Recrudescence des jeux en ligne : les psychiatres s’inquiètent

Tout ce qui apporte du plaisir, de l’excitation, peut devenir une addiction.
Le joueur peut parier seul devant son écran, 7j/7, 24 h/24.

Aujourd’hui partout dans le monde, les médecins spécialistes de l’addiction craignent un afflux de joueurs pathologiques en consultation. Ceux qui entretiennent avec le jeu une relation autre que celle du simple loisir et du plaisir occasionnel. Le Maroc commence également à être touché par ce phénomène, selon le Pr Soumaya Berrada, responsable du Centre d’addictologie au CHU Ibn Rochd de Casablanca, qui organise en octobre prochain, en collaboration avec la faculté de médecine de Casablanca, une journée d’étude sur «la psychiatrie au Maroc, internet et les accros aux jeux». Claude Olievenstein, le «psy des toxicomanes en France», définit la toxicomanie comme la rencontre d’un produit, d’un moment socio-culturel et d’une personnalité, qu’il s’agisse de drogue ou de jeux. Pour beaucoup de psychiatres addictologues, les jeux en ligne vont créer de vraies pathologies. «Globalement, tout ce qui apporte du plaisir, de l’excitation, peut devenir une addiction», explique le Pr Jalal Toufiq, responsable du Centre d’addictologie à l’hôpital psychiatrique Arrazi de Salé. «On peut parler d’addiction dans la mesure où ces joueurs se mettent en très grande difficulté, financière et sociale notamment», renchérit-il.
La psychiatrie moderne répartit les joueurs en trois grandes catégories. La première regroupe ceux qui jouent comme d’autres se droguent. Ils sont à la recherche de sensations fortes, veulent défier la loi du hasard, ce sont des transgresseurs. La deuxième catégorie concerne ceux qui considèrent le jeu comme une automédication, une sorte de «pansement de l’esprit» pour retrouver la paix après un divorce ou un licenciement. Ils veulent réparer les injustices du quotidien. Enfin, la dernière catégorie est composée de ceux pour qui jouer est une seconde nature. Les transgresseurs vont le plus souffrir avec les jeux en ligne, estiment les psychiatres. Pour la deuxième catégorie, c’est la machine à sous qu’il faut redouter. Le problème avec Internet, c’est que le frein social (regard des autres, horaires de fermeture des casinos ou des bars…), n’existe plus. Le joueur peut parier seul devant son écran, 7j/ 7, 24 h/ 24. Alors comment reconnaître que l’on est devenu «accro»? C’est lorsqu’on dit «c’est plus fort que moi». Là, il est temps de consulter, précisent les psychiatres. Le traitement consiste à déceler les troubles psychiques sous-jacents, notamment une dépression voire une addiction à un autre produit comme l’alcool ou le tabac, pour une éventuelle prise en charge. Aux Etats-Unis, des centres de désintoxication traitent la dépendance aux jeux vidéo et à internet. Il s’agit de reconnecter à la réalité des jeunes qui naviguent parfois une dizaine d’heures par jour dans les mondes virtuels. Le tout pour 14 500 dollars. En France, un centre de référence sur le jeu excessif, installé dans le CHU de Nantes, a ouvert fin 2009. Enfin, selon une étude réalisée en 2009 par l’Association internet de la jeunesse chinoise, plus de 10 millions des 100 millions d’adolescents chinois souffriraient d’une dépendance virtuelle. Pour eux, quelque 400 centres de désintoxication numérique ont fleuri dans le pays. Au Maroc, où la toile a envahi toutes les couches socioculturelles, il est temps que les scientifiques et le ministère de la santé lancent une étude sur la problématique de l’addiction à internet.