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Diplomatie

Sahara : La page est sur le point d’être tournée

Mis en commun, plusieurs éléments d’actualité pointent vers une annonce d’envergure, un changement notable dans le traitement du dossier du Sahara par l’ONU et le Conseil de sécurité. La fin de ce conflit artificiel est plus proche que jamais.

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Nous sommes à quelques semaines de la présentation du secrétaire général de son briefing régulier devant le Conseil de sécurité. Dans sa présentation, Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU, se base sur un rapport d’étape réalisé par son envoyé personnel, Staffan de Mistura.

C’est un rituel qui dure déjà depuis plusieurs années. Sauf que cette fois-ci, plusieurs signaux – des pièces de puzzle réunies ensemble – font qu’il s’agit d’un momentum, pour entrevoir, ou même aboutir à une résolution définitive de ce conflit. Les deux derniers déplacements de De Mistura, le changement de position de la France qui se profile, la nomination d’un nouvel ambassadeur US à Alger, les initiatives lancées par le Royaume et en stade déjà relativement avancé envers les pays de la région… sont autant de signaux qui ne trahissent pas un changement d’envergure dans le processus de résolution de ce conflit.

Après son voyage, fort contesté, en Afrique du Sud, Staffan de Mistura, dont la mission est la relance du processus politique, s’est rendu, le 11 mars dernier, à Moscou pour rencontrer le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, avec qui il s’est entretenu sur ce sujet précisément. «Un échange de vues a eu lieu sur les perspectives de relance du processus politique, compte tenu des contacts récents de Staffan de Mistura avec tous les acteurs intéressés», commente dans un communiqué le ministère des Affaires étrangères de la Fédération de Russie. Staffan de Mistura s’est rendu à Moscou malgré la neutralité habituelle de la Russie sur cette question.

La Russie, dont le chef de la diplomatie avait affirmé, en décembre dernier, lors du Forum Russie-Monde arabe, tenu à Marrakech, la position en faveur d’une résolution durable du conflit, basée sur les résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU.
Vendredi 15 mars, le représentant spécial du président de la Russie pour le Moyen-Orient et les pays d’Afrique, le vice-ministre des Affaires étrangères de Russie, Mikhaïl Bogdanov, a reçu l’ambassadeur du Maroc à Moscou, Lotfi Bouchaara. Les entretiens, indique le ministère des Affaires étrangères russe, ont porté sur «les questions d’actualité liées au développement progressif des relations traditionnellement amicales entre la Russie et le Maroc, notamment le maintien d’un dialogue politique actif sur les questions de résolution des situations de crise en cours au Moyen-Orient et en Afrique du Nord (…)».
Si le voyage en Afrique du Sud a suscité une réaction ferme de la diplomatie marocaine, pour les raisons largement explicitées, son déplacement en Russie n’a pas été commenté. Les spécialistes de la question retiendront toutefois quelques éléments d’analyse.

Les deux pays sont les seuls ayant un certain poids, Moscou beaucoup plus que Pretoria, qui peuvent encore être comptés parmi les appuis d’Alger. Et nul n’ignore que De Mistura a œuvré depuis le début pour pousser l’Algérie à aller à la table des négociations. Le deuxième élément d’analyse c’est que l’émissaire onusien aurait bien pu s’entretenir avec les représentants des deux pays à l’ONU. Or, dans les deux cas, c’est «sur invitation du gouvernement» – c’est l’expression utilisée dans le communiqué de l’ONU – que De Mistura s’est rendu à Pretoria et puis à Moscou. Autrement dit, ce qui se prépare pour ce dossier dépasse le niveau des représentations permanentes des deux pays à l’ONU. L’envoyé personnel est en train de préparer une initiative d’envergure, c’est à ne plus en douter. C’est certainement ce qui explique l’insistance des deux pays pour le déplacement de l’émissaire onusien.

Plus qu’une question de temps
Et telles que les choses se présentent, estiment certains analystes, on peut avancer sans risque que la raison de ces deux visites est de faire pression sur l’Algérie non plus pour qu’elle participe aux négociations, mais pour que ces négociations soient menées sur la base du plan d’autonomie présenté par le Maroc.

Un autre élément qui corrobore cette analyse, c’est l’annonce de la nomination, en cours d’approbation, par la Commission des affaires étrangères du Sénat américain, de l’ancien sous-secrétaire adjoint Joshua Harris comme futur ambassadeur à Alger. «Monsieur Sahara», comme on l’appelle, a clairement laissé entendre lors d’un entretien accordé aux médias algériens, le 9 décembre dernier, à l’occasion d’une visite à Alger, que «les États-Unis souhaitent une solution politique durable et digne au Sahara occidental. Nous envisageons sérieusement d’utiliser notre influence pour permettre le succès du processus politique de l’ONU».

Or, depuis 2007, le processus onusien se réfère implicitement, d’année en année, à travers les résolutions du Conseil de sécurité votées depuis, au plan d’autonomie. D’après des observateurs, le plan d’autonomie serait au cœur de cette initiative que De Mistura s’apprête à mettre sur la table. L’offensive diplomatique marocaine pour obtenir un appui auprès des grandes puissances mondiales à l’initiative d’autonomie prend tout son sens. Le cas de l’Espagne est parlant. Le gouvernement Sanchez a non seulement su faire face aux pressions d’Alger, mais également aux lobbies sahraouis fortement implantés notamment au sein de la gauche. Même la coalition Sumar, la tendance politique de gauche, a fini par s’attirer les foudres du Polisario après le retrait d’une proposition de loi sur la naturalisation. Bref, le retour aux commandes après les élections permet aujourd’hui à Pedro Sanchez de réaffirmer clairement sa position sur le Sahara et d’aborder ses relations avec le Maroc avec sérénité. La rétrocession en marche du contrôle de l’espace aérien du sud du Maroc en est un signe. Le cas de l’Allemagne est également digne d’intérêt parmi une douzaine de pays de l’UE qui se sont rangés franchement du côté du Maroc. La France est sur le point de prendre une décision importante en ce sens. Au même titre, sans doute, que le Royaume-Uni. À vue d’œil, ce n’est plus qu’une question de temps.
«Il n’est pas exclu que M. Macron change de pied sur le Sahara occidental, afin d’accommoder les intérêts du Royaume chérifien», écrit le quotidien «Le Monde» dans son édition du 12 mars. Sans doute une sorte de préparation du terrain pour ce qui va suivre. Mais le fait est que pour la France le pari algérien est un fiasco. Cela dit, la deuxième sortie publique de la directrice des archives royales, Bahija Simou, pour évoquer la marocanité du Sahara oriental, est un signe que le Maroc est aujourd’hui, plus que jamais, dans une position de force. D’aucuns diront qu’on est passé à l’étape suivante. Cela au moment où, comme l’a souligné l’ancien diplomate et ancien ambassadeur de France à Alger, Xavier Driencourt, dans un récent entretien, «il n’y a guère aujourd’hui que l’Algérie qui s’intéresse encore à cette question (du Sahara); elle voudrait en faire un dossier capital». Le Royaume, quant à lui, s’est déjà inscrit dans une logique d’intégration régionale d’une grande portée qui va au-delà de l’Afrique de l’Ouest et du Sahel. Et il ne s’agit pas de déclarations, puisque le travail est déjà entamé sur le terrain.