Tranquillisants : le sevrage passe par un contrat entre médecin et patient

Le stress quotidien et la recherche d’un bien-être permanent, associés à la latitude qu’a tout médecin de prescrire des tranquillisants, poussent à une plus grande consommation de ces «molécules de l’esprit». Pourtant, ces médicaments, d’une grande utilité quand ils sont pris à bon escient, posent de véritables problèmes de dépendance et de sevrage. Il s’agit de cette grande famille de produits chimiques employés en psychopharmacologie que sont les benzodiazépines et tous les produits apparentés, et qui peuvent induire, à des degrés divers, selon le produit utilisé, quatre actions thérapeutiques. Réduire l’angoisse par l’action anxiolytique. Favoriser le sommeil par l’action hypnotique. Faciliter une détente musculaire par une action décontracturante et prévenir les crises d’épilepsie par une action anticonvulsive. Les médecins donnent ces produits en cas d’anxiété névrotique, d’insomnie, d’angoisse et parfois comme complément d’un traitement antiépileptique. Mais, tous les protocoles doivent impérativement être de durée limitée. Les médecins s’accordent pour les administrer sur une durée de quatre à huit semaines. Mais, bien souvent, les délais de prescription ne sont pas respectés. D’eux- mêmes, des patients décident de pérenniser le confort obtenu, d’où des risques de dépendance et d’effets secondaires. Parfois, l’erreur relève du médecin traitant, qui n’explique pas suffisamment l’ordonnance à son patient. Les risques sont principalement de trois ordres.

Un problème de dépendance, qui se développe à partir d’un phénomène de tolérance. Après un certain temps de consommation régulière, la dose prescrite au départ produira moins d’effet. Et une prise plus importante sera nécessaire pour retrouver l’action originale du médicament. D’où l’escalade. A ce stade, l’arrêt brutal de la benzodiazépine entraînera une détresse psychologique avec un rebond très important de l’angoisse et des insomnies. Parallèlement, une détresse physique risque de conduire à une désorientation dans le temps et l’espace ainsi qu’une sensation de dépersonnalisation. Le deuxième principal risque est le danger de potentialisation: lorsqu’on associe l’alcool à une prise de benzodiazépine, on multiplie les effets des deux drogues. Le mélange peut induire un état d’ivresse important avec des doses relativement faibles. Enfin, il y a le risque des troubles de la mémoire. La question que l’on se pose alors est comment se libérer d’une dépendance aux tranquillisants ? Tout d’abord, la décision d’arrêter doit venir du consommateur lui-même. Les échecs sont essentiellement dus aux sevrages imposés par l’entourage et le médecin. Et ce qu’il faut garder en mémoire, c’est le respect d’une désescalade médicamenteuse, orchestrée par le médecin traitant en accord avec le patient. Parallèlement au protocole de sevrage, il faut une bonne hygiène de vie, dont une activité physique quotidienne, qui fera transpirer, car l’exercice physique favorise la sécrétion des endorphines cérébrales, qui sont les meilleurs tranquillisants naturels.