Pouvoirs
USFP, les études de la discorde
Si le premier secrétaire de l’USFP, Driss Lachguar, savait que l’aide supplémentaire allait lui ouvrir autant de fronts d’hostilité, il en aurait certainement fait l’économie. Maintenant, il faut gérer !
Cela fait longtemps qu’on n’a pas assisté à un tel étalage sur la place publique de la part des membres de l’Union socialiste des forces populaires. Quatre anciens dirigeants, les uns aussi connus que les autres et venant d’horizons différents, viennent de “faire parler la poudre”.
Vendredi 15 mars, Abdelmaksoud Rachdi, Hassan Nejmi, Salah Eddine El Manouzi et Chokrane Amam font circuler, par réseaux sociaux interposés, un communiqué pour le moins «incendiaire». Sans surprise, il fera le tour des rédactions.
Selon ce quatuor, il s’agissait de «briser le silence» «en partageant» une «évaluation» de la situation politique prévalant au sein du parti de la Rose.
Maintenant, quand bien même les signataires indiqueraient dès l’amorce s’adresser à l’opinion publique de manière générale et aux militantes et militants en particulier de leur parti, l’on décelait très vite qu’il était question d’une remontrance directe à l’endroit de l’actuelle direction de l’USFP, Driss Lachguar aux premières loges.
Mais il fallait bien un «déclencheur» pour cette nouvelle montée de fièvre ! La toute dernière «grande fièvre» remontant au 9e congrès national de 2012, lorsque l’actuel chef de file décrochait son premier mandat face à feu Ahmed Zaidi dans les conditions que l’on sait. Un autre récit !
Toujours est-il que les «quatre anciens dirigeants» – c’est ainsi que les signataires se présentent – l’ont trouvé. Et c’est dans le tout récent rapport de la Cour des comptes qu’ils ont déniché le fil conducteur de leur réquisitoire.
Dits et non-dits
Ainsi, le communiqué s’ouvre par «le grand choc» ressenti en apprenant les issues dudit rapport, notamment en ce qui concerne «les fonds consacrés aux recherches et études», mais aussi les remarques y afférentes de la Cour et tout ce qui s’est ensuivi. En particulier le débat public autour de ses conclusions. Un débat qui «écorche profondément l’image du parti, la crédibilité de sa direction actuelle, la réputation et la dignité des militantes et des militants honnêtes qui sont restés attachés à l’histoire du parti, sa mémoire, ses valeurs et ses fondements moraux».
Le décor est donc planté. Or, le problème, nous disent des militants, est que la «réponse politique de la direction du parti interroge plus qu’elle ne répond aux interrogations légitimes que l’on se pose, et ne constitue ni plus ni moins qu’une fuite en avant». Alors même que «la responsabilité exige la clarté». «Ce qui n’a pas été le cas», résume notre source. Plus encore, il semblerait que, au chapitre des «fonds supplémentaires», tout le monde voudrait s’en laver les mains, surtout, renseignent nos sources, que la majorité des membres du bureau politique n’auraient pas été au courant ni des tenants ni des aboutissants de ce «récit» jusqu’au moment où ils l’ont appris par les médias. Même au niveau du conseil national, avancent nos sources, le sujet n’aurait jamais été «effleuré». Dans la foulée, le premier secrétaire de la formation de la Rose «s’est emmuré dans le silence», synthétise-t-on.
Et c’est l’ensemble de ces éléments cumulés qui paraît avoir motivé le tandem Rachdi-Nejmi et leurs compagnons à dégoupiller la grenade.
Deux noms qui ne sont pas en odeur de sainteté avec l’actuelle direction depuis des années déjà. Pour rappel, Nejmi avait claqué la porte du BP en 2021, alors que Rachdi avait pris ses distances avec Lachguar depuis le clash du fameux communiqué en 2020. Mais les deux hommes n’ont jamais quitté le parti pour autant. Quant à l’ancien député et chef du groupe parlementaire de l’USFP à la première Chambre, Chokrane Amam, connu comme étant opposant à la ligne politique de Driss Lachguar, il a décidé de son côté de se consacrer depuis la fin de son mandat à son cabinet d’avocat, tout en restant lui aussi dans le parti. Les rapports de Salah Eddine El Manouzi avec la direction sont connus depuis longtemps.
Ceci dit, le pavé dans la mare que constitue le communiqué du 15 mars viserait un double objectif. D’une part, exprimer une position politique tendant à faire bouger les lignes et, d’autre part, remuer les eaux stagnantes.
Or, en toute évidence, cette première sortie publique – parce qu’il y en aura certainement d’autres –, c’est écrit sur le document, se traduit autant comme une promesse que comme une menace. Et quand on connaît, plus ou moins, la maison ittihadie, on sait d’avance que les choses devraient être cuites à feu lent. La deuxième salve intervient le samedi 23 mars, avec un nouveau communiqué. Signe particulier, les signataires appellent le premier secrétaire à démissionner de la même manière qu’ils invitent le président du conseil national, Habib El Malki, et les membres du BP à prendre position.
En face, l’entourage de Driss Lachguar semblerait dans l’expectative en attendant des consignes. Sauf par rapport à deux réactions à chaud. La première contre l’antenne de France : on a nié tout lien organisationnel avec le parti. La seconde qui consiste à dire que «ceux qui ont pris leur distance avec le parti n’ont pas le droit de s’immiscer dans sa vie interne». Sur ce dernier rayon, c’est à voir !
Ceci dit, pour les observateurs, ce remue-ménage serait le prélude d’échauffement pour le prochain congrès.
La Cour remise en cause ?
Avec un titre assez «évocateur», voire «provocateur», l’USFP a mis en ligne, le 14 mars, le «message de l’Union», illustré par une photo de la façade de la Cour des comptes. Même si cette dernière n’est pas précisée nommément comme destinataire, l’image remplit le «rôle d’adresse». Trêve de sémiologie. «Pour que les institutions de la gouvernance ne se transforment pas en mécanisme de contrôle» (Attahakkoum en arabe). Déjà, on est en plein dans l’emprunt d’une terminologie relevant du lexique du PJD. N’empêche. Revenons au texte-plaidoyer. Pour synthétiser, l’USFP estime que la mission de la Cour consiste à vérifier si les fonds débloqués ont été utilisés à bon escient et pour les raisons qui ont présidé à leur déblocage, conjugué à l’audit des comptes des formations politiques. Du coup, le parti récuse les remarques relatives notamment au fait que l’USFP s’est contenté de signer une convention globale, de même qu’il remet en cause la démarche évaluative de l’opportunité des recherches et études.
