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Mouvement populaire, les tensions couvent
En prenant la tête du parti de l’Épi, en novembre 2022, Mohamed Ouzzine a promis la restructuration et le renforcement de sa formation. Il paraît loin du compte.
La direction du Mouvement populaire est sur la corde raide. En effet, depuis son 14e congrès, tenu en novembre 2022, et ayant porté Mohamed Ouzzine à sa tête, le parti de l’Épi semble sur un feu ardent. Bien que la direction nie toute tension interne, les échos qui fuitent dans ses rangs laissent entrevoir une tension silencieuse qui couve et qui risque d’éclater au grand jour à n’importe quel moment.
D’ailleurs, la réunion, plutôt électrique selon des témoignages, des deux groupes parlementaires de la formation, tenue à la veille de l’ouverture de l’année législative en a donné un signe. À l’image notamment de l’explosion coléreuse d’Abdellah Ouchen, membre de la Chambre des conseillers et chef de file du parti dans la région de l’Oriental, qui a estimé que les antennes dans la région et du Rif seraient marginalisées de par leur absence dans la composition du bureau politique. Pis encore, Ouchen aurait même indiqué qu’il y aurait un risque d’hémorragie avec des départs annoncés de militants qui pourraient frapper aux portes d’autres formations politiques. D’ailleurs, apprend-on, cela fait des mois que lesdites antennes sont pratiquement à l’arrêt dans cette région.
Sous haute tension
Quand bien même ces «escarmouches» seraient de rigueur à chaque rentrée, il n’en demeure pas moins que cette fois cela intervient sur une toile de fond de tension au sein du parti. Surtout que l’on avance que des membres influents menaceraient de quitter le navire.
Et de «départs» justement, la démission de l’ancien secrétaire d’État à la formation professionnelle, Mohamed El Gherras, en septembre dernier, avait résonné comme le signal d’un malaise au sein du parti. C’est que malgré le fait qu’on le comptait parmi les proches du secrétaire général, et qu’il était considéré comme une étoile montante du parti, El Gherras était loin de penser que la voie lui soit barrée pour accéder au bureau politique.
En effet, même si l’intéressé n’avait pas explicité, dans sa lettre de démission, les raisons l’ayant poussé à jeter l’éponge, d’aucuns estiment que sa décision aurait été motivée, justement, pour cette raison alors même qu’il se considérait largement méritant. Selon des déclarations à certains médias, le dorénavant ancien cadre du MP a estimé que la direction du parti est plus encline à privilégier «les équilibres électoraux au détriment des compétences». Or, même à ce niveau, nombreux sont les observateurs qui relèvent que le MP, connu par le passé pour être «une redoutable machine électorale», aurait perdu de sa verve.
Aussi, le parti des héritiers de l’Amghar El Mahjoubi Aherdane est-il miné par des dissensions internes et des voix qui en veulent au nouveau patron pour sa gestion des affaires d’une formation dont la naissance remonte à 1958. Plus encore, le MP ne fait plus parler de lui qu’à travers les affaires devant la justice ou encore les confrontations intestines, dont la puissante secousse qui a ébranlé son antenne au niveau de Aïn Sebaâ. Une démission d’un élu local doublée d’accusations envers le président de l’arrondissement, et qui a fini par atterrir devant la justice. Un sacré coup à l’image de la formation et qui risque de peser lors des prochaines échéances électorales. Devant un tel imbroglio, la direction est restée muette, voire minimisait le problème en évoquant qu’il s’agit d’un différend personnel et qui n’entachera en rien l’image de l’Épi. Alors que certaines voix estiment que le «conseil des sages», dont la présidence a été confiée, en septembre dernier, au ténor Essaïd Ameskane, aurait pu intervenir pour enterrer la hache de guerre entre les deux harakis. D’autant que, parmi d’autres prérogatives, ledit conseil est habilité à intervenir pour régler les différends entre les membres du parti. Ceci se passe alors qu’on s’attendait à un sursaut de la formation politique comme cela a été promis par le nouveau chef de file. En effet, Ouzzine avait, à maintes reprises, indiqué qu’il est venu pour redorer le blason de son parti, dynamiser les sections – particulièrement la Chabiba harakie et l’organisation des femmes – et s’ouvrir sur de nouvelles compétences. Plus encore, au moment où le parti a été écarté de la majorité, le SG du MP, qui disait à qui veut bien l’entendre que la participation au gouvernement n’était pas une priorité pour lui, avait annoncé que cette «cure» de l’opposition était une «opportunité» pour le parti de se restructurer en vue de renforcer ses rangs, voire ses chances pour les échéances à venir.
Sauf qu’au rythme où vont les choses, l’Épi serait loin du compte. Et ce ne sont certainement pas les sorties cavalières de son secrétaire général, assaisonnées d’un discours populiste, ou encore sa gestion à la hussarde, en tant que 4e vice-président de la Chambre des députés, qui y changeront grand-chose.
Même si les circonstances ne sont pas les mêmes, on n’est pas loin du scénario de 2007, relèvent certains observateurs, lorsqu’un courant dit «réformateur» s’était insurgé contre l’ancienne direction du MP qu’il avait accusée de tous les torts, notamment en matière de «gestion du parti».
Pente raide
Longtemps considéré comme une machine électorale, notamment dans le monde rural, le Mouvement populaire donne, au fil des scrutins, des signes d’essoufflement. En effet, depuis les législatives de 2011, ses résultats sont sur une pente descendante. En cette année-là, le parti n’a pu envoyer que 32 députés à la première Chambre contre 41 en 2007, alors qu’il n’en a que 28 actuellement (un député de plus par rapport à 2016), et ce, en incluant ces deux membres poursuivis par la justice. Nommément l’ancien ministre Mohamed Moubdie et le «célèbre député -poète» Abdenbi El Aidoudi.
Reste à savoir si le parti pourrait se relever des divergences qui sont en train de le miner et risquent fort de porter préjudice à ses ambitions à revenir plus fort d’ici les prochaines échéances.
