Grippe A-H1N1: Ce que vous devez savoir sur le Tamiflu

Les hôpitaux et les cliniques s’en approvisionnent au cas où un patient est touché par ce virus. Si un pharmacien le commande, ce sera en petites quantités, car il y en a qui ne vendent pas «une seule boite» durant la saison de la grippe.

Depuis le début la crise de la grippe A(H1N1), le Tamiflu est l’objet de nombreuses questions. Voici quelques vérités autour de ce médicament et de sa disponibilité actuelle au Maroc.

Rareté dans les pharmacies 

D’abord, sa rareté dans le circuit traditionnel est un fait. Il est si rare d’en trouver chez les pharmacies que son nom est parfois oublié des employés des officines. Faisant le tour de quelques pharmacies de Casablanca, La Vie éco a posé la question autour de sa disponibilité dans certaines, sans succès.

Si tel est le cas, c’est parce que le Tamiflu est un médicament réservé pour des indications très particulières. D’après les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), c’est le traitement préventif des cas de (H1N1) de type A et B en situation de pandémie, prescrit pour l’adulte et l’enfant de plus d’un an ce qui n’est techniquement pas le cas aujourd’hui.

De l’avis des médecins, le A(H1N1) « est devenu une grippe saisonnière comme les autres ». A ses premières apparitions chez l’homme en 2009, on parlait de pandémie. L’OMS avait alors déclaré un état d’urgence sanitaire international, et l’affluence sur le Tamiflu battait son plein. Cette grippe d’origine porcine a muté par la suite, et le corps humain y aurait développé une résistance au fil des années.

Hicham Nejmi, secrétaire général du ministère de la santé, nous confirme que la présence rare du Tamiflu dans les pharmacies vient du fait qu’il n’est pas un produit d’usage courant, mais à usage hospitalier et «non un traitement de routine que le médecin vous prescrirait ». Par contre, ce sont les centres hospitaliers et les cliniques qui s’en approvisionnent au cas où un patient est touché par ce virus en particulier.

Quant aux pharmaciens, que rien n’oblige à passer commande d’un médicament en particulier, ils restent assujettis à la loi de l’offre et de la demande. Elles passent commande à travers les grossistes. «Au vu des indications spécifiques à l’usage du Tamiflu, une officine de ville n’aura pas beaucoup de demandes pour ce médicament. Si un pharmacien s’en approvisionne, ce sera en petites quantités. Il y en a qui ne vendent pas une seule boite durant toute la saison de la grippe», explique ce responsable en nous dressant une topographie de la situation.

Disponibilité dans les établissements de santé

Qu’en est-il donc de sa disponibilité dans les hôpitaux et les cliniques? Pour ce qui est des infrastructures de santé étatiques, M.Nejmi confirme la commande passée récemment par le ministère. En effet, 1000 boites sont arrivées le vendredi 1er février au Maroc, et 15.000 autres arriveront lors de la journée du dimanche 3 février. Ces chiffres ne sont pas définitifs, car le rythme d’approvisionnement sera maintenu si nécessaire, nous informe le responsable.

En ce qui concerne les établissements de santé relevant du privé, ces derniers n’obéissent pas à une logique particulière d’approvisionnement. Selon les témoignages recueillis par La Vie éco de deux médecins pratiquants au sein de cliniques privées, la voie première d’acquisition d’un médicament reste le grossiste où l’officine d’à côté.

Producteur

C’est un médicament produit par les laboratoires Roche, puis importé et commercialisé au Royaume par leur filiale marocaine qui en détient l’AMM (autorisation de mise sur le marché). Sanaa Sayagh, DG de Roche Maroc, a indiqué à La Vie éco que le produit est disponible en quantité suffisante, et qu’aucun problème d’approvisionnement n’est à signaler.

Mme Sayagh dit ne pas pouvoir révéler le nombre de boites livrés sur le marché marocain, mais précise que beaucoup de demandes de Tamiflu ont été reçues ces derniers temps de la part des secteurs public et privé.«Le ministère de la Santé, les institutions publiques comme les hôpitaux, la division de l’approvisionnement ont passé commande, le secteur privé aussi. Nous sommes en contact permanent avec le ministère de la santé pour pouvoir répondre à la demande du marché et à la demande du patient marocain», a-t-elle poursuivi.

Le produit est donc là, pas de rupture de stock à signaler, il n’attend qu’à être commandé.

 La grippe, une réalité à accepter?

Chaque année, près de 600.000 personnes décèdent à cause de la grippe saisonnière dans le monde d’après les statistiques de l’OMS. «La grippe tue, c’est la regrettable réalité. Chez les personnes âgées, les enfants en bas âge, les gens vulnérables, souffrant d’immunodépressions ou de maladies chroniques, le risque est plus élevé», explique M.Nejmi au sujet de ce virus plus répandu que l’on aurait suspecté.

«Si on prend arbitrairement 100 personnes normales dans la rue, et qu’on leur fasse écouvillonnage nasal, on risque de trouver que 20% ou 30% d’entre elles sont porteuses d’une forme de H1N1 asymptomatique», dit-il.

Interpellé par La Vie éco autour de la comparaison de la situation au Maroc avec celle à l’international, surtout que près de 450 cas graves et 33 décès ont été enregistrés en France, M.Nejmi révèle que «les Français ont des problèmes de résistance car, à une certaine période, ils ont usé du Tamiflu de manière abusive».

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