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Sécurité

Cybersécurité : Quand les start-up marocaines montent au front

Face à la montée des cybermenaces, un nouvel écosystème de start-up marocaines s’organise pour répondre à l’un des plus grands défis du digital. Entre innovation locale, besoin de souveraineté numérique et opportunités régionales, la sécurité des réseaux et des systèmes informatiques s’impose comme un terrain stratégique pour l’entrepreneuriat tech au Maroc.

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Phishing, ransomware, attaques DDoS, fuites massives de données… Les cyberattaques ne sont plus des menaces abstraites. Elles sont devenues une réalité quotidienne pour les entreprises, les administrations et même les particuliers. Et le Maroc n’échappe pas à cette tendance mondiale.

Au contraire : à mesure que le pays accélère sa transformation numérique (services publics digitalisés, essor de la fintech, e-commerce en plein boom), la surface d’exposition aux risques cyber s’élargit dangereusement.

Comme le rappelle Salwa Harif, DG d’Issroad, «le Maroc a connu une augmentation significative des cybermenaces, avec plus de 52 millions d’incidents recensés en 2023.

Des attaques majeures, telles que celle contre la CNSS en avril 2025, ont exposé des données sensibles de millions de citoyens et d’entreprises».

Selon les dernières données publiées par la Direction générale de la sécurité des systèmes d’information (DGSSI), les incidents cyber enregistrés dans le Royaume sont en nette augmentation ces dernières années. Les cibles ? Les entreprises, bien sûr, mais aussi les collectivités territoriales, les hôpitaux ou encore les opérateurs d’infrastructures critiques.

Et si l’État a renforcé son arsenal réglementaire, avec notamment la loi 05-20 sur la cybersécurité, la réponse opérationnelle reste encore largement à construire. Dans cette optique, Harif souligne que «le pays a mis en place la Stratégie nationale de cybersécurité 2030, axée sur la gouvernance, la résilience, le développement des compétences et la coopération internationale».

Un terrain encore peu occupé
Le paradoxe est là : les besoins en cybersécurité explosent, mais l’écosystème marocain reste encore embryonnaire. Les grandes entreprises s’appuient souvent sur des solutions étrangères, coûteuses et parfois inadaptées au contexte local.

Les PME, elles, peinent à accéder à des outils performants, faute de budget ou de sensibilisation. Quant aux talents, ils sont rares et très courtisés à l’international.

C’est dans ce vide que s’engouffrent plusieurs start-up marocaines, bien décidées à proposer des alternatives innovantes, accessibles et souveraines. Parmi elles, Cypherleak fait figure de pionnière. Fondée par Amine Belarbi, cette jeune pousse s’est spécialisée dans la surveillance du «dark web» et la détection précoce des fuites de données.

Son credo ? Alerter les entreprises en temps réel lorsque leurs informations sensibles circulent dans des espaces numériques obscurs. Une approche proactive qui séduit déjà plusieurs grands comptes au Maroc, mais aussi au Moyen-Orient.

Autre acteur à suivre : Issroad, une start-up qui déploie une gamme complète de services, allant de la gouvernance cyber aux services managés, adaptés aux besoins des PME et groupes internationaux, avec un focus sur la protection contre les ransomwares et les fuites de données.

Un enjeu stratégique et une opportunité régionale
Au-delà de l’innovation technologique, c’est tout un positionnement stratégique que dessinent ces jeunes pousses. Dans un contexte géopolitique marqué par les enjeux de souveraineté numérique, développer des solutions locales de cybersécurité devient un impératif.

«Le Maroc ne peut pas dépendre uniquement de fournisseurs étrangers pour protéger ses données critiques», analyse une experte en gouvernance digitale. Les start-up apportent une réponse agile, contextuelle et souvent plus rapide que les mastodontes du secteur.

Et les perspectives dépassent les frontières. Avec une pénurie de solutions africaines, le Maroc peut devenir un hub régional de cybersécurité. Les marchés ouest-africain et maghrébin, confrontés aux mêmes défis, représentent un terrain d’expansion naturel pour les start-up marocaines qui parviendront à se structurer.

D’autant que les besoins sont immenses : protection des institutions publiques, sécurisation des transactions financières, cybersécurité industrielle… «Le marché est là, mais la confiance doit encore se construire entre clients, donneurs d’ordre et sociétés marocaines éditrices de ces solutions», tempère Harif.

«Nous n’avons actuellement pas encore d’éditeurs assez matures pour paraître dans les référentiels internationaux, je pense notamment au Gartner», ajoute-t-elle.

Des signaux encourageants apparaissent. La Caisse centrale de garantie (Tamwilcom), le Technopark ou encore l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P) soutiennent de plus en plus des projets liés à la cybersécurité. Des hackathons spécialisés sont organisés, des bootcamps techniques voient le jour et des formations émergent pour répondre à la pénurie de profils qualifiés.

Incubateurs, hackathons et appels à projet
Des collectifs de hackers éthiques marocains se mobilisent également pour sensibiliser le public et partager des outils de protection. Sur les réseaux sociaux, dans les forums techniques ou à travers des workshops en ligne, une culture de la cybersécurité communautaire commence à émerger.
De quoi nourrir un terreau fertile pour l’entrepreneuriat dans ce domaine.

«Le défi ? Accéder aux marchés public et privé, nouer des partenariats stratégiques et renforcer l’attractivité des carrières cyber auprès des jeunes talents. La synergie entre grands groupes, organismes publics et jeunes entreprises est essentielle pour construire une souveraineté numérique durable», insiste Hicham Chiguer, président de l’AUSIM.

Reste une question majeure : Comment ces start-up passeront-elles à l’échelle ? La cybersécurité est un marché complexe, à la fois technique, réglementé et exigeant en matière de confiance. Pour gagner du terrain, les jeunes pousses devront non seulement innover, mais aussi rassurer, démontrer leur robustesse et bâtir des partenariats solides avec des acteurs publics et privés.

«D’ici la fin de 2025, les revenus prévus pour ce secteur devraient culminer à 146 millions de dollars, selon Statista», estime Harif. «Mais les investissements restent très faibles, souvent limités à un simple antivirus et pare-feu. Pas de suivi, pas de patching, pas de sensibilisation…

Les dirigeants sous-estiment fréquemment les risques qu’ils encourent et considèrent la dépense en cybersécurité comme non productive», regrette-t-elle.

L’écosystème tech marocain a désormais une carte à jouer. En investissant le champ de la cybersécurité, les start-up locales ne se contentent pas de surfer sur une tendance : elles s’inscrivent dans une bataille stratégique pour la résilience numérique du pays. Et peut-être, demain, pour celle de tout un continent.