Greffons : l’avenir est tributaire de donneurs nationaux

La loi marocaine exige que tout donneur potentiel doit déposer sa demande de son vivant auprès du tribunal.
L’importation des cornées est une solution intermédiaire.

Grâce à l’importation de greffons à partir des banques des tissus de Tours et de Besançon en France, les 4 CHU du Maroc ont pu réaliser une vingtaine de greffes de cornée entre le 12 et le 28 août 2009 (lire notre édition du 20 mars qui appelle à une facilitation des procédures d’importation des greffons). Le lancement de cette action entre dans le cadre de l’engagement du ministère de la santé à vouloir réaliser 1 000 greffes de cornée par an à l’horizon 2012. Le succès de cette opération et plus particulièrement en cette période de congés a nécessité toute une organisation. Car il fallait mobiliser des ophtalmologistes, des anesthésistes réanimateurs, des infirmiers, des administratifs et allouer un budget et une logistique, pour assurer le transport et le dispatching des greffons acheminés depuis la France vers les CHU de Rabat, de Fès, de Casablanca et de Marrakech. Il fallait régler les procédures administratives notamment les autorisations d’importation des greffons, le choix des malades à greffer en respectant les listes d’attente. Ce qui rajoute à la complexité de ce genre d’opération, le respect des conditions de transport des greffons, d’autant plus que les cornées ont des délais de conservation très limité dans le temps, ce qui impose de les greffer à des dattes fixes. Par ailleurs, les greffons doivent subir des examens bactériologiques, certifiant l’absence de toute maladie infectieuse transmissible. Toutes ces difficultés ont été surmontées, grâce à une parfaite coordination entre la direction des hôpitaux et des soins ambulatoires du ministère de la santé  et la direction du CHU Ibn Sina (CHIS), plus particulièrement son unité de coordination de la greffe d’organes, indique le Pr Mountacer Chefchaouni, directeur du CHIS. C’est ainsi et dans le cadre de la décentralisation des soins tertiaires, auparavant concentrés au niveau des CHU de Rabat et de Casablanca, les CHU de Fès et de Marrakech ont pu réaliser leurs premières greffes de cornée. Tous les spécialistes s’accordent que l’importation des cornées n’est qu’une solution intermédiaire, car il y a le risque de non-disponibilité de greffons. La solution définitive réside dans le prélèvement de cornées à partir de donneurs nationaux en mort cérébrale. Mais, aujourd’hui, il y a un obstacle juridique de taille. La loi marocaine exige que tout donneur potentiel doit déposer sa demande de son vivant auprès du tribunal, ce qui constitue une lourdeur administrative que très peu de citoyens parviendront à dépasser. La solution est simple, comme c’est le cas en France, où ils ont un excédent en greffons : tout citoyen qui ne déclare pas de son vivant son refus d’offrir ses organes est considéré comme un donneur potentiel. Au Maroc, les accidents de la circulation font
4 000 morts chaque année, soit en moyenne 11 par jour. Ce sont des morts qui peuvent donner la vie et la vue, en offrant de leur vivant leurs organes, notamment les cornées. Il est à signaler que les dernières greffes de cornées au Maroc remontent à la fin des années 80.