Pouvoirs
Portrait Yassine Oukacha. De Ben M’Sick au Parlement
Il fait partie de cette jeune génération de responsables politiques issus de l’école du Rassemblement national des indépendants. Passionné, il s’engage, s’implique et se donne à fond. Il devient le plus jeune député à assurer la présidence d’un groupe parlementaire. Parcours.
On ne s’improvise pas homme politique, encore moins responsable. Mais on le devient par la force du travail, de la conviction, du sérieux et de la détermination dans l’action. Yassine Oukacha, le nouveau chef du groupe parlementaire du RNI à la première Chambre, répond parfaitement, selon certains de ses proches, à ce genre de profils.
Qui plus est, il a trouvé au sein de la formation de la Colombe, que d’aucuns qualifient d’«incubateur», l’environnement idéal pour évoluer, ajoutent nos sources, qui ne manquent pas de souligner l’intérêt accordé par cette formation, depuis pratiquement une décennie, à mettre en avant une nouvelle génération de jeunes dirigeants.
Et Aziz Akhannouch, dès sa prise de fonctions au gouvernail du parti de la Colombe en 2016, n’a eu de cesse d’accorder une attention particulière à encourager les jeunes du parti, tout en les propulsant vers la sphère décisionnelle. La mise sur pied de la Fédération nationale des jeunes du RNI en est la démonstration.
De même que «la transition générationnelle», en cours depuis quelques années, en est «le fruit».
Un récit à plus d’une entrée
Ceci dit, le parcours de Yassine, 37 ans, est assez atypique, mais d’une cohérence globale. Né à Casablanca en 1989, l’homme a certes fait ses études au Lycée Lyautey, mais a grandi dans le quartier populaire de Ben M’Sick avant de s’envoler, Bac en poche, en direction de Paris où il a poursuivi ses études supérieures en sciences politiques.
Le jeune homme, qui est également président du Conseil de la commune de Ben Slimane, n’est autre que le fils de Mustapha Oukacha, l’une des figures emblématiques du Rassemblement national des indépendants, dont il est l’un des fondateurs aux côtés d’Ahmed Osman, en 1978.
Pour l’histoire, Oukacha père, décédé en novembre 2008 au cours de son troisième mandat en tant que président de la deuxième Chambre du Parlement, aura marqué le champ électoral de cette région, dont il était président de la commune pendant plus d’une trentaine d’années. Autant en déduire que la famille a un grand ancrage dans la région, doublé d’une assise solide.
Côté enfance, le jeune homme évoque non sans fierté et avec émotion ses années d’enfance dans un quartier populaire de la métropole. «J’ai grandi à Ben M’Sick, chez mon grand-père maternel Belkacem Oukacha. Ce qui m’a permis de ne pas vivre dans une bulle sociale, mais également d’avoir une éducation assez équilibrée entre ce qui est populaire et ce qui est ouvert sur le monde».
Et d’ajouter que son passage à Ben M’Sick a été pour lui à la fois «transformateur et formateur», car, poursuit-il, «dès mon jeune âge, j’étais sensible aux sujets relatifs aux questions de la société, de la pauvreté, des classes sociales, mais aussi de l’enfance», confie-t-il. C’est probablement de cela que lui provient cette fibre sociale qu’on lui reconnaît aujourd’hui.
Oukacha fils, qui appelle les élites à «sortir de leur zone de confort pour s’engager dans la sphère politique», en est conscient et reconnaissant. Il corrobore ses propos en citant un legs de la sagesse parentale : «Mon père ne cessait de nous dire que la richesse et la réussite au Maroc ne pouvaient avoir lieu que si on avait une vraie capacité à s’adapter et à s’intégrer avec des gens qui appartiennent à des classes sociales et culturelles différentes».
C’était le cas de l’homme qui évoque aussi le rôle de sa maman qui, après le décès du père, avait pris en main l’éducation de ses trois enfants, en insistant surtout sur l’importance des études dans la vie.
Et Yassine d’ajouter : «Le grand principe qui nous a été transmis par nos parents était qu’on pouvait être non seulement avec l’élite et tenir un discours d’élite, mais aussi qu’on pouvait se retrouver avec des classes sociales défavorisées dans le monde rural et s’adapter parfaitement et être chez nous». Et ils ont bien appris la leçon.
Pour Yassine, le passage par Ben M’Sick a été «très bénéfique et transformateur». D’autant plus, dit-il, que cela a «créé un vrai équilibre dans mon éducation».
Quant à ses nouvelles missions, Y. Oukacha indique qu’«être chef du premier groupe parlementaire n’est pas une mince affaire, et la mission est d’autant plus lourde quand il s’agit de succéder au président du parti, Mohamed Chaouki», assure-t-il.
Maintenant, si au cours des cinq dernières années il consacrait 80% de son temps à la politique, entre la commune et le Parlement, on imagine bien que ça va le prendre encore davantage.
Toujours est-il que le sens de l’engagement et l’implication dont il fait preuve lui seront, à coup sûr, d’un grand apport pour mener à bien ses nouvelles missions.
Connu pour son sens de l’organisation et de la rigueur, Yassine, qui est passé par l’associatif du temps même de son parcours estudiantin à Paris, où il était cofondateur de l’Association des étudiants marocains en France et dont il avait assuré la vice-présidence, dispose d’un background des plus solides.
Dans sa carrière politique, le jeune homme n’est pas un parvenu. D’autant qu’il est passé par toutes les cases, de la jeunesse du parti qu’il avait rejoint en 2017 jusqu’à la double légitimité des urnes, sur le plan local et national.
Il est à rappeler, en outre, qu’avant d’être élu député à l’occasion des législatives de 2021, Yassine avait frappé à la porte du Parlement dès 2016 par le truchement de la liste nationale. Mais sa candidature n’a pas été retenue «pour des raisons objectives».
Or, ce n’aura été que partie remise. Cinq ans plus tard, le voilà de retour et par la grande porte. Il sera élu à Ben Slimane avec 16.000 voix au compteur.
Une élection que le président du groupe parlementaire du parti de la Colombe commente par des termes assez éloquents pour décrire la nature de son attachement affectif à cette région : «À Ben Slimane, on ne m’a pas élu : on m’a adopté», dit-il, pesant bien ses mots.
La relation avec la région relève de l’affectif, voire du «lien familial». «Je suis leur fils», résume cet homme qui revendique, haut et fort, sa «ruralité».
Avec comme conviction «l’engagement pour servir l’intérêt public», il évoque le fait d’être issu d’une famille qui a de tout temps été dans le milieu politique, certes, mais aussi et surtout dans la gestion de la chose publique. Car, outre le père, son frère ainé, Hassan, était aussi à la tête de la commune de Ben Slimane pendant deux mandats.
En effet, suite au décès du père, la famille a été sollicitée par les habitants pour rester aux manettes de la commune. Mission que Hassan assurera avant de décider de «prendre sa retraite électorale». Le même scénario se reproduit et Yassine s’est résolu à prendre la relève dès 2018.
Ponctuel dans la vie de tous les jours, on le retrouvera à coup sûr dans d’autres rendez-vous !
Ce qu’il aime…
«Je suis un enfant de la ruralité», ne cesse de répéter Yassine Oukacha, qui voue un amour fou à la Tbourida. L’homme, qui est aussi éleveur de chevaux, aurait fait tous les moussems de cet art ancestral sur tout le territoire national.
Ce qui lui a permis de découvrir tous les détails du monde rural du Royaume. Côté penchants musicaux, c’est sans surprise : «J’adore l’Aïta», confie-t-il, qu’il conjugue avec aisance avec son amour de la musique andalouse, parce qu’il aime l’Andalousie.
Pour ce qui est de la lecture, dont il est féru depuis son jeune âge, il indique qu’il n’a pas d’auteurs préférés, mais plutôt «des sujets de prédilection».
Suivre l’actualité du Royaume et son développement, l’histoire du Maroc dans ses deux versants politique et culturel, mais aussi un penchant particulier pour les biographies et les autobiographies des grands politiciens en font partie.
