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Khalid Ziani : «Cette catastrophe a mis en évidence les nombreuses failles du secteur des télécoms»

Certains douars et villages d’Al Haouz sont peu couverts en réseau et en connexion internet. Le séisme n’a fait que montrer la partie visible de l’iceberg. Quelles leçons tirer de cette crise ?

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Le séisme de magnitude 7 sur l’échelle de Richter, qui a frappé la région d’Al Haouz le vendredi 8 septembre, a engendré d’énormes dégâts notamment dans les infrastructures de télécommunications. Cette région, déjà peu desservie en réseau, s’est davantage enclavée. Les autorités et les opérateurs télécoms n’ont pas lésiné sur les moyens et les efforts pour rétablir le réseau. Toutefois, cette crise a mis en évidence plusieurs failles structurelles qui auraient pu résoudre plusieurs problématiques télécoms dans cette région et qui, de manière générale, freinent le développement du secteur. Le point avec Khalid Ziani, expert en IT et télécoms.

Ça a fait le tour de la toile. Deux jeunes Marocains ont pu connecter et alimenter en électricité un village enclavé dans la région d’Ifourir grâce à l’internet satellitaire Starlink. Comment cette technologie peut-elle s’avérer utile lors de crises comme le séisme d’Al Haouz ?
Nous avons pu le constater dans l’exemple du village d’Ifourir. La technologie Starlink est parfaitement adaptée aux sinistres pour relier des villages qui sont coupés de tout, à la fois du réseau électrique mais également du réseau télécom. Le village d’Ifourir est un très bon exemple, car en installant une parabole Starlink et en la connectant avec des batteries, ces jeunes ont pu relier ce village et l’éclairer pendant les opérations de secours.
Donc, c’est extrêmement utile. Cette technologie est celle qui a été utilisée dans les théâtres d’opérations comme en Ukraine ou le séisme de Turquie, des cas où la connectivité et les câbles de fibre optique et de cuivre ont été coupés par le séisme ou les bombardements.

L’État marocain devrait-il privilégier cette solution, malgré les craintes d’accès à des données sensibles ?
L’État marocain doit privilégier cette option pour tous les services de secours et de protection civile. Il s’agit de connecter les régions sinistrées coupées du reste du monde. C’est le premier lien à rétablir dans les cas de crise et de sinistre, comme le séisme qui est survenu. Une fois ces régions sont connectées, toutes les formes d’aide peuvent arriver. On permet ainsi aux populations de communiquer leurs besoins immédiatement et leur venir en aide rapidement. De même, les kits de connexion Starlink sont très petits et transportables. Ils comportent également des batteries qui leur permettent de se passer du réseau électrique.

Mais ils restent chers…
Cette technologie ne coûte pas très cher si elle est concentrée uniquement sur les services de secours.
Ça ne va pas coûter un bras, contrairement à ce que l’on pourrait penser, puisqu’on peut prévoir un équipement Starlink par province ou région, où des villages sont coupés des télécoms.

Comment évaluez-vous la réaction des opérateurs télécoms au lendemain du séisme ?
Ils ont été réactifs et ont d’abord offert une heure de plus dans les forfaits. Ce qui a été important pour les personnes ensevelies pour que leurs téléphones puissent être bornés, en émettant des signaux vers les bandes télécoms, et qu’on puisse ainsi les localiser.
Cela a permis aussi aux familles de contacter leurs proches dans les zones sinistrées d’une manière gratuite. Mais, cela reste partiel, car la difficulté qu’ont eue les opérateurs, c’est l’absence d’un chef d’orchestre qui puisse mener une action commune. Malheureusement, ce n’est pas quelque chose qu’on décide du jour au lendemain. Il faut que la réglementation et la législation du secteur changent pour donner plus de pouvoirs et de prérogatives à l’Agence nationale de réglementation des télécommunications (ANRT). Le rôle de l’agence est réduit uniquement à ce que lui permet la réglementation des télécoms, qui est restreinte.

Il y a également le problème de mutualisation des infrastructures télécoms…
Effectivement, il n’existe pas d’opérateurs d’infrastructures qui s’occupent de manière exclusive de ces infrastructures et qui auraient pu se concentrer principalement sur leur rétablissement. On l’a bien constaté lors de cette catastrophe, puisque ces infrastructures télécoms ont été considérablement touchées.

L’ANRT a été décriée par certains, regrettant la non-opérationnalisation du roaming national. Qu’en pensez-vous ?
L’ANRT a pris plusieurs initiatives puisqu’elle a incité les opérateurs à tout mettre en œuvre pour aider les sinistrés. L’initiative d’ajouter une heure gratuite dans les forfaits a été prise grâce à l’ANRT. Concernant le roaming national, il a été instauré et il est opérationnel. Il faut savoir que le partage des antennes est en vigueur au Maroc depuis plusieurs années, dans les zones balnéaires par exemple. Tous les clients des opérateurs ont ainsi pu accéder aux bornes qui étaient encore opérationnelles. Toutefois, ce n’est pas suffisant, car la mutualisation des infrastructures terrestres, en l’occurrence le cuivre et la fibre optique, n’existe pas. Outre cette problématique, plusieurs douars sinistrés sont d’ailleurs peu couverts en réseau.Le modèle commercial des opérateurs télécoms fait qu’ils n’ont aucun intérêt d’aller connecter ou fibrer des zones rurales enclavées où ils auraient très peu de clients pour rentabiliser leur investissement. Cette problématique doit être résolue par l’État qui doit subventionner les zones blanches et enclavées qui ne peuvent pas assurer une rentabilité pour les opérateurs. Et c’est le rôle du Fonds du service universel des télécommunications qui doit répondre à cette problématique.

Quelles leçons tirer de cette crise ?
Le principal enseignement, c’est que la réglementation des télécommunications doit absolument changer. L’ANRT doit disposer de plus de pouvoirs et nous devons établir un nouveau modèle où des opérateurs d’infrastructures télécoms, subventionnés par l’État, revendent aux opérateurs télécoms. C’est le modèle utilisé dans les autres pays. Il faut un opérateur d’infrastructures qui permet de les mutualiser, assurer leur maintenance et leur rétablissement en cas de crise. Ce séisme a mis en évidence plusieurs failles du secteur des télécoms, notamment réglementaires, qu’on doit surmonter rapidement.