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Diplomatie

Parlement européen : Quel impact de la nouvelle configuration sur le Maroc ?

La nouvelle carte de l’Hémicycle de Strasbourg arrange visiblement les intérêts du Maroc. La montée en puissance du FN, sur fond des législatives françaises anticipées, donne, au contraire, des cheveux gris à Alger.

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Les élections législatives européennes, qui se sont déroulées le dimanche 9 juin, ne sont pas qu’une affaire européenne. Plutôt normal, quand on prend en considération non seulement les rôles de l’institution strasbourgeoise au sein de l’Union des 27, mais aussi le fait qu’elle a également «son mot à dire» dans la politique étrangère de l’UE. Ou tout simplement, le plus souvent, son potentiel de nuisance pour les relations entre les membres et leur voisinage immédiat. Raison pour laquelle, notamment du côté sud de la Méditerranée, l’on ne peut être indifférent quant à la configuration de sa composition et les rapports de force qui en découlent.

D’ailleurs, l’une des manifestations de l’importance accordée à la représentation n’est autre que le jeu de lobbying auquel se livrent les différents États de la région auprès des élus européens pour faire basculer les décisions, les propositions de résolution ou encore les avis. Quand bien même ils seraient non contraignants, il n’en demeure pas moins qu’ils avaient valeur d’orientation, voire d’aiguille au sein des opinions publiques et ont pu aussi impacter les appréciations du monde des affaires.

L’on comprend dès lors l’intérêt accordé aux résultats des législatives européennes et les répercussions que cela pourrait induire au cours des cinq prochaines années sur la nature des relations entre Bruxelles et le reste du monde.

Vu d’ici, on a encore présent à l’esprit la fameuse «résolution» de février 2023, dont l’instigateur était le groupe Renew, mené par Stéphane Séjourné, aujourd’hui ministre des Affaires étrangères dans un gouvernement éphémère, ou encore les différentes positions anti-marocaines des membres du parti de Jean-Luc Mélenchon LFI (La France insoumise), ou les eurodéputés des Verts.

Or, au cours de ces différentes séquences, Rabat comptait surtout sur l’appui des centristes, les eurodéputés de la droite et ceux de l’extrême droite. C’est d’ailleurs ce qui fait dire à certains observateurs que le verdict des urnes européennes devrait «réconforter» le Maroc qui voit ses soutiens se renforcer, sachant que ces formations s’alignent sur la défense des différentes causes marocaines. Et ce n’est pas pour les beaux yeux du Maroc.

Double perspective
En effet, la crédibilité à l’international du Royaume, son efficacité dans la lutte contre l’immigration clandestine, son efficience dans la guerre contre le terrorisme, au même titre que la voie du développement sur laquelle il avance et surtout sa stabilité politique et institutionnelle, sans parler d’une communauté de MRE relativement bien intégrée dans les pays d’accueil, tout cela lui vaut respect et soutien indéfectibles de ces forces politiques auxquelles il faudrait aussi additionner les socialistes espagnols. Ceci alors que les autres forces s’érodent, à vue d’œil, dans l’enceinte parlementaire européenne.

A contrario, Alger voit d’un «très mauvais œil» les issues de ce scrutin, plus particulièrement en ce qui concerne le score des héritiers de Jean-Marie Le Pen.
Rien d’anormal quand on connaît les positions peu amènes du Rassemblement national (RN) vis-à-vis du régime algérien et plus particulièrement sa «rente mémorielle».
D’ailleurs, avec le «séisme» provoqué par la percée de l’extrême droite, bien qu’il ne puisse trop impacter les équilibres globaux de l’institution de Strasbourg, les lectures fusent. Plus particulièrement, quand on scrute de près la fulgurante ascension, avec un «score historique» de 30% des suffrages exprimés, du RN français, mené par celui qu’on surnomme le «jeune loup» de l’extrême droite de l’Hexagone.

En faisant exploser les compteurs, laissant loin derrière la majorité présidentielle (14,6%), Jordan Bardella, 28 ans, se voit déjà locataire de Matignon. Les secousses telluriques ayant poussé le président français, Emmanuel Macron, à dissoudre l’Assemblée nationale et, chemin faisant, à annoncer des législatives anticipées, dont le premier tour est prévu pour le 30 juin et le deuxième le 7 juillet.

Maintenant, il est clair, vis-à-vis de ces évolutions et celles à venir, que le fait d’avoir un Parlement dont les travées sont occupées par des eurodéputés de droite, tout comme un gouvernement de droite en France, arrange les affaires du Maroc. D’autant que cela est de nature à «calmer les ardeurs» de la propagande pro-polisario – aux frais du régime d’Al Mouradia – et partant faire taire leurs haut-parleurs au sein des institutions européennes, mais aussi françaises.


COMMUNAUTÉ TRANQUILLE
Quelle que soit l’issue des élections législatives anticipées en France, la relation «d’État à État», nous dit l’expert Abdelghani Youmni, «reste robuste et ancrée dans les réels fondamentaux économiques et politiques. D’autant plus que Rabat et Paris sont dans une dynamique d’interdépendance économique et un partenariat qui se consolide.
Certes, consent l’analyste, si l’extrême droite gouverne, la politique migratoire sera des plus serrées, mais l’on
ne pourrait aucunement craindre pour la communauté marocaine. Une communauté, faut-il le rappeler, responsable et qui ne vit pas aux crochets de l’État français.