Diplomatie
Maroc-France: Sept secteurs pour porter un partenariat nouvelle génération
Les domaines économiques dans lesquels les deux pays pourraient envisager une coopération win-win sont innombrables. L’investisseur français connaît bien le Maroc et il est sans doute au fait de ses nouvelles attentes. En voici quelques-unes.
Médecine, gériatrie… : L’économie florissante de la santé
Il y a un peu moins d’une année, en mai 2023, le groupe français STOA annonçait un investissement de près de 42 millions d’euros dans Oncorad, groupe marocain de cliniques privées, marquant ainsi un tournant stratégique en faveur des infrastructures médico-sociales. Ce n’est pas un investissement comme les autres. Nous parlons ici d’un fonds public créé en 2017 par la Caisse des dépôts et l’AFD, qui assure le financement des infrastructures dans les pays émergents et en développement. Signe que le secteur de la santé, en plein essor au Maroc, représente un gisement d’investissement pour le capital français aussi bien public que privé. Le Royaume, ayant généralisé l’accès aux soins pour tous les citoyens, avec le déploiement de l’AMO, constitue un marché à fort potentiel.
Le développement fulgurant de l’infrastructure hospitalière doublée d’une offre de formation riche et moderne, là encore aussi bien publique que privée, en fera sans doute un pays d’accueil pour les demandeurs de soins étrangers, les Africains en particulier. En partenariat avec la France, l’offre de soins au Maroc pourrait, ou plutôt devrait, s’étendre à un certain type de soins sur lequel la demande ira croissante dans les années à venir : la gériatrie. L’espérance de vie va en s’allongeant au Maroc, mais aussi dans les pays d’Afrique, ce qui rend pertinent le développement de cette branche d’activité au Maroc qui, rappelons-le, a ouvert il y a un peu moins d’une année sa première clinique spécialisée. Évidemment le secteur ne se limite pas aux offres de soins, mais des partenariats pourraient également être noués dans l’industrie pharmaceutique, la biotechnologie… La présence des géants français de l’industrie pharmaceutique au Maroc ne date pas d’aujourd’hui. Par contre, l’investissement en France d’un laboratoire national est un indicateur sur l’évolution de ce secteur au Maroc. Le Royaume étant en effet à peu de chose près de répondre à l’ensemble de ses besoins en médicaments et se voit en conséquence comme une plateforme industrielle pour les besoins de la souveraineté sanitaire de l’Afrique.
Industrie navale, le Maroc maritime en marche
Le chantier naval de Casablanca, dont les travaux ont pris fin en 2019, et qui est qualifié de premier rang en Afrique, est toujours en quête de gestionnaire. Un appel d’offres a été lancé, et pour l’heure, le groupe français Naval Group, spécialisé dans la construction navale et de défense, est seul en lice pour prendre en concession ce chantier.
Cependant, comme il a été souligné par certaines sources, des acteurs espagnols, turcs et sud-coréens pourraient bien faire leur entrée dans la compétition face au groupe français. Et si le projet, lancé en 2015 et qui constitue le fer de lance de la future industrie navale du Maroc, attise aujourd’hui les convoitises, c’est que ce secteur est promis à un bel essor. Le Maroc étant en passe de réunir les attributs d’une puissance maritime, la mise en place d’un écosystème de construction navale est des plus attendus.
Cela est encore plus vrai depuis que le Souverain a appelé, dans son discours du 6 novembre 2023, à lancer une réflexion sur la constitution d’une flotte nationale de marine marchande. Une flotte à la fois forte et compétitive. En plus du constructeur Naval Group, des opérateurs français ont déjà manifesté leur intérêt pour accompagner la mise en place d’un écosystème de l’industrie navale, mais aussi, et d’une manière globale, pour la promotion et le développement de l’économie bleue.
Rappelons qu’en 2018 déjà, une délégation du Groupement français des industries de construction et activités navales (GICAN) s’était rendue au Maroc et a manifesté un fort intérêt pour un secteur qui devrait mobiliser des milliards, sinon des dizaines de milliards de dirhams d’investissements. Le GICAN, faut-il le préciser, fédère plus de 180 industriels de la filière maritime française. Il réunit les opérateurs des chantiers navals, les équipementiers, les sous-traitants, les sociétés d’ingénierie, les architectes navals, entre autres.
Énergie et énergies vertes, le tout décarboné
La France l’affiche clairement. Elle est intéressée par l’investissement dans les énergies propres au Maroc. TotalEnergies est d’ailleurs l’un des premiers opérateurs à avoir manifesté son intérêt pour monter un projet de production de l’hydrogène vert. Son projet annoncé déjà en 2022 n’a pas encore été concrétisé, la donne ayant changé depuis, et le Maroc dispose aujourd’hui d’une «Offre» complète qui intéresse bien des pays, l’Allemagne à leur tête. Le projet de fourniture de l’électricité propre au Royaume-Uni porté par Xlinks a dû convaincre les opérateurs les plus sceptiques sur le potentiel du Royaume dans le domaine. Le lancement d’un vaste programme de dessalement de l’eau de mer ainsi que son choix irréversible pour une économie de plus en plus décarbonée fait que la demande sur les énergies non fossiles va crescendo et l’investissement aussi. La France, en retard sur ce secteur, tente de se rattraper, offrant de financer en partie la ligne de transport électrique THT d’une puissance de 3 gigawatts entre le sud et le centre du Maroc, dont la première phase sera mise en service en 2026. En même temps, Paris décide de rouvrir un dossier laissé dans les terroirs depuis des années, la coopération dans le nucléaire civil.
La France propose aujourd’hui au Maroc d’étudier la possibilité de se faire doter de réacteurs modulaires de plus petite taille (SMR) français pour le dessalement de l’eau de mer. Le Maroc avait manifesté son intérêt pour ce type de réacteur et la France saute sur l’occasion. Mais cela reste une technologie nouvelle encore au stade expérimental. Le nouveau plan gazier, dont l’Offre Maroc sera déclinée très prochainement, aura également toutes les chances d’attirer l’attention des investisseurs français, d’autant qu’il s’agit d’un projet global qui comprend la partie marocaine de la réalisation et l’exploitation du gazoduc Nigéria-Maroc.
Agroalimentaire et agro-industrie, autant en rapporte la terre
Le marché très juteux du cannabis licite ainsi que la transformation des produits du terroir, les plantes aromatiques et l’argan, des niches à très forte valeur ajoutée dans lesquelles le savoir-faire de l’industrie cosmétique française est sans doute le bienvenu, mais dans un esprit qui puisse aider les producteurs locaux à bénéficier pleinement des retombées financières de toute la chaine de valeur du business, de l’industrialisation à la commercialisation, liée à leur activité. Depuis sa dépénalisation, le Maroc n’est pas seulement une terre de production de cannabis, mais également un pôle d’innovation en matière de produits dérivés. Ce qui pourrait en faire le prochain eldorado du cannabis légal. Et ce n’est qu’un exemple de l’agro-industrie à forte valeur ajoutée.
Dans sa branche alimentaire, cette industrie, qui repose sur une agriculture de plus en plus performante et progressivement déconnectée des aléas de la météorologie, est promise à un avenir florissant. L’évolution des technologies d’irrigation et de fertilisation a pour corolaire de produire les usines de transformation agroalimentaire pour les besoins des marchés très demandeurs aussi bien en Europe qu’en Afrique au moment où le «made in Morocco» part à la conquête du monde. Un créneau porteur pour la coopération entre les deux pays, sachant que la France représente environ 60% des investissements dans le secteur. «L’agriculture est un pilier de la relation entre le Maroc et la France», dira à ce propos le ministre français de l’Agriculture et de la souveraineté alimentaire, Marc Fesneau, à l’occasion de la dernière édition du SIAM à Meknès. Une nouvelle feuille de route agricole et forestière entre le Maroc et la France a d’ailleurs été signée à l’occasion. Faut-il rappeler que l’agro-industrie est l’un des secteurs phares du Plan d’accélération industrielle du Maroc. Il connaît depuis près de 10 ans une croissance de l’ordre de 6% par an en moyenne et génère près de 5% du PIB national.
Tourisme et silver économie, le défi de concilier l’un avec l’autre
Le Maroc vient de lancer une nouvelle feuille de route pour le développement touristique. Ses résultats sont déjà palpables aujourd’hui. Les chiffres des arrivées explosent et l’offre est appelée à s’améliorer pour que cela se reflète nettement sur les recettes. Tout le monde le sait, la stratégie dévoilée en mars 2023, soit bien avant l’annonce de la coorganisation du Mondial 2030, a pour ambition de porter à 26 millions le nombre de voyageurs d’ici 2030. Avec le Mondial, ce chiffre sera largement dépassé. Aussi, plusieurs opérateurs, dont le français Accor, ont décidé de renforcer leur présence au Maroc et dupliquer leur offre en nombre de lits. Mais le tourisme ce n’est pas que des hôtels et des lits. C’est toute une industrie à part entière. Ce qui en fait, comme par le passé, un secteur porteur pour l’investissement français au Maroc.
Il est également un autre secteur, qui ne s’est pas encore développé au Maroc mais qui présente un réel potentiel de coopération entre les deux pays. La «silver économie» ou l’économie des seniors. C’est incontestablement une filière d’avenir incontestée et une promesse d’un supplément de croissance et d’emplois. Elle englobe une multitude d’activités économiques liées à la production, à la consommation et au commerce de biens et de services intéressant les personnes âgées. En France, un contrat filière pour la silver économie a été signé en 2013 pour en faire une vraie filière industrielle et créer un écosystème national et régional autour de ladite filière. Au Maroc, marché de la silver économie, vu sous l’angle des dépenses de consommation des personnes âgées de 60 ans et plus, représentait déjà environ 53 milliards de dirhams à la même époque, c’est-à-dire il y a dix ans. Il dépasserait les 640 milliards en 2050, soit un potentiel de développement de 7% en moyenne par an.
Industrie automobile, le poumon de l’économie
Dans le domaine de l’industrie automobile, la France a une place réservée. C’est grâce à l’écosystème Renault, puis Stellantis que le Royaume est devenu premier exportateur de véhicules automobiles en Europe. Cependant, comme l’a bien souligné le président du Medef, Patrick Dupoux, le 26 avril à Rabat, «l’énorme erreur serait de penser que la France a un quelconque pré carré au Maroc». Les entreprises françaises «doivent se battre, montrer qu’elles sont les meilleures». Comme c’est le cas d’un grand nombre de domaines, celui de l’automobile est en train de vivre une mutation profonde. Les EV montent en puissance et le Maroc a décidé fort heureusement de prendre le train en marche. Un écosystème de fabrication de batteries électriques est en train de s’installer, et contrairement à plusieurs pays qui ont franchi le pas, le Maroc prévoit de se doter de toute la chaine de valeur. Depuis les matières premières jusqu’au produit fini, en passant par l’industrie des composants et des matériaux.
La France compte bien accompagner cet élan.
En matière d’industrie automobile, a notamment souligné, également en avril dernier, le ministre de l’Économie, des Finances et de la souveraineté industrielle et numérique, Bruno Le Maire, «le passage aux véhicules électriques est porteur d’opportunités pour tout le monde. Nous pouvons répartir les charges de la production entre la France et le Maroc dans l’intérêt des deux pays et de celui des continents africain et européen». Des projets concrets devraient d’ailleurs être annoncés «dès qu’un certain nombre de choses soient clarifiées», relève le ministre sans plus de détails.
Le Royaume possède désormais 10 systèmes industriels liés à l’automobile, notamment dans les fils électriques, les batteries, les sièges et les pneus. Il a réussi surtout la prouesse d’attirer des investisseurs de partout dans le monde, d’Amérique, de l’Europe, de l’Asie et même de l’Afrique. Derrière la façade que constituent les deux groupes Renault et Stellantis gravitent pas moins de 250 fournisseurs de pièces automobiles, dont de gros producteurs chinois, américains, japonais et allemands, pour ne citer que ces quatre géants mondiaux.
Mondial 2030, catalyseur du développement et de la coopération
Les préparatifs de l’organisation de la Coupe du monde en 2030 englobent tout à la fois. L’année en elle-même représente un horizon pour de nombreuses stratégies et chantiers lancés dans le Royaume. L’un des plus importants qui intéresse plus particulièrement la France, c’est le transport. La branche ferroviaire plus spécialement.
Alors que le groupe français Alstom aspirait à prendre part à la ligne TGV Marrakech-Agadir, par la fourniture de trains, l’ONCF a lancé un appel d’offres pour l’acquisition de 120 wagons et locomotives. Dans la foulée, ce sont ainsi des lignes nationales, régionales et de RER qui sont programmées dans un vaste programme de renforcement et d’extension du réseau ferroviaire. Un programme qui va s’accompagner naturellement par la création d’un écosystème industriel dédié.
Pour marquant qu’il soit, ce chantier n’est pas le seul.
Outre la mobilité, aérienne, interurbaine et urbaine, l’organisation d’une coupe du monde est un marché évalué à 1.300 milliards de dirhams, qui prévoit également des infrastructures sportives et surtout une véritable transformation digitale. En termes d’économie numérique, il y a tout à faire. De l’investissement dans les réseaux et la connexion internet, fibre optique, 5G… au développement des services connectés. En plus du cahier des charges qui est clair sur ce sujet, le Royaume s’apprête d’ailleurs à lancer une stratégie numérique, ayant également pour horizon 2030.
Et rien que pour les ressources humaines nécessaires, il compte former pas moins de 100.000 jeunes. La stratégie «Maroc Digital 2030» se concentre sur la numérisation complète des services publics et la promotion de l’économie numérique.
Les objectifs incluent la création de 300.000 emplois et une contribution du secteur numérique au PIB national de 170 milliards de dirhams.
C’est dire que le domaine de la transformation digitale offre des opportunités pour la création de start-up et l’innovation, permettant aux deux pays d’œuvrer ensemble afin de stimuler l’ensemble de l’économie numérique.
