USA-Maroc-Afrique : Vers une coopération triangulaire raffermie

Les États-Unis veulent redorer leur blason dans le continent. Et le Maroc pourrait y jouer un rôle déterminant grâce à son positionnement stratégique.

En Afrique, les États-Unis veulent rattraper le temps perdu. Si le continent africain ne figurait pas dans l’agenda prioritaire de l’ex-Président américain Donald Trump, la donne a changé aujourd’hui. En initiant le Sommet des dirigeants États-Unis-Afrique, du 13 au 15 décembre, Joe Biden a donné le tempo.
L’Afrique, un continent recelant d’énormes opportunités économiques, attise les convoitises de plusieurs puissances mondiales comme la Chine, intéressée par les matières premières et les terres agricoles, l’Europe et la Turquie. Les États-Unis ne veulent pas rater cette course. «Sous Trump, l’Afrique a été marginalisée et la position des États-Unis sur le continent a été affaiblie. Joe Biden veut changer cette image en redonnant un rôle plus important au continent dans sa politique étrangère», déclare à «La Vie éco», Jawad Kerdoudi, président de l’Institut marocain des relations internationales (IMRI).

Des investissements à la pelle
Le Sommet des dirigeants États Unis-Afrique, réunissant les représentants de près d’une cinquantaine de pays, est la traduction parfaite de cette nouvelle politique offensive des Américains. Chefs d’État, représentants des secteurs privé et public, société civile, tous ont fait le déplacement à Washington pour discuter commerce et démocratie…
Dans cette quête de nouveaux relais de croissance et de positionnement stratégique de l’Oncle Sam, le Maroc peut s’avérer la meilleure carte. Cette coopération triangulaire fera gagner beaucoup de temps aux lobbyistes américains, puisque le Royaume jouit, grâce à son soft power, d’un très bon capital image auprès des pays africains, en particulier l’Afrique subsaharienne. «Depuis l’avènement du Roi Mohammed VI, le Maroc a adopté une politique extrêmement dynamique en Afrique, surtout après le retour à l’Union africaine. Le Maroc constitue un véritable hub pour les investisseurs qui s’intéressent au continent et peut jouer le rôle d’intermédiaire entre l’Afrique et les États-Unis sur le plan politique mais aussi économique. Des joint-ventures pourraient voir le jour entre les entreprises marocaines et américaines en Afrique subsaharienne», fait remarquer Jawad Kerdoudi.
Joe Biden a d’ailleurs annoncé, lors de ce sommet, plusieurs investissements et contrats américains en Afrique. Les géants Cisco Systems et Cybastion ont remporté le jackpot grâce à de nouveaux contrats représentant 800 millions de dollars dont le but est de protéger les pays africains contre les cybermenaces. Visa s’engage, de son côté, à investir plus d’un milliard de dollars au cours des cinq prochaines années pour étendre davantage ses opérations sur le continent, notamment en fournissant des services de paiement mobile à davantage de micro, petites et moyennes entreprises. Pour leur part, General Electric et Standard Bank fourniront ensemble 80 millions de dollars pour améliorer les services de santé. Enfin, l’initiative Prosper Africa de la Maison Blanche a annoncé un ensemble d’engagements visant à booster les exportations africaines vers les États-Unis d’un milliard de dollars au cours des cinq prochaines années, mais aussi la mobilisation d’un milliard de dollars de capitaux privés pour développer les infrastructures et l’innovation.

Un pont vers l’Afrique
Le rôle du Maroc a été confirmé par le département d’État américain qui s’est félicité de la participation du Maroc au Sommet des dirigeants États Unis-Afrique. «Avoir le Maroc au Sommet de Washington est extrêmement important», a précisé Robert Scott, Secrétaire adjoint américain au Bureau des Affaires africaines du département d’État. Et la photo qui a circulé de Joe Biden, regardant le match de la demi-finale de la Coupe du monde de football en compagnie du Chef de gouvernement, Aziz Akhannouch, est très parlante. Une photo immortalisant un moment inédit de partage, confirme les liens d’amitié historiques entre les deux pays.
Si historiquement ces liens ont été inébranlables, l’avenir s’annonce meilleur en combinant les efforts des deux pays vers un continent africain où tout est à reconstruire. «Le Maroc peut jouer un rôle central dans les relations entre l’Afrique et les États-Unis, en ce qui a trait aux programmes d’investissement, au secteur privé et au secteur financier», avait déclaré Aziz Akhannouch, rappelant l’engagement du Maroc, «au plus haut niveau du pays, qui s’est concrétisé par plus de 50 visites d’État dans une trentaine de pays d’Afrique, et qui ont été couronnées par la signature de plus de 1.000 accords, ce qui a fait du Maroc le premier investisseur en Afrique de l’Ouest».