Partis
Forces citoyennes, un parti sous perfusion
Après une longue période d’hibernation, le parti des Forces citoyennes tente de revenir à la page. Sous la houlette de son jeune président Wael Mohamed Aouad, la formation fondée par Abderrahim Lahjouji se cherche toujours une place dans le landerneau politique marocain. Parcours.
Depuis le décès de Abderrahim Lahjouji, le fondateur du parti Forces citoyennes (PFC), en 2021, on n’a presque plus entendu parler de cette formation politique créée en 2001. Sauf de manière sporadique. Après une longue période d’attente, il a fallu attendre deux occurrences temporelles au troisième trimestre de 2025.
D’abord, en septembre, lorsqu’un projet de «dilution» dans les rangs d’un autre parti non moins en perte de vitesse, à savoir le Parti marocain libéral. Un chantier ouvert resté en stand-by. Quelques semaines après, le PFC provoque un congrès extraordinaire. Nous sommes en octobre. Quelque 650 congressistes se donnaient rendez-vous loin des spotlights de Casablanca et de Rabat pour aller se rencontrer à Essaidia.
L’idée derrière était, raconte-t-on, de «redonner vie» à un «projet politique» qu’on donnait «agonisant». Dans l’absolu, le congrès extraordinaire devait confirmer la «dilution» dans le parti marocain libéral de Isaac Charia, annoncée lors du conseil national tenu en septembre 2025. Il n’en a rien été.
En effet, à la lecture du communiqué ayant sanctionné le meeting d’Essaidia, on ne retrouvera aucune trace du choix de l’enterrement d’une expérience partisane qui avait suscité un «semblant d’engouement» à sa naissance.
D’autant plus que Lahjouji et les siens étaient mus par l’ambition de «ratisser le plus large possible» dans une démarche qui rappelait «la troisième voie» à la sauce britannique ayant fait des émules dans les années 1990-2000, matérialisée par «le projet du New Labour» porté par un certain Tony Blair.
L’objectif des fondateurs, venus de différents horizons de la scène politique marocaine, qui avaient réuni plus de 2.700 congressistes à Casablanca, était de porter un projet qui ambitionnait de faire fi des clivages droite-gauche.
Ceci alors que certains, en se référant au background de l’ancien patron des patrons et homme d’affaires Lahjouji, prenaient cette «enseigne partisane» pour «une vitrine du monde des affaires».
Une lecture qui a vite fait d’être tournée d’un revers de la main par les porteurs mêmes du projet dont on comptait des «libéraux» affirmés autant que d’autres personnages qui avaient affiché leur appartenance à des chapelles «socialistes».
D’alliance en alliance…
Quant au fondement «idéologique» du parti des Forces citoyennes, ses initiateurs parlaient d’«un libéralisme marqué socialement». D’autant plus que cette formation se voulait, à la base, «représentative des classes moyennes, des entrepreneurs et des cadres».
Or, nonobstant cette «ouverture», l’impact sur les urnes n’a pas été au rendez-vous lors des différentes échéances électorales, notamment législatives, auxquelles le parti avait pris part.
La preuve par le verdict : deux sièges à l’issue des Législatives de 2002 et un orphelin strapontin cinq ans après. La suite sera à l’image de l’essoufflement remarqué au fil des années. En effet, la formation de Lahjouji ne récoltera aucun siège ni en 2011 ni en 2016 et encore moins en 2021. Sans vraie base électorale, les Forces citoyennes ne pouvaient prétendre à mieux.
«Et ce n’est pas par faute d’avoir essayé de sortir d’un tel processus de désillusions accumulées», nous dit cet observateur des péripéties du landerneau politique, en particulier sur le front des «petits partis». En effet, dans le but de se trouver un ancrage sur la scène politique marocaine, la formation des Forces citoyennes avait tenté «la recette des alliances» qui n’ont pas débouché sur les résultats escomptés.
Ainsi, la première tentative a eu lieu en 2007. Le parti annoncera, cette année, une fusion avec «l’Alliance des libertés» de Ali Belhaj. Sous le label «Alliance de la Citoyenneté», les deux formations, par le truchement d’un «congrès constitutif», ont adopté le statut de cette nouvelle formation.
Celui-ci avait ceci de particulier, qu’il avait institué un comité central, adossé à un conseil de la présidence de Abderrahim Lahjouji qui occupait le poste de président au moment où Ali Belhaj avait hérité du poste de secrétaire général.
Pour les porteurs du projet, cette fusion avait constitué «une étape historique» et augurait de «la première union entre les partis libéraux dans la vie politique après l’adoption du nouveau code électoral», lit-on dans les documents de l’époque.
On l’aurait compris, le souci a été plutôt lié aux échéances électorales où les deux parties ambitionnaient «un meilleur positionnement en agrégeant leurs forces». Seulement voilà, la suite des évènements ne tournera pas à la faveur de ces formations qui disaient partager les mêmes valeurs.
Après, on n’entendra plus parler ni de cette alliance ni de ses deux composantes.
Or, il fallait attendre des années pour que le parti des Forces citoyennes fasse entendre parler de lui. Avec une «grosse surprise à la clé». En effet, en 2005, le parti de l’ancien président de la Confédération des entreprises du Maroc et le parti de la justice et du développement (PJD) annoncent, en novembre de cette année, une forme de rapprochement.
Ceux qui avaient suivi «le feuilleton» parlent d’au moins trois années de discussions entre les deux formations qui n’avaient, dans l’absolu, rien de commun en partage.
Notamment, en matière de «référentiels» entre une formation au fonds de commerce religieux et foncièrement conservateur, et une autre prônant le libéralisme et la modernité. Mais, visiblement, le PJD aurait été plus mû par l’ambition de se frayer son chemin dans la communauté des affaires. Le dénouement de cette «lune de miel», accompagnée d’une médiatisation conséquente, finira par tourner court.
Ceci étant, quel serait le sort d’une formation qui semble avoir essayé plus d’une recette pour trouver sa place sur une scène politique où certaines «petites formations» continuent de jouer leur survie en misant sur les prochaines échéances électorales !
Un jeune à la tête du parti
Wael Mohamed Aouad est un quadra dont l’itinéraire politique a été marqué par plusieurs rebondissements sous différentes enseignes politiques de la place. Pour une question de parenté, le tout jeune Wael était partagé entre l’action associative et la jeunesse du parti de l’Istiqlal, où il évoluera jusqu’à figurer sur la liste des membres de son comité central.
Se sentant à l’étroit, Aouad optera, en 2015, pour la jeunesse du Mouvement populaire. Trois ans plus tard, il sera membre du conseil national d’une jeunesse qui ne répondait pas à ses aspirations. Raison pour laquelle, malgré «une position plutôt prometteuse» au niveau du CN du patri de l’Épi, le jeune homme a tenté de créer une nouvelle formation politique qui serait «à la hauteur de ses ambitions et de celles de ses compagnons».
La demande sera rejetée. Dans la foulée, Wael Aouad quitte, en janvier 2025, les rangs du MP. Un concours de circonstances fera qu’il rejoindra les Forces citoyennes où il se verra proposer d’être au gouvernail du parti de la «Maison». L’option a été entérinée à l’issue du congrès extraordinaire d’octobre 2025.
