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Pouvoirs

La guerre contre la corruption est lancée

Les signaux ne mentent pas. Le Maroc vient d’engager une guerre contre la corruption. Tous les moyens sont mobilisés : data, actions de terrain, contribution des citoyens, enquêtes judiciaires… Le plan de bataille.

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Les récentes déclarations du ministre de l’Intérieur, Abdelouafi Laftit, en commission au Parlement ont suscité moult réactions et un vif débat. Beaucoup y voient le coup d’annonce d’une guerre sans merci contre la corruption, qui a déjà commencé au niveau de Casablanca, dit-il, et va s’étendre aux autres régions du Maroc.

Un audit est d’ailleurs déjà en cours au sein des instances élues de la métropole. Le ministre a déclaré en substance que toute personne ayant mis la main sur un bien communal, foncier ou financier, devra le rendre de gré ou de force.

«Nous ne négocierons pas. Et nous avons l’intention de remonter aussi loin, dans le temps, qu’il le faut et il faudra rendre des comptes au peuple», a martelé le ministre. Certains observateurs estiment que le ministre ne se serait pas exprimé de la sorte s’il n’était pas convaincu que les services de son département ne s’arrêteraient pas en milieu de chemin.

La réalité est qu’à son niveau, le ministère de l’Intérieur s’est déjà lancé dans la bataille contre la corruption, et d’une manière plus vaste contre la prévarication, le fameux «Fassad». Les collectivités territoriales étant par ailleurs souvent désignées dans les rapports et les enquêtes sur la corruption parmi les organismes où le fléau est très répandu.

Cela dit, les propos du ministre sont confortés par les mutations que connaît la politique institutionnelle de prévention et de lutte contre la corruption. Les signaux ne manquent pas.

En juin dernier, à peine nommé au poste, le nouveau président du ministère public a donné des instructions strictes à l’ensemble des magistrats du Parquet pour transmettre tous les rapports de la Cour des comptes et de l’Inspection générale de l’administration territoriale (IGAT, qui relève du ministère de l’Intérieur), contenant des dysfonctionnements de nature pénale, à la Brigade nationale de la police judiciaire (BNPJ) ainsi qu’aux brigades régionales, et à la Brigade nationale de la Gendarmerie royale (BNGR).

Deuxième signal fort, le 7 octobre 2025, l’Instance nationale pour la probité, la prévention et la lutte contre la corruption (INPPLC) et la DGSN-DGST signent un accord de partenariat qui va «au-delà d’un simple mécanisme de coopération technique». Cet accord vise, en effet, à renforcer le dispositif national de lutte contre la corruption.

Il jette les bases de la nouvelle approche de lutte contre la corruption au Maroc, qui consiste en la mise en place d’un mécanisme de complémentarité entre un organe de sécurité et une autorité constitutionnelle indépendante, l’INPPLC en l’occurrence. C’est justement à travers l’INPPLC, érigée en fer de lance de cette guerre anticorruption, que le Royaume entend changer d’abord la réalité sur le terrain et, ensuite et en conséquence, ses indicateurs mondiaux.

Ce fléau étant cité par ailleurs comme l’un des freins, sinon le principal frein à l’investissement. Avec cette guerre, non seulement l’impact négatif, mesuré en points de PIB, sera résorbé, mais cela entraînera une amélioration des flux des IDE.

Mesures concrètes
C’est ainsi que le Royaume entend, en premier lieu, développer un système national d’indicateurs quantitatifs et qualitatifs pour mesurer l’intégrité, suivre la corruption et évaluer l’efficacité des politiques publiques. C’est primordial pour définir le champ de bataille.

Concrètement, l’INPPLC envisage dès à présent de réaliser des études et des rapports thématiques périodiques contribuant à la production de connaissances et à l’amélioration de la décision publique en matière de prévention de la corruption. C’est un travail basique qui a toujours été le sien depuis sa création.

C’est par exemple que, pour commencer, l’Instance a décidé de contracter, via un appel d’offres, un cabinet d’études pour réaliser une cartographie de la corruption dans le secteur de la santé. Ce choix n’est pas fortuit, puisque d’après les différentes études et les rapports dédiés, c’est le secteur où la perception de la corruption est la plus forte.

Le cabinet a, en effet, été choisi, mais pour des raisons que tout le monde connaît, il faut attendre l’avis de la Commission nationale des marchés (au SGG) pour le lancement effectif de cette étude. Autre action concrète, l’Instance vient d’entamer, il y a quelques jours, un projet de création d’une base de connaissances nationale sur la corruption.

L’objectif est de «combler le déficit en indicateurs fiables et de centraliser les données dispersées relatives à ce phénomène», souligne-t-on auprès de l’institution.

Cette base devrait constituer un outil stratégique destiné à appuyer les missions de l’Observatoire – nouvel organe de l’Instance –, «chargé d’analyser les différentes formes de corruption dans les secteurs public et privé, de conduire des études de terrain et d’élaborer des indicateurs nationaux permettant de suivre l’évolution du phénomène et d’évaluer l’efficacité des politiques publiques».

Dans ce même ordre d’idées, il est prévu la mise en place d’un système national de signalement sécurisé de la corruption, en parallèle avec le déploiement d’initiatives de terrain ciblées «pour ancrer une culture de l’intégrité et s’ouvrir sur la jeunesse, la société civile et le monde».

Parmi les actions envisagées, on notera également la mise en place d’un système de vigilance juridique et institutionnelle pour détecter les lacunes législatives et réglementaires, et garantir l’adaptation continue du système juridique national afin qu’il réponde aux normes internationales en matière de lutte contre la corruption.

Il est aussi question, toujours sur le plan pratique, de renforcer les capacités des agents de l’Instance chargés des missions de recherche et d’investigation.

Stratégie en cours
Parmi les projets annoncés également lors de la présentation du budget de l’Instance à la première Chambre, la création et activation de représentations régionales pour consacrer la proximité et l’écoute territoriales.

L’INPPLC procédera, en outre, au lancement d’un sondage national numérique pour recenser les opinions, perceptions et expériences des citoyens concernant l’intégrité et la corruption dans le service public. Un centre d’appel spécialisé sera, par ailleurs, créé pour recevoir les signalements, plaintes et informations liés aux actes de corruption.

On l’aura noté, il s’agit d’une nouvelle approche. Une approche méthodique pour une meilleure connaissance du terrain, à travers l’Observatoire, créé au sein de l’Instance sous l’autorité du président. Cet observatoire assure, en vertu de la loi 46-19, plusieurs autres missions que les études et les enquêtes, dont notamment l’élaboration et le suivi régulier de l’évolution des indicateurs nationaux.

C’est là que rentre également la récente décision de mettre en place une «base de connaissance nationale sur la corruption». Cette démarche, est-il précisé auprès de l’Instance, «s’inscrit dans une vision stratégique visant à consolider la connaissance comme levier essentiel pour éclairer les politiques publiques, en optimiser l’efficacité et restaurer la confiance entre les citoyens et les institutions».

Cette base de données s’appuie, en premier lieu, sur les enquêtes réalisées directement par l’INPPLC, tout en incluant aussi les données des rapports institutionnels produits à l’échelle nationale et internationale, ainsi que les bases administratives issues des administrations publiques partenaires.

La nouvelle approche implique également les citoyens, via les études et les sondages, mais aussi les outils mis en place pour recueillir les plaintes et les dénonciations, ainsi que le centre d’appels.

La phase judiciaire, selon les nouvelles attributions de l’Instance, fait recours, grâce à son partenariat avec la DGSN, aux outils que cette dernière a mis à sa disposition.

C’est surtout une approche de complémentarité avec d’autres acteurs institutionnels, la circulaire adressée par le président du ministère public aux membres du Parquet concernant les rapports de la Cour des comptes, de l’IGAT, et logiquement de l’IGF, répond parfaitement à cette logique. L’objectif : Opérer une transformation radicale, réelle et durable qui fasse reculer rapidement et de manière tangible et visible la courbe de la corruption.