à‰meutes du 20 juin 1981 à  Casablanca : Portrait de Saïd Massrour

13 ans, un mois et un jour de prison…

A 19 ans, au moment des faits, Saïd n’avait pas une conscience politique aiguë. Il n’était même pas encarté dans un parti politique ou un syndicat. Ayant quitté l’école à 13 ans, il faisait de la menuiserie pour aider ses parents, et fredonnait, comme tous les jeunes de sa génération, «Lyam Alyam» de Nass El Ghiwane et «Nakr Lahsan» de Jil Jilala. Leurs chansons, par leurs paroles engagées, inoculaient en eux un embryon de conscience politique. «20 juin, 13 heures. Tout était fermé à Casablanca, et cela exaspérait les forces de l’ordre de Driss Basri», se rappelle Saïd. Des rassemblements de jeunes, filles et garçons, se constituaient spontanément dans les rues, des slogans sont scandés dénonçant les augmentations excessives des produits de première nécessité. Saïd se mêle à la foule de manifestants, porté par l’effervescence du moment. Des banques, des voitures et des édifices publics ont été saccagés, des devantures éventrées. Les forces de l’ordre interviennent, tirant à balles réelles sur les manifestants. «J’ai vu une femme sortir de chez elle pour récupérer son enfant, une balle lui a transpercé la nuque. Elle gisait par terre. Personne n’a osé s’en approcher. Son corps est reste étendu sur le sol jusque tard dans la nuit quand une fourgonnette est venu le ramasser», se souvient Saïd. Les arrestations se comptent par milliers. Les gens étaient entassés dans les commissariats et autres arrondissements de police, ainsi que dans des casernes, ou dans les locaux de la Foire internationale. «Des asphyxies de masse se sont soldées par de nombreux décès, notamment dans les locaux du 46e arrondissement à El Bernoussi», évoque Saïd. Il fut embarqué de chez lui, à 5 heures du matin, le 25 juin. Il est condamné à 20 ans de prison, avec une quarantaine de jeunes, au cours d’un procès expéditif, une semaine après son arrestation. «J’en ai purgé 13 ans, un mois et un jour» compte avec précision Saïd, dont la grande partie à la prison centrale de Kénitra. En 2006, il crée l’Association des victimes et familles de victimes des événements du 20 juin 1981. Plusieurs ont été indemnisées par la première commission du CCDH, d’autres par l’IER. Lui, il a déposé son dossier auprès de la première instance d’arbitrage créée en 1999 dans le cadre du CCDH. Il a touché 190 000 DH. Saïd Massrour est tout sauf satisfait. «C’est une réparation symbolique. Des centaines de victimes de cas émentes n’ont pas touché un sou. Certaines, enterrées dans des fosses communes, n’ont jamais été identifiées. Le combat pour leur rendre justice et à leurs familles n’est pas encore terminé». Maintenant, l’association relance le CNDH pour le règlement de 88 dossiers relatifs aux ayants droit de jeunes incarcérés à un âge variant de 17 à 20 ans, décédés lors des émeutes.