Lipides : pour des ponts entre recherche et industrie des huiles

L’industrie des huiles et des margarines au Maroc attend beaucoup de la recherche
scientifique et médicale marocaine
Oméga-3 et graisses insaturées sont les
seules graisses dont les effets positifs sur la santé ont été démontrés.

Du 30 novembre au 1er décembre se tiennent à  Casablanca les IIIe Journées internationales d’étude sur les lipides. Au menu : les bénéfices et les risques des lipides et des huiles sur la santé, l’importance des oméga-3 dans les huiles végétales, la qualité des corps gras dans l’industrie huilière et la margarinerie, ainsi que le développement de la recherche sur les huiles marocaines par l’instauration de partenariats entre l’université et l’industrie alimentaire. Cette réunion scientifique intéressera universitaires, médecins, nutritionnistes, diététiciens, industrie agroalimentaire et représentants des ministères de la santé et de l’agriculture.

Pour le professeur Ahmed Adlouni, chef de l’unité de physiopathologie cardiovasculaire du laboratoire de recherche sur les lipoprotéines et l’athérosclérose à  la faculté des sciences Ben M’sik de Casablanca, la recherche dans le domaine des lipides, relativement récente, connaà®t une avancée remarquable. Elle sert la médecine et la thérapeutique, notamment cardiovasculaire, et est une source d’innovation pour l’industrie agroalimentaire. La preuve en est la disponibilité sur le marché marocain de nouveaux produits alimentaires enrichis en vitamines et micro aliments. Sur le plan santé et nutrition lipidique, le Pr Adlouni indique que des études cliniques très documentées en cardiologie sur les oméga-3 (graisses insaturées) viennent d’être publiées dans des revues internationales ces deux dernières années, notamment l’étude japonaise parue dans The Lancet de mai 2007, qui prouve que les oméga-3 réduisent la mortalité d’origine cardiovasculaire. Mais, les travaux sur les habitudes alimentaires montrent que la consommation en oméga-3, des populations européennes et américaines notamment, reste en deçà  des recommandations internationales. Sur le plan physiopathologique, les lipides plasmatiques contenus dans les lipoprotéines de faible densité, connues sous le nom de mauvais cholestérol, sont responsables des complications cardiovasculaires. Bloquer leur métabolisme préviendrait ces risques. Pour le Pr Adlouni, la recherche dans les universités marocaines, notamment sur les lipides, souffre d’un manque de techniciens de recherche. C’est surtout les jeunes chercheurs en préparation de thèse qui animent les laboratoires avec leurs encadrants. Les moyens financiers sont très insuffisants pour mener une recherche compétitive et indépendante. On a souvent recours à  la coopération étrangère, déplore-t-il, alors que «le coût de la recherche dans le domaine des lipides n’est pas plus élevé que dans d’autres domaines de la biologie.» Et de souligner que la recherche sur les lipides présente indéniablement une valeur ajoutée sur le plan économique, particulièrement dans le secteur des huileries et corps gras. Partant de là , une réflexion sur les partenariats est ouverte aujourd’hui entre chercheurs des facultés des sciences et industriels agroalimentaires, dont les principales orientations sont attendues de ces IIIe journées d’étude sur les lipides. L’industrie huilière et margarinerie joue aujourd’hui la carte de la proximité vis-à -vis du consommateur marocain. «C’est une aubaine pour la recherche scientifique marocaine», conclut le Pr Adlouni.