Réimplantation d’une main amputée : la chirurgie vasculaire sur la sellette

20 spécialistes marocains, chirurgiens, orthopédistes, anesthésistes, ont réussi l’implantation d’une main amputée à  l’issue d’une opération de douze heures.

L’histoire est poignante mais riche d’enseignement. Mercredi 28 février, un jeune Nigérian a eu la main totalement sectionnée par un sabre (photo), suite à  une agression dont il a été victime à  Salé. Il met sa main coupée dans sa poche et se présente aux urgences de l’hôpital Ibn Sina de Rabat. Branle-bas de combat. Toute une logistique se met en place. Trois équipes de spécialistes vont se succéder avec un seul objectif : réimplanter cette main complètement séparée de l’avant-bras. L’opération a duré douze heures, l’implantation est un succès. Ce dernier est dû d’abord à  une équipe de traumato-orthopédistes, pour rétablir la continuité des os et leur fixation par des broches. A des chirurgiens plasticiens et neurochirurgiens, qui se sont attelés à  la réparation des principaux nerfs commandant la fonctionnalité. Et, enfin, au travail minutieux, sous microchirurgie, de l’équipe de chirurgie vasculaire, pour suturer les artères et les veines qui vont assurer la revascularisation.

Cette grande première, pilotée par l’équipe du Pr. Younes Bensaid, chef du service de chirurgie vasculaire, a nécessité le concours de 20 spécialistes, médecins, chirurgiens, orthopédistes, anesthésistes réanimateurs, d’infirmiers et degestionnaires. Le Pr. Bensaid et son équipe sont fiers du résultat obtenu, mais ce professeur émérite en chirurgie vasculaire tire la sonnette d’alarme. Le Maroc, dit-il, ne dispose que d’un seul service de chirurgie vasculaire, à  l’hôpital Ibn Sina. Les victimes des accidents de la voie publique, avec fractures multiples, atteinte artérielle aboutissant à  des ischémies aiguà«s, et donc à  l’arrêt de la vascularisation n’ont donc que six heures (délai maximum toléré pour un arrêt vasculaire aigu) pour arriver à  Rabat et espérer sauver leur membre d’une amputation. «C’est inadmissible», s’indigne le Pr. Bensaid. Cependant, ajoute-t-il, le ministère de la santé est conscient de ce problème vital. C’est dans ce sens qu’il coordonne avec le wali de Meknès, et grâce à  la générosité d’une femme de confession juive, l’ouverture en avril 2007 d’un service de chirurgie vasculaire à  l’hôpital Mohammed V de Meknès.

La chirurgie vasculaire est d’un grand apport thérapeutique, rappelle le Pr Bensaid, en cas d’anévrisme de l’aorte, d’atteintes des artères rénales, digestives ou cérébrales, mais surtout celles des membres inférieurs chez les diabétiques présentant des gangrènes. La chirurgie vasculaire est la seule technique thérapeutique pouvant sauver un membre de l’amputation. La mise en place de services de chirurgie vasculaire dans d’autres provinces est également nécessaire pour les malades souffrant d’insuffisance rénale terminale, dont le seul recours est la dialyse. Car, pour bénéficier de cette épuration artificielle, ces malades doivent d’abord obligatoirement passer par un service de chirurgie vasculaire pour la confection d’une fistule artério-veineuse. Or, 99% de ces fistules sont réalisées dans le seul service disponible au Maroc, celui de l’hôpital Ibn Sina.