Colloque sur le droit à  la santé : pour un partenariat public-privé

Recommandations : création d’un conseil supérieur de la santé, d’une agence du médicament et d’un département dédié au secteur libéral au ministère de la santé.

Yasmina Baddou, juriste et ministre de la santé, a participé activement et s’est impliquée personnellement dans l’atelier portant sur la réforme du système national de la santé, lors du Colloque national sur le droit à la santé, organisé à Rabat le 28 février par le département de la santé, et dont la séance d’inauguration a été présidée par le Premier ministre, Abbas El Fassi. La réflexion a porté essentiellement sur le partenariat public-privé et avec les ONG, la politique du médicament au Maroc, la lutte contre la mortalité maternelle et infantile et enfin la prise en charge des affections de longue durée.

Les travaux se sont déroulés en sept ateliers, auxquels ont participé sans exception tous les acteurs influents dans le secteur de la santé au Maroc, et se sont soldés par d’importantes recommandations. Celles-ci feront l’objet d’une publication qui sera diffusée à tous les professionnels de la santé et portée à la connaissance de l’opinion publique. La création d’un Conseil supérieur de la santé, l’élaboration d’une charte nationale de la santé et d’un Code national de la santé ainsi que l’institutionnalisation de canaux de concertation entre tous les acteurs œuvrant dans le secteur de la santé se sont imposés comme principales recommandations auxquelles un groupe de travail multidisciplinaire s’attellera jusqu’à leur aboutissement.

Le renforcement du rôle et des moyens de l’ordre des médecins, afin qu’il puisse jouer son rôle de médiateur et de contrôleur, la mise en place d’une véritable carte sanitaire réduisant les écarts entre milieu urbain et rural, l’obligation pour les établissements de soin du public et du privé d’afficher leurs tarifs, et, surtout, la création, dans l’organigramme du ministère de la santé, d’un département dédié au secteur privé, constituent les points forts de l’atelier consacré à la bonne gouvernance.

La politique du médicament au Maroc nécessite une accélération du processus de mise à jour de l’arsenal juridique. Cela passe par le renforcement de la structure chargée de l’encadrement de ce secteur, dont il faut faire évoluer le statut pour l’ériger en véritable agence marocaine du médicament (AMM), à l’instar des pays développés (FDA aux USA). Par ailleurs, il faut actualiser le cadre réglementaire régissant les marchés publics du médicament, établir les commandes en fonction des besoins réels, mettre en place un système de gestion de la consommation au sein des établissements de santé et professionnaliser le système d’approvisionnement. Les professionnels de la santé ont émis le souhait que le gouvernement lance un plan de type Emergence ou Envol, adapté au secteur pharmaceutique.
Mettre en place des schémas régionaux de l’offre de soins selon un cadre juridique clair est un préalable pour l’établissement d’un véritable partenariat entre les secteurs public et privé de la santé. Grand chantier que le ministère de la santé et les médecins des deux secteurs ont exprimé leur ferme volonté de faire aboutir. Cette complémentarité assurera une meilleure prise en charge médicale, notamment des maladies chroniques, de même que la mise en application du régime de l’assurance maladie pour les économiquement démunis (Ramed), selon une logique «gagnant/gagnant» pour le malade, l’hôpital, le médecin libéral et l’organisme payeur (Cnops ou CNSS). Ce colloque a achevé ses travaux sur la nécessité de faire converger tous les moyens humains, matériels et financiers en vue de ramener la mortalité maternelle à 50 décès pour 100 000 naissances vivantes (elle est actuellement à 227) à l’horizon 2015.