodes d’intelligence artificielle afin d’améliorer les techniques de mesure de flux neutronique. Et ceci dans la perspective d’une meilleure estimation de ce flux dans un champ de rayonnements mixtes, en particulier au sein du seul réacteur au Maroc, notamment celui du Centre national de l’énergie, des sciences et des techniques nucléaires (CNESTEN). La complication de l’intitulé pour les profanes est à la hauteur de la passion de Hanan pour la recherche et son ambition de faire aboutir son projet dont l’objectif est «que la science pourrait améliorer la qualité de vie de l’humanité avec zéro impact de l’homme sur le réchauffement climatique».

A toutes les femmes, elles conseillent «de ne pas se décourager et d’avoir confiance en soi»

Et c’est également dans un souci de protection de l’environnement, que Laila El Ghazouani a choisi son projet de recherche. Cette diplômée de l’Ecole nationale d’Architecture de Rabat tente de proposer des moyens d’intervention afin de diminuer les températures élevées dans la ville. Elle se projette dans la ville de demain et ambitionne de proposer un nouveau modèle de conception d’une ville avec des typologies architecturales plus adaptées. Objectif : réconcilier le citadin avec l’espace public en lui offrant un confort thermique et des constructions en harmonie avec l’environnement. Soutenue par sa famille et en particulier sa mère chercheur en informatique, Laila estime qu’«il ne faut pas chercher de prétexte pour être ambitieuse, le monde se mettra à votre service tant que vous le souhaitez». Et Soumicha Mahdjour, lauréate algérienne, d’ajouter : «Et n’écoutez pas les personnes qui vous diront que ce que vous voulez est impossible». Totalement soutenue par sa famille, même si parfois ses proches s’inquiètent de sa vie privée, Soumicha Mahdjour est à 100% passionnée par ses travaux sur l’évaluation de nouveaux photosensibilisants chimiques via une stratégie adéquate de prise en charge des patients souffrant de cancer. Son rêve est d’«arriver un jour avec des substances naturelles moins nocives pour guérir des patients ayant des pathologies néoplasiques rebelles». Et c’est sur une autre pathologie lourde et chronique que Randa Sghaier, de l’Université de Monastir Sousse de Tunisie, a choisi de focaliser ses travaux de recherche. L’objectif de sa recherche est de comprendre les activités biologiques, actuellement utilisées dans le traitement de la sclérose en plaques, pour permettre de guérir cette pathologie qui reste, pour l’heure, incurable. Découvrir un traitement pour réduire les souffrances des patients et pourquoi pas les guérir est son rêve. Elle croit en sa passion et ne laisse personne la dissuader de poursuivre sa recherche. Car souvent, confie-t-elle, «les femmes abandonnent leur recherche sous la pression des parents et de la société qui veulent que la femme doit faire des études mais elle doit surtout se marier, avoir des enfants et fonder une famille». Sa compatriote, Leila Nasraoui, fait preuve de la même persévérance et partage la même passion. Elle conseille aux femmes scientifiques de «croire en soi, en son potentiel, de persister et de ne jamais abandonner». Lauréate de l’Université de Carthage Ariana, spécialisée en génie électrique, électronique, ingénierie informationnelle, télécommunication, Leila Nasraoui mène des travaux sur l’intégration des drones dans le réseau de la cinquième génération pour étendre la connectivité et offrir un service performant. Ayant grandi dans le milieu rural où l’accès à l’école est très souvent difficile, son rêve est que tout écolier puisse accéder à l’éducation et à l’informatique.

Toutes les cinq partagent le même rêve : améliorer l’accès aux soins et l’accès à l’éducation et les conditions de vie via les sciences. Elles partagent également la passion de la recherche et la curiosité scientifique. Passion et curiosité qui leur ont coûté de longues années de travail : elles ont toutes, à leur actif, entre dix et seize années d’études supérieures et de recherches. Un travail de longue haleine et une endurance aujourd’hui reconnus par la Fondation L’Oréal et l’Unesco qui leur ont octroyé une bourse de 10 000 euros pour une durée de deux années. Un financement qu’elles entendent utiliser pour l’achat des matériels de recherche, la publication d’articles et leurs déplacements et stages à l’étranger…