Pouvoirs
JO 2024 : L’expertise sécuritaire marocaine encore une fois sollicitée
Les yeux du monde seront tournés vers Paris qui doit relever le défi sécuritaire de cette fête sportive internationale des Jeux olympiques. Pourquoi l’expertise et l’aide des services de sécurité marocains sont-elles sollicitées pour prêter main-forte aux forces de l’ordre françaises ?
La flamme olympique est entrée à Paris et la tension est en train de monter dans la capitale parisienne. Après des années de préparation, de polémiques en tous genres, il reste un aspect sur lequel les pouvoirs publics français ainsi que les habitants de Paris demeurent inquiets: la sécurité globale de ces JO. Bien qu’il se concentre exclusivement à l’intérieur de la capitale française (à l’exception de la compétition de football), le dispositif sécuritaire doit englober plusieurs sites olympiques répartis sur un espace de 2.853,5 km², qui représente la ville de Paris intra-muros ainsi que l’ensemble des communes ayant une continuité de bâti autour de la capitale. Ainsi, les forces de l’ordre devront assurer aussi bien la sécurité des enceintes sportives à l’intérieur de Paris, comme le Stade de France ou le Centre aquatique olympique de Saint-Denis, que des quartiers et monuments prisés par les touristes comme les Champs-Élysées ou le Château de Versailles (qui se trouve à l’extérieur de Paris), mais également des infrastructures incontournables comme l’aéroport Charles De Gaulle, véritable point d’entrée à la capitale, situé à 23 km au nord-est de Paris.
La sécurité des JO inquiète les autorités françaises
Pour mener à bien cette mission hautement sensible et périlleuse, le gouvernement français a décidé de faire appel à la coopération internationale en demandant l’aide et le soutien de pays partenaires, reconnus pour leur niveau d’expertise élevé dans le domaine de la sûreté et la sécurité. La diversité des menaces protéiformes qui pèsent sur une compétition sportive mondiale, qui rassemble un nombre impressionnant d’athlètes et d’accompagnateurs, de touristes et de spectateurs ainsi que de hautes personnalités et de VIP, impose la prudence et la vigilance les plus extrêmes. Et ce qui rend la tâche encore plus difficile pour les forces de l’ordre du pays d’accueil, c’est qu’ils devront gérer des incidents et des actes délictueux ou criminels commis par des individus venant des quatre coins de la planète.
Avec la méconnaissance de la langue, des mœurs et coutumes de chacun et surtout des profils potentiellement dangereux de hooligans ou de pickpockets ou encore des modes d’action de groupes d’ultras déterminés à provoquer des échauffourées, les services de police auront plus de mal à gérer les fauteurs de troubles étrangers que nationaux. De ce fait, la coopération policière et sécuritaire interétatique est cruciale pour assurer la sécurité des événements de cette envergure.
Ce qui était le cas lors de la Coupe du monde au Qatar, vendue par les organisateurs comme «la plus sûre de l’histoire», pour faire taire les diverses polémiques autour des droits de l’homme et de l’empreinte écologique de cette compétition. Soucieux d’assurer la sécurité de plus de 1,5 million de visiteurs attendus, le Qatar avait à l’époque sollicité l’aide de la Turquie (avec 3.250 agents de police et forces spéciales) et de la France (200 experts de la police et de la gendarmerie), en vertu des accords de coopération existants entre le Qatar et ces deux partenaires historiques. Mais le contingent le plus important mobilisé fut incontestablement celui des services de sécurité marocains. En effet, suite à une visite à Doha d’Abdellatif Hammouchi, directeur général de la Sûreté nationale et de la surveillance du territoire, quelques mois avant le Mondial, durant laquelle il avait effectué une tournée à travers les principaux sites qui allaient abriter les différentes compétitions, il a été convenu que 6.000 cadres et agents de la police marocaine allaient collaborer avec les forces de l’ordre qataries dans les missions de «maintien de l’ordre, police cynotechnique et protection rapprochée» tout le long de ce Mondial. L’engagement, le savoir-faire et le professionnalisme des agents marocains, que les supporters marocains avaient eu le plaisir de côtoyer dans les stades et sites de cette compétition, avaient d’ailleurs été salués par l’Émir Al Thani à l’issue de la compétition qui avait exprimé la reconnaissance du peuple qatari envers le Royaume du Maroc pour cette collaboration fructueuse.
Le Maroc : Un allié fiable dans le domaine de la sécurité
C’est donc tout naturellement que les autorités françaises ont fait appel à leur tour à l’expertise marocaine pour leur prêter main-forte dans l’organisation du volet sécuritaire des JO de Paris. Mais ce n’était pas gagné d’avance : depuis la crise des visas qui visait à limiter les quotas pour les demandeurs marocains depuis l’automne 2021, les relations entre les deux pays s’étaient considérablement refroidies, sur fond de position ambiguë de Paris sur la souveraineté marocaine sur le Sahara. Mais finalement, l’enjeu sécuritaire, accompagné d’une volonté de la France de redynamiser ses échanges économiques avec le Maroc en investissant notamment dans les provinces du Sud à travers ses opérateurs économiques publics et privés, a fini par primer. Ainsi, Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur français qui avait été à l’origine de la crise des visas, s’est déplacé à Rabat le 23 avril 2024 pour rencontrer son homologue marocain Abdelouafi Laftit, accompagné du directeur général de la police nationale, Frédéric Veaux, et de celui de la gendarmerie nationale, Christian Rodriguez, pour demander le soutien et la collaboration des forces de l’ordre marocaines à cet événement. Il y avait péril dans la demeure en France, au regard des menaces multiples et des alertes sur la probabilité d’attaques terroristes sur l’Hexagone durant cette période extrêmement sensible.
Et pour s’y préparer, les autorités françaises ont exprimé clairement leurs besoins à travers la demande de soutien au ministre de l’Intérieur marocain : «L’envoi de policiers marocains, qui patrouilleront avec les forces de l’ordre dans l’Hexagone, mais aussi de démineurs, afin de doubler les capacités de déminage sur les sites où se dérouleront les compétitions. La ville de Saint-Étienne, où jouera l’équipe marocaine des U23 de football – les moins de 23 ans –, est notamment concernée», rapporte le journal « Le Monde » dans son édition du 23 avril 2024.
À la suite de cette visite, le ministre français de l’Intérieur a remercié son homologue marocain, Abdelouafi Laftit, «pour l’action de ses services et pour la coopération entre nos deux pays : sécurité, lutte contre le terrorisme, sécurité civile et aide pour les Jeux olympiques à Paris». Le ministère de l’intérieur marocain a par ailleurs confirmé, dans un communiqué, qu’un «appui opérationnel et logistique dans le cadre des préparatifs» de l’événement avait déjà lieu.
Le renseignement est le nerf de la guerre
Néanmoins, la coopération sécuritaire et policière comporte, en plus des éléments des forces de l’ordre en uniforme, une autre face cachée dont le rôle est tout aussi capital. En effet, l’expérience récente a montré que les renseignements fournis par les services marocains ont toujours été fiables et décisifs pour déjouer des attaques terroristes sur le sol européen ou américain. L’exemple de l’attentat du Bataclan du 13 novembre 2015 est le plus significatif : surprises et complètement déstabilisées par l’attaque coordonnée sur plusieurs cibles à la fois, les forces de l’ordre françaises avaient pu identifier et localiser le chef de cette cellule terroriste, Abdelhamid Abaaoud, grâce aux renseignements partagés par les services marocains. Cette aide précieuse a permis l’intervention des unités spéciales de la police (RAID) au logement qui leur servait de planque et l’élimination de ce terroriste en compagnie de ses complices, évitant ainsi d’autres attaques sanglantes de ces individus retranchés.
C’est donc tout naturellement que la communauté du renseignement du Royaume du Maroc, qui englobe les services de renseignement intérieur, extérieur et militaire, est régulièrement sollicitée par les partenaires du Maroc pour son expertise et sa connaissance approfondie des principaux groupes de combattants terroristes et des mouvances islamistes. Grâce aux efforts déployés par toutes les composantes de l’appareil sécuritaire et militaire du Royaume dans la lutte contre le terrorisme, la criminalité transfrontalière et les trafics illicites en tous genres, le Maroc s’impose comme un acteur incontournable dans la paix et la sécurité dans la région de l’Afrique et de la Méditerranée.
Abdellatif Hammouchi : La diplomatie sécuritaire en action
Le Royaume constitue désormais un partenaire privilégié, car l’expertise de haut niveau des services marocains est appréciée et sollicitée de toutes parts. Et pour renforcer les liens de cette coopération sécuritaire, les hauts responsables des services de renseignement et de police européens mais aussi arabes multiplient les réunions de travail avec Abdellatif Hammouchi, devenu par la force des choses un haut représentant de la diplomatie sécuritaire du Royaume. Ainsi, Hammouchi a effectué un déplacement à Londres en mars 2024 où il a notamment rencontré le chef du MI 5, le service de renseignement intérieur britannique, pour renforcer la coopération sécuritaire bilatérale entre les deux pays. En mai dernier, le directeur général de la Sûreté nationale avait été un des rares patrons des services de police étrangers à être invité aux célébrations officielles du 200e anniversaire de la création du corps de la police espagnole, avant d’être reçu par le Roi Felipe VI. Abdellatif Hammouchi a aussi tenu une réunion de travail à Rabat avec William Burns, patron de la CIA, le 7 avril, avant de rencontrer son homologue qatari le 24 avril dernier à Doha. Puis, durant le mois de juin, il s’est déplacé à Berlin pour une visite de deux jours au siège de la BKA, la police fédérale allemande, où il a été reçu par son directeur général, Dieter Romann. L’agenda rempli du patron de la police et du service de renseignement intérieur marocain traduit tout l’intérêt que portent les services de sécurité étrangère au renforcement de la coopération avec le Maroc, reconnu comme un partenaire privilégié pour mener de front la lutte contre les menaces terroristes et les organisations criminelles internationales tout en mettant en place un bouclier sécuritaire commun visant à se protéger contre les menaces transversales qui englobent également les menaces cyber, la guerre informationnelle et les risques de prolifération d’armes et d’ingérence politique menée par des États voyous.
