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Réforme de la presse : Pourquoi le PJD et le PPS mènent la fronde ?

La gouvernement a adopté un projet de loi annonçant une refonte du secteur. L’approche a globalement été approuvée, une partie de la profession est contre. Mais deux partis politiques sortent du lot.

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Un secteur, la presse, est en panne depuis des années. Depuis 2012 en fait. Le gouvernement propose une réforme et entreprend de la mettre en place en commençant par le commencement, c’est-à-dire le cadre juridique. Une partie de la profession est pour la démarche et approuve la réforme. Une autre partie réprouve. Et elle a ses raisons, peut-être qui n’ont rien à voir avec l’intérêt général, mais c’est de son droit. Tout cela est compréhensible.

Ce qui l’est moins c’est l’acharnement de deux partis politiques de l’opposition et leur détermination à faire capoter ce projet de réforme par tous les moyens. Et, il ne s’agit pas de n’importe quels partis, puisque le PPS et le PJD, c’est d’eux qu’il s’agit, ont géré d’une manière ou d’une autre le secteur pendant les deux dernières décennies. Le PPS a dirigé le ministère de la Communication depuis 2002 jusqu’à l’avènement des islamistes en 2011. Puis le PJD a pris le relais, directement, puis indirectement. Les deux partis ont également eu à gérer leurs propres organes de presse. Leurs patrons en particulier.

La trajectoire politique et islamo-politique d’Abdelilah Benkirane a eu beaucoup de zones de contacts plus ou moins longs avec l’univers de la presse. Depuis «Arraya» qui se vendait sous le manteau au début des années 90 jusqu’à «Attajdid» dont il a été directeur de publication, en passant par «Al Asr», le nom de Benkirane n’était jamais loin de ces expériences de presse de prédication qui n’a finalement pas tenu avec le temps. La prise en main de la presse du parti, en préparation à la mainmise sur le parti tout entier, par le patron du PPS a été, comme on le sait, accompagnée d’une polémique qui a fini devant les tribunaux. La suite n’est pas du tout reluisante.

Nabil Benabdallah, alors ministre de la Communication, a voulu donner un air de grandeur au groupe de presse de sa formation en déménageant dans un quartier huppé de Casablanca. Retour de situation peu après, et retour au quartier d’origine, la Gironde, dans lequel des bureaux ont été aménagés au sein même de l’imprimerie pour abriter les rédactions des deux supports de la presse du PPS. Ce qui n’est pas sans rappeler les défaillances gestionnaires qui ont émaillé le passage du patron du parti du livre à la tête de cette même presse.

Il va sans dire que ceux qui s’opposent aujourd’hui à toute tentative du gouvernement de réformer le secteur et de mettre en place les conditions à même de garantir la viabilité de ses entreprises de presse n’ont pas de modèle économique à proposer dans le domaine. Certes, mais pourquoi donc cette levée de boucliers contre le projet de réforme du gouvernement. D’après les analystes, on peut citer au moins trois raisons. La première est liée au positionnement politique des deux formations.

 

Jeu politique
L’opposition, mais telle que conçue et pratiquée par les deux partis, c’est-à-dire non constructive et trop rancunière, avec une dose de règlement de comptes. Le PJD et son patron tiennent pour responsables le Chef du gouvernement et son parti pour la débâcle électorale du premier aux élections du 8 septembre et l’échec du second à former son gouvernement en 2016. Les raisons du PPS, l’allié indéfectible du parti islamiste, de s’en prendre au gouvernement et à son chef ne sont pas totalement différentes.

Du coup, les deux formations ne ratent plus une occasion pour se livrer à des attaques directes à l’encontre du chef de l’Exécutif. La réforme de la presse en est une comme tant d’autres. La deuxième raison de cet acharnement tient sans doute au fait que si le secteur de la presse est aujourd’hui au bord du gouffre et nécessite une réforme globale, c’est un aveu de l’échec d’une politique menée durant près de deux décennies. Unéchec sur toute la ligne. La troisième raison est une question d’argent tout simplement.

En parlant d’argent, il faut signaler qu’entre 2005 et 2022, les aides publiques destinées à la presse écrite (et tout récemment digitale) sont passées d’un peu moins de 40 millions de dirhams à près de 200 millions de dirhams. On retiendra, à ce sujet, qu’en 2015, alors qu’il dirigeait le département de la communication, en la personne de Mustapha El Khalfi, le PJD avait tenté de faire bénéficier ses deux sites, celui du parti et celui du MUR, des aides publiques destinées à la presse. Soit un total de 600.000 dirhams pour chaque site. C’était le montant maximal accordé à l’époque à un site d’information, Hespress en l’occurrence.

La commission paritaire, dans laquelle siègent également les éditeurs de journaux, s’y est opposée pour la simple et bonne raison qu’il s’agit d’organes de communication, pour ne pas dire de propagande, de parti et non pas de journaux. Le ministre a quand même pu obtenir des fonds publics pour la boîte de production de son parti, «Adala Média». Quant au patron du PPS, notant sans doute qu’une partie des aides va aussi aux médias électroniques, il a décidé de se lancer dans le domaine à travers Médias Progrès et ses deux sites éphémères.

Faut-il rappeler que pour des raisons qui n’échappent à personne, le même ministre a encouragé l’éclosion de centaine de sites dits «d’informations». Nous en sommes actuellement à plus de 900 sites, en ne citant que ceux officiellement reconnus. Le nombre de journalistes encartés a connu un bond de 50%. Le pire est que, selon le Conseil national de la presse (CNP), il existe plus de 500 entreprises actives dans le domaine de la presse électronique, dont 50% appartiennent à une seule personne. C’est un chiffre qui nuit à la crédibilité de l’information et de la profession, les professionnels savent quelque chose de cette course au buzz que se livrent ces sites.

C’est paradoxalement un chiffre qui joue aujourd’hui en faveur de ceux qui s’opposent à la réforme. Le fameux terme «inzal» (bourrage des urnes) connu dans les élections, surtout des organisations similaires au CNP, prend toute sa dimension. La mainmise sur le CNP, par la voie des urnes, mais dans n’importe quelles conditions, importe décidément plus que toute volonté de réforme.

 

L’histoire d’une réforme annoncée

L’histoire est désormais connue. Le mandat des instances dirigeantes du CNP est arrivé à terme en octobre dernier. Les statuts du Conseil ne prévoient pas de mode de renouvellement de ces instances. Le gouvernement décide, par un décret-loi, d’en proroger le mandat de six mois, en attendant une solution. Passé ce délai, l’Exécutif a adopté un projet de loi portant mise en place d’une commission provisoire chargée d’organiser ces élections.

Et pendant qu’il y est, le gouvernement a décidé, et c’est une autre mission de cette commission ad hoc, d’entamer une réforme globale de la presse. Les éditeurs, les plus importants du marché, approuvent. Le syndicat, également le plus représentatif de la profession, le SNPM, applaudit. Deux partis politiques mènent la fronde avec une association, la FMEJ, vidée de sa substance après le départ des fondateurs.