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Istiqlal : Nizar Baraka verrouille son appareil
Après sa reconduction à la tête de la formation de la Balance et la mise sur pied d’un Comité exécutif largement sous son aile, le Secrétaire général a «placé» deux noms de sa garde rapprochée au gouvernail de deux instances clés : l’Inspection générale du parti et son conseil national. Perspectives.
Passé quelques jours de «spéculations» quant à la personne qui allait prendre la présidence du «parlement» du parti de la Balance, c’est finalement Abdeljabbar Rachidi qui préside le conseil national de la formation des héritiers de Allal El Fassi. Samedi 7 décembre, celui qui a porté le 18e congrès national du PI, dont il était le président de la commission préparatoire, est élu à l’unanimité.
Signe que les Istiqlaliens ont, une nouvelle fois, «opté pour la préservation de l’unité de leurs rangs», loin des «tiraillements» auxquels on avait assisté jusqu’à la veille de leurs assises nationales, qui se sont tenues à Bouznika du 26 au 28 mars 2024.
Mais c’est aussi un nouveau signe que Nizar Baraka est en train de réussir «la prise de contrôle de toute la membrure du parti de l’Istiqlal», nous dit cet observateur des évolutions que connaît la maison de la Balance, depuis «le débarquage» d’un certain Hamid Chabat.
Lequel a été suivi par plusieurs épisodes tumultueux, dont celui de l’antagonisme, «en public», entre les partisans de l’actuel secrétaire général et les soutiens de l’homme fort du parti dans les provinces du Sud, Hamdi Ould Errachid.
Ceci d’autant plus que, pas plus tard que septembre dernier, Nizar Baraka avait réussi un autre coup non moins important, et ce, en plaçant Mustapha Hanine, son chef de cabinet, à la tête de «la puissantissime structure du parti», l’Inspection générale.
Ce qui constitue l’aboutissement d’un long et non moins laborieux processus. En effet, outre ces deux postes clés, le secrétaire général du PI a su «slalomer», pendant des mois, entre les différents «piquets» pour former un comité exécutif qui répond à deux exigences : «minorer la vieille garde» et «mettre en avant les jeunes du parti», avance-t-on au sein du PI. «Le tout sur fond de l’unité des rangs», insiste ce militant. Et chemin faisant, avec l’objectif de «réduire l’influence du clan Ould Errachid».
Une garde rapprochée pour plus d’un enjeu…
Toujours est-il que le parachèvement des instances de l’Istiqlal, non encore totalement achevées, puisqu’il y aurait «encore quelques menus réglages à faire», aura surtout été marqué par cette toile que Baraka est en train de tisser.
Un «travail de tisserand» qui dévoile que le maître à bord compte d’abord sur sa garde la plus rapprochée. Le cas de Abdeljabbar Rachidi l’illustre parfaitement. En effet, ce dernier, non seulement figure en tête de liste des «plus fidèles des fidèles» de Baraka, mais aussi on n’hésite pas à le qualifier au sein des instances de la doyenne des formations politiques marocaines comme «l’un des compagnons de route» du secrétaire général.
L’homme, au parcours militant qui l’a conduit à occuper plusieurs postes de responsabilité autant au sein de l’appareil que dans les cabinets ministériels gérés par les Istiqlaliens, «a accumulé de l’expérience et du flair politique, le prédisposant à assumer ses nouvelles missions».
De même qu’il a de tout temps «campé le rôle de médiateur entre les courants du parti». D’ailleurs, ceux qui ont assisté au déroulement du 18e congrès national du parti auraient certainement relevé les interventions du membre du comité exécutif, qui a eu aussi un passage dans le cabinet de l’ancien patron du parti Abass El Fassi, pour «calmer les ardeurs des uns» et «apaiser les montées d’adrénaline des autres». «Avec succès !», insiste-t-on.
Les élections d’abord, la succession ensuite
L’autre homme clé de ce deuxième mandat de Nizar Baraka n’est autre que Mustapha Hanine. Homme clé, parce qu’il est la tête de l’instance qui veille au grain dans toutes les entrailles du parti. Qui plus est, par le truchement de ses antennes régionales, celle-ci fait office de celle qui «remonte» toutes les informations sur le parti, mais aussi de «tour de veille» sur les régions.
Ce n’est pas pour rien d’ailleurs qu’elle a le dernier mot quand il s’agit de choisir les candidats du parti pour les différentes échéances électorales. C’est dire que la «mission filtrage» lui revient, «de facto et de jure». Et l’on comprend dès lors sa centralité dans l’«organigramme» du parti et l’importance qu’il revêt pour le secrétariat général, qui a insisté pour qu’elle «reprenne du service», et ce, en ayant particulièrement à l’esprit les législatives de 2026.
Nizar Baraka n’en a d’ailleurs pas fait mystère dans son «exposé politique» lors de la tenue de la toute récente session du conseil national. Le secrétaire général du parti de l’Istiqlal a fait savoir, dans ce sens, qu’«après le parachèvement de sa structuration organisationnelle», le parti s’attellera à la préparation pour «élaborer une nouvelle offre partisane» et mobiliser toutes ses composantes en vue de «gagner le pari de prendre le leadership de la scène politique nationale».
Or, il s’agit là de l’un des défis du secrétaire général et de ses équipes. Mais ce n’est pas l’unique !
En effet, au-delà, estiment certains observateurs, il s’agira aussi de «préparer le passage de témoin» à l’aune du 19e congrès national.
Certes, on en est encore loin, mais le «temps politique» va plus vite que le «temps normal». D’ailleurs, il «se susurre» dans le landerneau politique que la relève pourrait être assurée par Abdelmajid El Fassi Fihri, qui n’est autre que le fils de Abass El Fassi.
Curieusement, c’est le seul nom que l’on retrouve dans la couverture publiée par le site du journal du parti «L’Opinion», mise en ligne dimanche 8 décembre, lorsqu’elle mettait en exergue le fait que «plusieurs profils jeunes ont fait leur entrée en scène, dont des députés de la nouvelle génération, comme Abdelmajid El Fassi Fihri».
En définitive, à l’exception de quelques parenthèses, le parti restera entre les mains de la même famille.
Et le syndicat dans tout ça ?
Après un premier mandat, démarré en mai 2017, l’actuel secrétaire général de l’Union générale des travailleurs du Maroc (UGTM) n’aurait pu rempiler, en février 2024, qu’à la faveur d’une «entente pragmatique entre le clan Ould Errachid et le secrétaire général du parti de l’Istiqlal».
Mais «certaines sorties» d’Ennam Miyara n’ont pas été au goût de Nizar Baraka. Ce qui a débouché sur sa non-reconduction, «pourtant pressentie», à la tête de la Chambre des conseillers pour un deuxième mandat. Un perchoir qui est revenu, au bout des courses, à Mohamed Ould Errachid.
Ceci dit, qu’en sera-t-il d’ici la fin de l’actuel mandat au gouvernail de l’UGTM ? En effet, d’aucuns s’interrogent si, avec la force de frappe dont il dispose dans toutes les instances du parti, Baraka n’avait pas l’œil sur la centrale syndicale.
Surtout que dans son allocution devant les membres du CN, il a signifié la nécessité de «renouvèlement» des antennes, des organisations parallèles et autres professionnelles du parti. Si «les visées» se confirment, Baraka aura la main sur tout l’appareil du parti. Du pain bénit pour le prochain secrétaire général.