Tamiflu, attention aux mauvaises indications !

Indications majeures, effets réels ou présumés, arguments de prescriptions, populations cibles et effets indésirables du Tamiflu.

Ces dernières semaines, plusieurs cabinets de médecine et d’officines au Maroc reçoivent des patients particuliers, qui exigent ou présentent une ordonnance de Tamiflu. Une seule idée en tête, avoir un stock de ce médicament antiviral chez eux. C’est une erreur médicale, qui peut avoir des conséquences néfastes. Les médicaments antiviraux doivent être réservés aux formes graves ou aux patients présentant un risque de complications, et non être prescrits de façon systématique. Que disent les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), publiées le 21 août dernier ? Six points importants à retenir. L’OMS ne recommande pas de traitement pour les personnes en bonne santé qui présentent une grippe bénigne et le médecin reste le seul juge de l’utilité de la prescription d’antiviraux. Pour le Pr François Bricaire, infectiologue à la Pitié-Salpêtrière, «à partir du moment où c’est une grippe particulièrement bénigne, dont les symptômes ne durent guère plus d’une journée, les antiviraux n’ont pas vraiment d’intérêt, leur rapport bénéfice/risques n’est pas favorable», estime-t-il. Deuxième point, quels sont les effets des anti-viraux sur le H1N1 ? Les deux antiviraux actifs sur ce virus grippal, l’oseltamivir (Tamiflu) et le zanamivir (Relenza), sont des inhibiteurs de la neuraminidase, qui est une enzyme indispensable à la réplication du virus. Le Tamiflu peut réduire sensiblement le risque de pneumonie, qui est une des premières causes de décès dans la grippe ainsi que la nécessité d’hospitaliser, indique l’OMS. Troisième question, en cas de symptômes : qui doit impérativement prendre les antiviraux ? L’OMS recommande un traitement rapide des formes d’emblée sévères ou s’aggravant, quel que soit l’âge du malade. Les antiviraux sont aussi préconisés pour toutes les femmes enceintes et les adultes, ou les enfants de plus d’un an avec des facteurs de risque particuliers, notamment porteurs de maladies chroniques. En dessous d’un an, on recommande une hospitalisation systématique. Les 0-5 mois sont tous traités par antiviraux, les 6-12 mois uniquement en cas de facteurs de risque. Autre principale interrogation ? Les risques de résistance sont-ils élevés ? Depuis le début de la pandémie, seulement 13 cas de résistance du virus au Tamiflu ont été recensés, «un taux conforme aux 0,4 % habituels», selon le laboratoire Roche, fabriquant de ce médicament. «Prescrire des antiviraux de façon abusive expose au risque de faire émerger des résistances», rapporte le ministère français de la santé. Par ailleurs, d’autres études internationales notent que le risque est faible chez un individu donné car il s’agit de traitements courts. Mais il est probable que des prescriptions à plus grande échelle conduiront effectivement à l’apparition de résistances, dont on ne connaît pas les conséquences. Autre question cruciale : après un contact étroit avec un malade, faut-il suivre un traitement ? Oui, pour les personnes qui ont des facteurs de risque particuliers, aux femmes enceintes et chez certaines collectivités. Enfin, quels sont les effets secondaires d’un traitement par le Tamiflu ? Les plus fréquents sont d’ordre digestif (nausées, vomissements), et la majorité régresse en un à deux jours, selon le laboratoire pharmaceutique. Mais la grande question qui reste posée : a-t-on suffisamment de recul pour juger vraiment des vrais effets secondaires de cet antiviral. Que pense le Centre marocain de pharmacovigilance ? Et que dira le 22e  meeting international de pharmacovigilance, organisé pour la première fois au Maroc par l’OMS, en novembre dernier ?