Pouvoirs
Maroc-Royaume Uni : Un partenariat stratégique
Foncièrement inscrite dans une dynamique vertueuse, la coopération entre Rabat et Londres est sur une trajectoire du raffermissement. Les deux dernières semaines le confirment.
Le calendrier fait bien les choses. Du 2 au 7 mai, le Royaume-Uni était l’invité d’honneur de la 15e édition du Salon international de l’agriculture au Maroc. Un moment privilégié pour signifier l’importance de la relation bilatérale en matière agricole, en ces temps où la sécurité alimentaire est érigée en priorité partout. C’est aussi une opportunité pour creuser de nouveaux sillons sur le terrain fertile de la coopération bilatérale. Et ce sont pas moins d’une trentaine d’entreprises, opérant dans l’agro-technique, les machines, le développement durable, l’horticulture et la logistique qui ont fait le déplacement à Meknès.
Et pas pour rien. La délégation comptait également des d’experts venus partager leur know-how dans le domaine agricole, mais aussi des représentants du gouvernement britannique. Et c’est Lord Richard Benyon, ministre de l’Environnement, de l’alimentation et des affaires rurales, qui était à la tête de ladite délégation. Forcément, le Maroc devient progressivement l’un des principaux fournisseurs des rayons «Fruits et légumes» dans les grandes surfaces de ce pays.
C’est dire l’importance accordée par la partie british à sa participation remarquée lors de cet événement, mais aussi aux ambitions nourries pour donner un coup d’accélérateur à la coopération bilatérale.
48 heures après la clôture du SIAM, et là on passe à une autre dimension, c’est Lord Ahmad de Wimbledon, ministre d’État du Moyen-Orient, de l’Afrique du Nord, de l’Asie du Sud et des Nations unies du Royaume-Uni, qui atterrit à Rabat. Mardi 9 mai, se tenait la 4e session du Dialogue stratégique entre les deux pays sous la coprésidence du ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, et du haut responsable britannique. Un autre moment privilégié pour Rabat et Londres pour réaffirmer leur volonté commune de renforcer davantage le partenariat stratégique qui les lie. La Déclaration conjointe a livré non seulement l’ancrage des relations bilatérales, mais elle est aussi et surtout porteuse de la volonté partagée pour aller de l’avant dans une coopération multidimensionnelle qui couvre les aspects politique et diplomatique, économique, sécuritaire et autre culturel.
Dynamique vertueuse
Or, sur ces différentes facettes de la coopération, la convergence des points de vue est totale et les deux parties sont animées par la volonté d’approfondir le dialogue et leur coopération sur les questions bilatérales, régionales et internationales d’intérêt commun et les principaux défis stratégiques. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si Londres trouve en Rabat ce partenaire régional et international crédible et écouté qui plus est joue un rôle incontournable et est considéré comme un relais déterminant pour la stabilité, la paix et le développement dans la région et à l’échelle de la Méditerranée, de l’espace sahélo-saharien et de l’Afrique de l’Ouest. Entendez surtout le Maroc est la porte d’entrée de l’Afrique.
La dimension sécuritaire de la coopération a également été au menu de la rencontre. D’ailleurs les armées des deux pays ont déjà participé à plusieurs manœuvres et organisé des exercices conjoints. Plus même, par les termes de la Déclaration conjointe, le Maroc et le Royaume-Uni ont réitéré leur engagement mutuel à approfondir la coopération dans ce domaine, notamment en vue de faire face aux menaces sécuritaires mondiales. Et ce, que ce soit en matière de lutte contre le terrorisme, le crime organisé, la cybersécurité ou autres.
Il est clair que les deux partenaires entendent bien consacrer l’excellence de leurs relations en y insufflant une nouvelle impulsion. En effet, à la faveur de l’ambitieux programme commun en matière de commerce et d’investissement convenu lors du 2e Conseil d’association, tenu à Rabat en février dernier, s’appuyant sur le socle de l’Accord d’association post-Brexit, qui a été signé en 2019 et dont l’entrée en vigueur a été effective en janvier 2021, la dynamique est bel et bien enclenchée. Avec un intérêt tout particulier accordé au secteur de l’énergie, notamment les EnR où le Maroc détient le statut de leadership. Des deux côtés, on souligne que les perspectives sont prometteuses. Déjà que les échanges commerciaux ont emprunté ces dernières années un trend haussier appelé à se confirmer.
En effet, rien qu’en 2022 l’on a assisté à un bond spectaculaire lorsque ces échanges ont plafonné à pratiquement 23 milliards de dirhams, contre un peu plus de 15 milliards de dirhams en 2019. Rabat et Londres ne veulent pas en rester là et voudraient élargir le spectre de la coopération pour être au diapason du potentiel qu’elle recèle. Le nouvel arsenal de la promotion du partenariat devant se traduire dans les faits, et par les chiffres, dans les années à venir. Les deux parties y travaillent et les résultats devront suivre.
L’option anglo-saxonne…
La doctrine diplomatique marocaine a de tout temps privilégié le principe de la diversification dans ses relations avec les pays étrangers. Et ce, quand bien même d’aucuns laisseraient voir un «certain penchant plus souligné» du côté de la sphère francophone. Un état de fait plutôt compréhensible d’un point de vue historique. Mais ce n’est pas pour autant qu’il s’est installé dans un «franco-ostracisme». La preuve en est que ses liens avec le monde anglo-saxon n’ont jamais été «délaissés». Bien au contraire. Le Maroc, avec sa double façade maritime, est prédisposé à s’inscrire dans un élan de diversification. Même sur le continent africain, bien qu’ayant des relations particulières avec l’Afrique de l’Ouest, Rabat n’a pas négligé la sphère anglo-saxonne. Sauf que, au cours des dernières années, l’on a comme une nouvelle dynamique qui se confirme et qui tend vers «un plus d’intérêt» accordé au monde anglophone. Pour preuve, la forte évolution qu’ont connue les liens, entre autres, diplomatiques, économiques et sécuritaires avec les Etats-Unis d’Amérique, notamment à la faveur des accords stratégiques qui président à ses relations. Depuis, ces relations ont pu franchir le cap de l’«unijambisme», où on «traitait» davantage sur la dimension politique au détriment des autres aspects de cette relation. La même lecture pourrait s’appliquer aux liens entre Rabat et Londres. La configuration est en train de changer. Le foisonnement des accords et conventions avec ces deux partenaires, tous stratégiques, en même temps qu’avec Israël, en donne une illustration, tout comme la multiplication des échanges des visites de haut niveau sont des indicateurs qui ne trompent pas.
