Greffe de la cornée : il faut faire revivre la banque des yeux du Maroc

Aucun programme, à  ce jour, pour prendre en charge la greffe de cornée.
Une centaine de greffes par an alors que les besoins sont bien plus importants.

Le Maroc a été pionnier dans la greffe de cornée en instaurant une banque des yeux au cours des années 1950. Convaincu de l’utilité et de la mission noble qu’allait jouer cette instance, le roi Mohammed V lui avait conféré le caractère d’utilité publique. C’était l’une des premières banques de tissus dans le monde arabe et africain. Comment expliquer que notre pays, autrefois leader, soit aujourd’hui dernier en matière de greffe de cornée dans le monde arabe et surtout par rapport à  des pays comme la Libye, la Tunisie ou l’Egypte, s’interroge Dr Mouhcine El Bakkali, ophtalmologiste dans le secteur libéral à  Rabat. Ce spécialiste marocain rappelle que si l’éradication du trachome contagieux a été obtenue grâce au programme du ministère de la santé et à  ses partenaires, cela a laissé de larges séquelles avec des patients présentant une opacité cornéenne entraà®nant une baisse de la vision dont le seul traitement est la greffe de la cornée. Malheureusement, il n’existe aucun programme, à  nos jours, pour prendre en charge ces patients. Et en plus des séquelles du trachome, d’autres maladies comme les traumatismes, les infections ou le kératocône entraà®nent environ 15% des cas de cécité au Maroc. Après l’agonie de la banque des yeux du Maroc, durant les années 1990-2000, des prélèvements effectués sur les cadavres en milieu hospitalier-universitaire ont permis de réaliser 30 à  40 greffes par an. Et depuis quelques années, l’importation de cornées par le biais de l’hôpital Cheikh Zayed de Rabat a permis de réaliser une centaine de greffes par an, alors que les besoins sont nettement supérieurs, alerte Dr El Bakkali.

Pour pallier cette situation, Dr El Bakkali propose quelques solutions, comme l’instauration d’une véritable politique de don d’organes et de tissus, la célébration d’une journée nationale du don d’organes et de tissus, l’ouverture d’une liste nationale de donneurs et de donneurs potentiels. Il propose aussi, entre autres, la diversification des organismes fournisseurs de tissus cornéens, la participation du secteur hospitalier à  la promotion des prélèvements de cornée, la démocratisation de la greffe de cornée auprès des médecins ophtalmologistes des secteurs public et privé, à  l’instar de ce qui se passe dans d’autres pays. Dr El Bakkali suggère enfin la création d’un observatoire national impliquant le corps des ophtalmologistes publics et privés, le ministère de la santé, le ministère de la justice et le conseil de l’ordre des médecins pour redynamiser et faire revivre la banque des yeux du Maroc afin qu’elle joue son rôle médico-social à  l’instar de ce qui se fait ailleurs dans le monde.