Les bronchiolites virales chez les nourrissons, un problème de santé publique

En cas d’infections respiratoires virales chez l’enfant, les antibiotiques sont inutiles.
Désencombrement rhinopharyngé avec de l’eau salée, hygiène de vie rigoureuse, et lutte contre le tabagisme passif, seuls moyens de guérison.

En cette période hivernal, le Dr Fatéma Souhail, professeur de pédiatrie et présidente de l’Association marocaine de pneumologie et d’allergologie pédiatrique, indique que la bronchiolite du nourrisson, affection très fréquente, pose un réel problème de santé publique. Cette bronchiolite virale (BV) est une infection des voies respiratoires inférieures, automno-hivernale, survenant par petites épidémies et touchant surtout le nourrisson de moins de 2 ans avec un pic de fréquence entre le 4e et le 6e mois de vie. Aux USA, l’incidence annuelle est de 11,4% chez les enfants de moins de 1 an et de 6% de 1à 2 ans.
Le virus respiratoire syncitial (VRS) est responsable de 90 000 hospitalisations et de 4 500 décès annuels. En France, une étude faite par l’Agence nationale d’accréditation et d’évaluation en santé a estimé à 460 000 le nombre de nourrissons atteints chaque année, soit environ 30% de la population générale. En Angleterre, entre 2002 et 2003, 0,1% des  lits d’hospitalisation étaient occupés par des bronchiolites virales avec un séjour moyen de 2,7 jours. Cette bronchiolite,  qui touche 1 nourrisson sur 3, est due à un virus répandu et très contagieux qui se transmet par la salive, les éternuements, la toux, les objets souillés par une personne enrhumée et par les mains. Ainsi, un rhume chez l’adulte peut être à l’origine d’une bronchiolite chez le nourrisson.
Pour sa part, le Dr Chafiq Mahraoui, professeur de pneumologie allergologie pédiatrique et auteur du livre Les maladies allergiques de l’enfant, qui a reçu le Prix maghrébin de pédiatrie, précise qu’il est inutile et excessivement coûteux  de prescrire des antibiotiques, en cas d’infections respiratoires virales chez l’enfant. Par ailleurs, il attire l’attention sur le danger de donner des antitussifs et des expectorants à des enfants en bas âge, qui n’ont même pas appris à cracher. Cela risque de les encombrer davantage. Et du fait du nombre très élevé des bronchites virales qui affluent vers les urgences des hôpitaux pédiatriques, constate le Pr Souhail, cela pose de véritables problèmes de logistique, liés à la nécessité d’isoler les enfants, à la disponibilité de salles d’hospitalisation et de personnel médical et infirmier et,  surtout, aux dépenses supplémentaires en médicaments. Les thérapeutiques actuelles n’ont montré aucun effet sur l’évolution de la maladie. Cependant, une éducation et une sensibilisation des parents et de la famille doivent constituer la pierre angulaire dans la prise en charge de toute bronchiolite virale du nourrisson, permettant ainsi la guérison moyennant des gestes simples et à la portée de tous : désencombrement rhinopharyngé avec de l’eau salée, hygiène de vie rigoureuse, lutte contre le tabagisme passif. Cela, en attendant la mise au point de vaccins contre le VRS. Cependant, l’antibiothérapie peut être envisagée dans un deuxième temps en cas de surinfection. Il est important d’assurer une bonne hydratation des nourrissons pour assurer la fluidité des sécrétions. Quoi qu’il en soit, l’état respiratoire des enfants doit être surveillé : toute aggravation nécessite une consultation, voire une hospitalisation.