Territoires
INDH, PMV, PRDTS, PDTI…, les sigles du progrès
Il y a un peu plus de deux décennies, le Maroc a décidé de changer d’approche en termes de développement. Une initiative inédite, l’INDH, a été lancée en 2005. Trois ans plus tard, le Plan Maroc Vert voit le jour et, vers sa fin, un programme d’envergure de résorption des disparités sociales et régionales prend le relais. La saga continue.
La nouvelle génération de Programmes de développement territorial intégré (PDTI) n’est pas une rupture avec les différents programmes lancés ces deux dernières décennies. Elle n’est pas non plus un désaveu des politiques publiques menées au cours des années passées. Les PDTI en sont la continuité et la clé de voûte.
On se souvient tous de la polémique qui a accompagné le lancement, en 2017, du Programme de réduction des disparités territoriales et sociales en milieu rural, doté d’une enveloppé de 50MMDH. Ce programme a concerné, au fil des années, plus de 1.200 collectivités territoriales et 140 centres ruraux émergents. Les chiffres en témoignent.
Pas moins de 17millions d’habitants ont pu bénéficier des différentes composantes de ce programme d’envergure : le désenclavement, l’accès à l’eau potable, à l’électricité, à l’enseignement et à la santé. Entre 2016 (soit l’année d’avant son lancement) et 2023, plus de 26.500 km de routes et de pistes rurales ont été construites ou entretenues, avec aussi la construction ou la reconstruction de 223 ouvrages d’art.
Plus de 32.400 opérations de raccordement individuel, mixte et de fontaines publiques ont été réalisées, ainsi que 725 systèmes d’eau potable, auxquels s’ajoute l’extension du réseau sur 1.096 km. Le programme a également enregistré des résultats significatifs en termes d’électrification, avec 1.135 douars branchés, et l’extension du réseau électrique sur 1.137km, ainsi que la réalisation de 351 opérations d’installation de transformateurs électriques.
De même, quelque 987 opérations de construction, reconstruction, extension et réhabilitation d’établissements de santé ont été réalisées, y compris les locaux pour le personnel, ainsi que 884 opérations d’équipement de ces établissements. À cela s’ajoute l’acquisition de 820 ambulances et unités mobiles.
Sur l’axe de la requalification des infrastructures de base du secteur de l’éducation, ce sont 4.142 opérations de construction, de reconstruction et d’équipement d’établissements scolaires qui ont été menées, y compris les locaux destinés au personnel. Par ailleurs, 1.508 bus de transport scolaire ont été acquis et 139 opérations d’équipement scolaire réalisées.
Une gouvernance exemplaire
Il faut souligner que le gouvernement s’est employé, depuis son investiture en 2021, à parachever la mise en œuvre optimale de ce programme royal. Les investissements ont été orientés prioritairement vers les territoires souffrant de grands déficits, tout en assurant la convergence des programmes sectoriels en fonction des spécificités de chaque territoire.
Cela alors qu’auparavant, ces interventions reposaient sur une logique de fragmentation et de cloisonnement, restant dans leur grande majorité prisonnières d’une vision sectorielle isolée. Ce à quoi s’ajoutaient la multiplicité des intervenants et la divergence dans la conception des solutions. Ce qui a, d’ailleurs, conduit, dans de nombreux cas, à un retard notable dans la concrétisation des résultats et à une limitation de leur impact direct sur le citoyen.
Le gouvernement, fort de l’expérience du Plan Maroc Vert, initié en 2008, a non seulement su faire face à ce genre de dysfonctionnements, mais il a pu aussi adopter une démarche holistique, intégrant différents secteurs. Le point décisif de ce programme a été la gouvernance. La vision stratégique a été définie au niveau central, la priorisation et la réalisation confiées aux régions, tandis que le suivi et l’évaluation sont restés centralisés.
Dans le jargon technique, on parle d’une gouvernance en «W». Le gouvernement a également travaillé sur une carte de classification des communes en six catégories: de la catégorie 1, regroupant les communes les plus éloignées de la moyenne sur tous les indicateurs, jusqu’à la catégorie6, qui concerne les communes bénéficiant d’une situation déjà bonne dans l’ensemble des secteurs.
Ce qui a permis, à travers les PRDTS (Programme de réduction des disparités territoriales et sociales), de passer d’un «développement rural lié au seul espace agricole» à un «développement rural, montagnard et oasien global, inclusif et équitable, qui prend en considération les aspirations des populations locales».
Comme l’a souligné le chef du gouvernement, ce programme «n’a pas été une simple approche purement technique, il a constitué une expérience de gouvernance exemplaire qui a réussi à contribuer de manière évidente à la réduction des inégalités accumulées pendant des décennies».

Le grand tournant
Cela s’est fait, poursuit-il, en accompagnant les zones rurales et montagneuses à travers «des opérations et des programmes de requalification territoriale dont l’impact concret sur le terrain a garanti aux populations ciblées le droit à des conditions de vie dignes.
En particulier grâce à l’amélioration des indicateurs d’inclusion sociale, la diversification des opportunités sociales et économiques, et l’élargissement des possibilités offertes aux femmes rurales en matière d’accès à la formation et à l’emploi». Tout a changé il y a un peu plus de deux décennies.
Depuis, le développement n’est plus un simple chiffre dans les textes de la Loi de finances ni un projet limité à une seule ville, «il est devenu une vision globale dans laquelle l’équité territoriale constitue un pilier fondamental», comme l’a souligné le chef du gouvernement dans son intervention, mardi 25 novembre, devant la Chambre des conseillers.
C’est ainsi qu’en 2005, le Maroc a opéré une transformation qualitative avec le lancement de l’INDH. Cette initiative novatrice «est venue affirmer que le véritable développement, c’est d’abord l’élément humain avant tout le reste».
Ensuite, ajoute Aziz Akhannouch, en 2008, «SM le Roi a lancé le Plan Maroc Vert, qui ne s’est pas contenté de développer l’agriculture d’exportation dans les zones irriguées, mais a redonné toute sa dignité au petit agriculteur, à l’agriculture de montagne, aux oasis et aux cultures locales».
Et le grand tournant qui a réellement changé le visage du développement territorial au Maroc, c’est l’année 2015, avec l’annonce par le Souverain du lancement du programme royal de réduction des disparités territoriales et sociales. «Ce programme n’était pas une simple réponse administrative, c’était une réponse de civilisation et d’humanité».
L’État a décidé clairement qu’il n’est plus possible que des disparités territoriales et sociales persistent. Et la philosophie était limpide : la route ne doit pas s’arrêter à la limite de la région…, elle doit arriver jusqu’au douar. Pour l’école, il ne suffit pas qu’elle soit au chef-lieu de la commune : il faut le transport scolaire, l’éclairage public et des conditions favorables à la scolarisation.
Quant à l’eau, il ne suffit pas qu’elle soit dans le réseau : il faut qu’elle arrive jusqu’au robinet dans la maison du citoyen. Et la santé n’est pas seulement dans un hôpital régional : elle doit être présente dans le dispensaire le plus proche de chaque citoyen. Une nouvelle gouvernance et une ingénierie inédite des programmes ont été déployées, avec le résultat que l’on connaît.
Aujourd’hui, affirme le chef de l’Exécutif, «nous vivons un moment charnière dans l’histoire du développement de notre pays, un moment où SM le Roi a tracé avec clarté la voie du Maroc émergent et a appelé à l’adoption d’une nouvelle génération de programmes de développement».