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Quels emplois pour le Maroc de demain ?

Les changements démographiques et sociaux, ainsi que les politiques économiques engagées ces dernières décennies ont fait que la structure de l’emploi a changé. Certains secteurs cesseront d’absorber la main-d’œuvre, d’autres en sont largement demandeurs. Les tendances à venir.

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Une chose est sûre, et la stratégie Génération Green l’a bien pris en compte, l’emploi agricole, tel qu’il est connu depuis toujours, est en phase de déclin. La part de l’emploi agricole est passée de 50% en 1991, selon la Banque mondiale, à seulement 30% au titre de l’année 2023.

L’urbanisation de la population, la modernisation du secteur et l’utilisation des nouvelles technologies, entre autres facteurs, ont contribué à cette baisse annuelle, qui est de l’ordre de 0,625%. Pendant la même période, le secteur de l’industrie a gagné 5 points, passant de 19% en 1991 à 24% en 2023. Dans les services, cette évolution est de 31% à 46%.

C’est une tendance irréversible qui va sans doute faire pencher davantage la balance vers ces deux secteurs durant les années à venir. L’évolution de la structure de l’emploi au Maroc dans les années à venir sera en effet influencée par des dynamiques économiques caractérisées par une industrialisation accélérée, grâce notamment aux métiers mondiaux du Maroc, mais aussi à l’industrie des énergies.

La dynamique sociale y sera aussi pour beaucoup avec l’urbanisation, l’amélioration de la qualité de la formation, au même titre que l’évolution technologique.

Plusieurs secteurs clés vont connaître une mutation profonde, à commencer justement par l’agriculture, qui emploie 24,3% de la main-d’œuvre, souvent informelle, selon des statistiques arrêtées au terme du 3e trimestre de l’année 2024, suite à une récente note du HCP sur la situation du marché du travail.

Le secteur, qui fait face à une crise structurelle de l’eau et pour des raisons de rendement et d’efficacité, est contraint d’intégrer des technologies de pointe (agritech, irrigation intelligente, fertigation…) pour améliorer la productivité et faire face au stress hydrique. Ce qui implique plus de technologie et moins d’intervention humaine.

Même, comme le préconise notamment la stratégie Génération Green, la diversification du secteur et le développement de filières à forte valeur ajoutée – que ce soit dans l’agroalimentaire ou l’arboriculture – et de l’agriculture solidaire pour réduire la vulnérabilité aux aléas climatiques, ainsi que le soutien de la classe moyenne rurale, cela ne va certainement pas se traduire par des emplois en masse.

On pourrait s’attendre, selon les tendances actuelles, à une possible stagnation, voire un déclin relatif (en tenant en compte l’enjeu de la souveraineté alimentaire) de l’emploi agricole, dû à la mécanisation, mais qui peut néanmoins être compensé par des emplois dans la transformation et la logistique.

En effet, avec la stratégie Génération Green, l’emploi agricole pourrait se stabiliser ou croître légèrement si les objectifs de création d’emplois sont atteints. Cependant, ces emplois devraient être plus qualifiés (techniciens, ingénieurs agronomes) et orientés vers des filières à forte valeur ajoutée, réduisant ainsi la dépendance aux mains-d’œuvre peu qualifiées.

Le pari de la tech
Dans l’industrie, le Maroc vise à renforcer sa position de hub industriel grâce notamment à des écosystèmes comme l’automobile ou les clusters aéronautiques, l’écosystème ferroviaire (en cours de formation), l’industrie militaire, l’industrie navale (encore en projet) et le renforcement du «Made in Morocco».

Ces secteurs continueront d’employer en masse durant les années à venir, mais ils exigent une main-d’œuvre qualifiée, principalement des techniciens et des ingénieurs, et donc une formation adaptée.

Les énergies renouvelables (solaire et éolienne), en pleine expansion, stimuleront l’emploi dans l’ingénierie, la maintenance et la R&D, et avec la mise en place de l’écosystème de l’hydrogène vert, le secteur des EnR va générer à lui seul, selon une récente déclaration du ministre de tutelle, 10% de l’ensemble des postes d’emploi à créer dans le pays.

L’économie verte, dans sa globalité, devrait contribuer à la création d’emplois, en plus des EnR, dans la gestion des déchets, l’efficacité énergétique, entre autres.

L’attraction d’investissements étrangers, notamment européens mais aussi chinois et éventuellement américains, à la faveur de la nouvelle Charte, va permettre la création des emplois également dans les secteurs de la logistique et la sous-traitance.

De même que la reprise confirmée du secteur touristique, avec dans le futur un accent sur le tourisme durable, culturel et médical, ainsi que la digitalisation des services (e-tourisme) et la diversification des destinations, va se traduire non seulement par le maintien des emplois actuels, mais par la création d’autres.

Dans les TIC et l’économie numérique, en général, la croissance des métiers du digital (développement logiciel, cybersécurité, IA), soutenue par des initiatives comme Maroc Digital 2030 et l’externalisation des services (BPO), restera sans doute un employeur majeur durant les années à venir.

Ils vont certainement compenser largement les pertes engendrées par l’automatisation qui menace particulièrement les emplois peu qualifiés (textile, administration), tout en générant de nouveaux métiers (data analysts, maintenance 4.0). Par ailleurs, le domaine de la santé fait également face à des besoins accrus en personnel qualifié (infirmiers, enseignants) pour répondre aux attentes sociales et démographiques.

C’est sûr que la structure de l’emploi devrait évoluer vers une tertiarisation accrue, avec une montée en gamme de l’industrie et une agriculture modernisée. L’enjeu réside dans la capacité à former les jeunes, à attirer des investissements innovants et à réduire les inégalités territoriales.

Le gouvernement en est conscient, les politiques publiques, dont la nouvelle feuille de route, joueront un rôle clé dans cette transition.