Territoires
Après les intempéries, une journée à Ksar El-Kébir…
La vie a repris son cours normal dans la ville. Comme pour l’évacuation préventive, le retour des habitants s’est déroulé dans les meilleures conditions. Et ce, à la faveur de la convergence exemplaire entre tous les intervenants impliqués sur le terrain. Dans la fluidité et la sérénité requises.
Nous sommes jeudi 19 février. Sur la route de Kénitra à Ksar El-Kébir, l’air est plutôt frais sous un soleil timide. Les rayons scintillent à peine à travers le tamis de légers nuages. De temps à autre, ça pleuviote par endroits. Le paysage verdoyant rompt avec la sécheresse qui a sévi pendant plusieurs années.
Nous parcourons, lentement, les 150 kilomètres séparant les deux villes. Dans le ciel, des essaims d’oiseaux voltigent. Nous voilà devant le panneau indiquant notre destination. Un coup d’œil sur Oued Lokkous. La menace d’avant fait d’ores et déjà partie du passé. La crue a baissé et les eaux de la rivière ont repris leur cours normal vers l’océan.
Nous voilà à l’entrée de la ville. Presque pas de traces des pluies diluviennes qu’a connues la province de Larache. Sauf, par-ci par-là, quelques flaques d’eau et de la boue, témoins des intempéries. Sur place, l’on se rend compte que la ville était à l’heure de travaux de réaménagement de ses rues et ruelles.
Et c’est à ce moment-là que tombe la bonne nouvelle pour les habitants qui n’ont pas encore retrouvé leurs maisons depuis le processus du retour déclenché le dimanche 15 février. En effet, les autorités locales, par l’entremise d’un communiqué, ont annoncé qu’il était «désormais possible pour l’ensemble des habitants de regagner leurs domiciles.
Une annonce qui intervenait suite à l’achèvement des interventions sur le terrain entreprises par les pouvoirs publics et les services techniques compétents dans les différents quartiers et groupements d’habitation de la ville de Ksar El-Kébir, et après vérification de l’amélioration de la situation et de la conformité des conditions de sécurité.», indique le communiqué.
Se remémorant, non sans émotion, les moments difficiles, le président de la commune nous assure que le retour des habitants comme leur évacuation s’est passé sans encombre. Mieux encore, nous indique Mohamed Simou, que tout le monde appelle ici Lhaj Simou, chaque famille a trouvé devant sa maison des aides alimentaires.
Toujours est-il que les habitants avaient hâte de revenir chez eux et voir l’état des lieux de leurs biens. Alors même que les autorités les avaient rassurés : «La situation était sous contrôle et ils n’avaient rien à craindre».
C’est que les services de sécurité ont bien veillé au grain. Et «aucun acte de pillage n’a été enregistré». Et puis, le recours aux sacs de sable et aux barrières a bien servi pour sauver les meubles à l’intérieur des maisons touchées, raconte-t-on.
L’animation à son comble
Ceci étant, nous voilà au centre d’une ville superbement animée. L’avant-goût est donné par ces commerces et autres épiceries ouverts. La confirmation vient quand on arrive du côté du fameux Souk Sebta et ses environs.
Les visages détendus, les citoyennes et les citoyens s’approvisionnent pour la rupture du jeûne de ce premier jour du Ramadan. Les ruelles sont bondées et les commerçants s’affairent à répondre aux commandes d’une clientèle qu’ils retrouvent.
C’est le cas de cette boucherie, sur les étals de laquelle l’offre est abondante à des prix raisonnables, nous dit une dame accompagnée de sa fille, envahie par les habitants. Le constat est le même chez ce vendeur de produits alimentaires et d’épices.
Affichant les prix de ses produits, celui qui se trouve être «lamine» de la profession rassure : «Nous avons tout ce qu’il faut pour répondre à la demande de notre clientèle et les prix sont raisonnables». Un client qui attend d’être servi confirme d’un hochement de tête. Même situation du côté de ce vendeur de fruits et légumes qui vante à tue-tête sa marchandise.
Le décor ne diffère pas, non plus, chez cette dame qui vend le produit le plus populaire de la ville : «Rezzat El Kadi», que certains traduisent par «le turban du juge» ! Le prix est le même pour la dizaine de femmes qui sont sur la même rangée : 20 dirhams le kilogramme.
La demande est telle que, à quelques minutes de l’appel du muezzin pour la quatrième prière de la journée, les retardataires auraient été mieux inspirés de s’approvisionner plus tôt.
Dans la foulée, on apprendra que l’opération de distribution des aides financières directes, à hauteur de 6.000 dirhams par ménage, se poursuit. La réaction d’un père de famille rencontré dans les parages est on ne peut plus édifiante: «Ça ne pouvait mieux tomber avant l’avènement de ce mois sacré, alors qu’on doutait même de pouvoir regagner notre maison de sitôt !».
L’opération a été des plus simples et des plus fluides, nous dit ce chef de famille. Il lui a suffi d’envoyer le numéro de sa carte nationale et la date de sa naissance au numéro 1212. Peu de temps après, il a reçu un code pour percevoir le montant d’indemnité, suite à quoi il s’est déplacé dans une agence de transfert d’argent où il a pu retirer la somme indiquée.
Pour le reste d’éventuels bénéficiaires des aides, notamment les commerçants et ceux dont les maisons se sont effondrées, les commissions sont sur le terrain pour les recenser. Et s’ils remplissent les conditions, ils seront servis, assure Lhaj Simou. En attendant, les autorités poursuivent leurs efforts pour venir à bout des dernières traces des intempéries, notamment la boue.
Là, un autre problème a surgi. La ville manque de main-d’œuvre ! On apprend, en effet, que les 250 ouvriers sur lesquels la ville comptait ont changé de fusil d’épaule en optant pour la cueillette dans les fermes avoisinantes.
Un choix de raison, puisque leur rémunération double quand elle ne quadruple pas. Sachant que ces ouvriers touchaient, dans le cadre de l’entraide, 100 dirhams par jour. Face à la pénurie, la ville a dû faire appel aux agents de propreté. Une solution qui débouche sur un autre problème : celui des déchets ménagers.
Qu’à cela ne tienne, les responsables gèrent les contraintes, tout en faisant appel à la compréhension des habitants en sollicitant leur implication pour gérer les difficultés rencontrées. Le message a été reçu, nous dit ce responsable de la commune, qui s’en expliquait à une habitante de la ville qui l’interpelle dans la rue.
Au fur et à mesure, le brouhaha s’estompe. La rupture du jeûne est dans quelques minutes. «Allahou Akbar…», lance le muezzin. Les rues se vident. Nous sommes déjà sur la voie du retour. En sens inverse. Cette fois, par la route nationale reliant Ksar El-Kébir à Kénitra.
