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UMT : Resserrer les rangs avant la reprise du dialogue social

Le syndicat, qui a déjà participé activement à la conclusion de deux accords sociaux, tient son congrès national. Un rendez-vous organisationnel pour mieux se préparer à la poursuite du dialogue avec les partenaires sociaux sur les réformes non encore entamées.

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Le plus ancien et le plus grand syndicat au Maroc, l’UMT, qui fête cette année ses 70 ans, entame ce week-end son 13e congrès national. Un événement crucial qui se déroule, si l’on ose dire, dans la discrétion, en tout sans ce halo politique qui accompagne généralement pareil événement chez les autres centrales.

C’est que depuis le début, c’est-à-dire depuis le temps de Mahjoub Benseddik, la centrale a choisi sans équivoque d’évoluer loin des considérations politiques et des calculs partisans. Et c’est toujours le cas, même si elle dispose aujourd’hui du plus grand groupe parlementaire syndical à la deuxième Chambre et est représentée un peu partout dans différentes instances constitutionnelles et consultatives, entre autres, y compris au niveau international.

L’enjeu du congrès est certes organisationnel, mais il représente néanmoins un tournant. C’est donc sans grande surprise que l’actuel secrétaire général, Miloudi Moukharik, 75 ans, est parti pour rempiler pour un nouveau mandat après 15 ans au poste. Aucune annonce officielle n’a encore été faite en ce sens, à l’écriture de ces lignes, mais la question ne fait pas non plus débat. Il faut dire que la stabilité organisationnelle a toujours été, au fil des décennies, un point fort de la centrale.

L’Union a toujours su préserver son unité dans la continuité. Tout comme d’ailleurs sa fameuse devise que l’on doit à son ancien patron Mahjoub Benseddik : négocier jusqu’à obtenir gain de cause et, puis, reprendre les négociations tout de suite après. C’est ce qui fait d’ailleurs de la centrale le champion national des conventions collectives.

À chaque fois qu’une convention est signée entre une entreprise et ses employés, il y a de fortes chances que l’UMT soit derrière, et qu’elle fasse tout pour en garantir la mise en œuvre. Car, pour la centrale, et c’est une autre devise, «le dialogue vaut ce que valent ses résultats».

C’est sans doute pour cela que, malgré la signature de deux accords successifs sous l’actuel gouvernement, l’accord social du 30 avril 2022 et celui du 29 avril 2024, avec des augmentations conséquentes des salaires et l’amélioration du statut de différentes catégories de fonctionnaires, l’UMT a inscrit à la tête des thématiques qui seront abordées lors de son congrès, l’amélioration du pouvoir d’achat des travailleurs.

La centrale, qui a préféré clôturer par une grève nationale inopinée et surtout incompréhensible – un processus de négociations qui s’est étalé sur près de 22 mois et qui concerne l’amendement et l’adoption du projet de loi organique 97-15 relatif à l’exercice du droit de grève élaboré sous le gouvernement Benkirane –, sera sans doute amenée à reprendre le dialogue social avec un agenda serré.

L’UMT avec les autres syndicats et les partenaires sociaux ont veillé, et c’est le premier chantier auquel le gouvernement s’est attelé dès son investiture, à institutionnaliser le dialogue social et instaurer une année sociale avec deux sessions, en avril et en septembre. elle est donc invitée à reprendre ce dialogue auquel l’Exécutif reste ouvert.

Agenda social chargé
Le premier sujet à aborder n’est autre que la réforme de la retraite. Les rencontres sur le sujet entre le gouvernement, les syndicats et le patronat devaient reprendre déjà depuis le mois de janvier dernier, selon la ministre de l’Économie et des finances. Il semble que l’on ait patienté, et ce n’est sans doute pas la seule raison, jusqu’à ce que la centrale de Miloudi Moukharik sorte de cette étape organisationnelle.

Le sujet est polémique, mais les partenaires sociaux partent déjà avec un avantage, celui d’avoir négocié et contribué à adopter – même si les centrales se sont dites insatisfaites – une loi attendue depuis plus de 60 ans. Cela d’autant plus que la réforme de la retraite est un processus qui a été entamé, avec les résultats que l’on connait aujourd’hui, il y a des années. Mais cette fois, il s’agit d’une réforme en bonne et due forme et non d’un simple rafistolage.

Au sortir de son congrès, la nouvelle (ancienne ?) direction du syndicat sera également appelée à contribuer à l’amélioration du cadre législatif régissant l’action syndicale. Là encore, c’est un point à l’ordre du jour de la grand-messe de la centrale. Malgré les acquis incontestables qui ont été obtenus en matière de libertés syndicales, la centrale estime, en effet, qu’il faut continuer de militer dans ce sens, puisque certains secteurs connaitraient encore des entraves à l’exercice de ces libertés.

Autre chantier et non des moindres, qui fait d’ailleurs partie de l’agenda social, la réforme de la législation du travail. La centrale, qui jadis disposait d’un centre des études et de recherches sociales, est bien avisée de prévoir la thématique des changements de l’environnement et du marché du travail avec la percée des nouvelles technologies et surtout le développement de l’économie numérique et l’usage de plus en plus répandu des nouvelles technologies et de l’intelligence artificielle dans le processus de production dans différente domaines, y compris l’industrie et même l’agriculture.

L’UMT appelle d’ailleurs à réfléchir sur de nouvelles formations plus adaptées pour les salariés et leur accompagnement dans leur adaptation à ces nouveaux changements. Entre-temps, la centrale, toujours aussi pragmatique, continuera de défendre son cahier revendicatif de toujours, dont les principaux points sont la revalorisation des salaires, la baisse des impôts et donc l’amélioration du pouvoir d’achat et l’élargissement et l’amélioration de la protection sociale. Bref, l’intérêt des travailleurs, c’est ce qui fait sa force et contribue à sa longévité.


Climat social : Enjeux à venir
Le 13e congrès, organisé les 21, 22, et 23 février, sous le thème «70 ans de militantisme et fidélité aux principes de l’Union», n’est pas une simple étape organisationnelle, c’est un tournant dans un contexte social et économique marqué par des mutations profondes. La centrale doit en effet accompagner des changements majeurs dans certains secteurs qui connaissent aujourd’hui une réforme radicale, comme l’enseignement, la santé et bientôt le transport, et même l’agriculture, entre autres.

C’est également un contexte qui voit l’émergence du Royaume en tant que pays industriel, avec la percée de l’industrie automobile et aéronautique et le lancement de nouvelles industries, notamment des énergies renouvelables, de la mobilité verte, le transport ferroviaire, ainsi que l’Industrie de défense. Ce sont des secteurs dans lesquels le Royaume occupe, ou est appelé à occuper, une place importante dans la chaîne de valeur mondiale.

Ce sont également des secteurs qui vont créer des dizaines de milliers, et même des centaines de milliers, d’emplois stables. C’est là où un syndicat comme l’UMT, rompue à la convention collective et soucieux de la stabilité de l’emploi, est appelé à contribuer à la préservation de la paix sociale. En effet, et contrairement aux autres centrales, l’UMT est très présente dans le secteur privé, plus particulièrement dans l’industrie, l’agriculture, les services, le transport, mais aussi l’enseignement, la formation et la santé.