Addiction sexuelle : non diagnostiquée, elle engendre honte et dépression

Les patients présentent une consommation pluriquotidienne d’orgasmes (jusqu à  15).
C’est souvent quand l’addiction engendre leur désocialisation qu’ils consultent.

L es conduites sexuelles addictives sont souvent considérées comme «normales», et passées sous silence dans notre société alors qu’elles sont loin d’être rares, indique le Pr Moussaid Abderrazak, à la veille du XIIe Congrès national de sexologie, organisé à Casablanca les 28 et 29 novembre 2008.

Pour ce sexologue, l’addiction sexuelle semble de plus en plus répandue, du fait de la multiplication des supports pornographiques. Elle concerne des patients présentant une consommation pluriquotidienne d’orgasmes, jusqu’à 15, souvent associée à un syndrome de manque, caractéristique de nombreuses addictions avec douleur thoracique ou abdominale et insomnie.

Ce tableau clinique est généralement associé à un syndrome anxio-dépressif, l’orgasme jouant alors le rôle d’anxiolytique naturel. Lorsque l’activité n’est pas accomplie, le sujet ressent une montée d’anxiété.

Généralement, le patient cumule plusieurs comportements addictifs : drogue, tabac voire boulimie. C’est généralement un homme, de tous les milieux sociaux et culturels, de toutes les classes et de toutes les professions. Aucune tranche d’âge n’est particulièrement concernée.

Ce trouble trouve souvent son origine dans l’adolescence où des masturbations excessives s’installent et perdurent à l’âge adulte. Pour le Dr Moussaid, on peut évaluer la gravité de l’addiction sexuelle en fonction du nombre d’orgasmes consommés.

Si ce nombre n’excède pas 4 à 5 par jour, le trouble peut rester caché. Mais s’il atteint 6 à 12, il devient difficilement compatible avec une vie sociale normale. La gravité se base sur l’importance de la désocialisation engendrée par cette addiction. La prise en charge tient compte du fait qu’il s’agit de polyaddiction conjuguée à un syndrome anxio-dépressif.

Le traitement repose sur la prise d’antidépresseurs ou d’anxiolytiques associée à une thérapie cognitivo-comportementale. Parfois, la thérapie peut être engagée en couple, si le patient obtient sa consommation d’orgasmes avec la même partenaire, précise le Pr Driss Moussaoui. Mais plus généralement, l’homme a recours à des professionnelles. Dans ce cas, la participation de la partenaire à la prise en charge est plus problématique.

Selon le Dr Moussaid, souvent, les patients viennent consulter après que l’addiction sexuelle n’est plus compatible avec leur vie sociale, et s’accompagne d’insomnie persistante, amaigrissement, désocialisation, perte de travail et problèmes financiers. Parfois, c’est lorsque, avec l’âge, des problèmes d’érection ou d’autres troubles sexuels ne leur permettent plus d’atteindre leur consommation habituelle d’orgasmes.

L’addiction sexuelle – les patients utilisent souvent le terme «obsédé sexuel» pour se définir – reste honteuse et des patients connaissent des épisodes successifs de dépression parce que le diagnostic d’addiction sexuelle n’a pas été porté.

Lors du XIIe congrès de sexologie, des experts internationaux et marocains traiteront d’autres thèmes : érotisme et chant populaire marocain, mots d’amour en différents dialectes marocains, spécificité marocaine de l’éducation sexuelle, des aphrodisiaques aux sexotropes..