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Diplomatie

Instances de l’UA : La percée du Maroc en sept points

En très peu de temps, le Maroc a déjà contribué par son engagement à une nouvelle dynamique au sein des instances de l’UA. Il a réussi le pari de la neutralité de l’Union sur la question du Sahara.

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1 CPS, fin de la domination algérienne
Février 2022, le Maroc est réélu au sein du Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l’Union africaine pour un mandat de trois ans. L’élection du Maroc pour ce second mandat de trois ans après celui de 2018-2020 en tant que membre du CPS constitue une consécration des efforts de la diplomatie du Royaume au niveau du continent. Après cette désignation, validée par plus des deux tiers des votants, le Maroc se donne pour mission de jouer un rôle actif au sein de ce conseil et, in fine, le réformer afin de le rendre plus efficient. Précisons que le CPS est l’organe décisionnel permanent de l’Union africaine pour la prévention, la gestion et le règlement des conflits. Et l’Algérie a fait 5 mandats au CPS, soit 14 ans cumulés en tant que membre depuis 2004. Depuis la création de l’UA, l’Algérie n’est sortie du CPS que pendant 3 ans seulement. Plus encore, le même pays a dirigé le département Paix et sécurité depuis la création de l’Union africaine en 2002. On comprend maintenant pourquoi l’élection du Maroc à ce poste est si importante.
Le Royaume n’a siégé au CPS que pour deux ans entre 2018 et 2020, et pendant ce court mandat, il avait déjà réussi à améliorer les méthodes de travail et aidé à l’instauration de bonnes pratiques au sein du Conseil. Aujourd’hui, le Royaume veut voir sortir le CSP de son afro-centrisme et en faire un instrument porteur de la voix de l’Afrique auprès du concert des nations. Le Maroc appelle, en effet, à une meilleure coordination entre le Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l’UA et les membres non permanents africains du Conseil de sécurité. Cette coordination est nécessaire afin de renforcer la voix de l’Afrique au sein du Conseil de sécurité. En même temps le Royaume veille bien à ce que le CPS ne déraille pas de cette mission, c’est sans doute pour cela que, pour la première fois, le dernier rapport qu’il a soumis à la Commission ne contient aucune mention du conflit du Sahara.

2 Sommet de Nouakchott, exit l’envoyé spécial de l’UA
C’est la fin d’une aberration imposée par l’Algérie et ses alliés. Joaquim Alberto Chissano, l’ancien président du Mozambique, nommé par le Conseil de Paix et de sécurité en juin 2014, aura été le premier et dernier envoyé de l’UA pour le Sahara. Lors du Sommet de Nouakchott, fin juin 2018, les chefs d’État de l’UA, réunis à huis clos, ont désigné un «quartet» de trois présidents, ainsi que le président de la Commission pour tenter de trouver une solution au différend autour du Sahara. Exit donc «l’envoyé spécial», puisque c’est ce «mécanisme africain» qui va désormais être mis en place pour aider les Nations unies à résoudre leur conflit. La «troïka» des chefs d’État africains, avec laquelle le président de la Commission forme ce mécanisme, est formée du président en exercice de l’UA, son prédécesseur et son successeur. Ce n’est pas tout. Deux garde-fous ont été établis pour bien encadrer la mission de ce mécanisme. D’abord, cette initiative africaine ne se substituera point aux mécanismes onusiens. Elle doit se contenter de contribuer, à son niveau, aux efforts de l’Envoyé personnel du Secrétaire général de l’ONU pour le Sahara. Ensuite, et même au sein de l’UA, ce quartet élaborera un rapport qu’il soumettra exclusivement aux chefs d’État. Il va sans dire que l’idée consiste à éviter que ce conflit ne paralyse l’ensemble des institutions de l’UA.

3 Axe Alger-Abuja-Pretoria périclité
Le 3 décembre 2016, le Maroc et le Nigéria ont signé un traité d’investissement bilatéral, considéré par les experts en droit international comme un des plus innovants et des plus équitables jamais conclus. Du moins en Afrique. Il s’agit d’un instrument visant à favoriser des investissements viables d’un point de vue économique, social et environnemental. Le traité offre une protection aux investisseurs et comporte plusieurs dispositions novatrices qui redéfinissent la protection juridique des intérêts de toutes les parties prenantes. Sur le plan politique, en paraphant cet accord, le Maroc venait de briser l’axe Alger-Abuja-Pretoria, de loin le plus hostile à ses intérêts et son intégrité territoriale.
Plus encore, d’après plusieurs analystes, cet axe qui a été créé dans la foulée de la course à se présenter candidat à un poste de membre permanent au Conseil de sécurité au début des années 1990 était même motivé par des considérations hégémoniques à connotation économique et sécuritaire sur le plan régional. L’une des concrétisations sur le terrain de cette alliance était la construction du gazoduc transsaharien qui relie le Nigéria au nord de l’Algérie en passant par le Niger. Un projet mort-né. Des années durant, le Nigéria et l’Afrique du Sud ont toujours constitué pour l’Algérie des partenaires de choix avec lesquels ce pays partage des intérêts et sur lesquels il compte pour un appui inconditionnel au Polisario. Depuis 2016 donc ce pays s’est montré de plus en plus discret lorsqu’il s’agit d’exprimer son soutien au front séparatiste. Nul besoin de s’attarder sur l’évolution des relations, depuis, entre Rabat et Abuja. Au point que le Maroc est devenu un modèle. N’est-ce pas l’actuel Président, alors candidat à la magistrature suprême, qui a promis de «bâtir une nation comme le Maroc». Au Transsaharian Gaz Pipeline, le Nigéria a préféré un autre projet, le Gazoduc Maroc-Nigéria. Le projet a fait du chemin et, tout récemment, la compagnie pétrolière nationale a annoncé qu’elle va mettre sur la table une enveloppe de 12,5 milliards de dollars pour sa réalisation. Entre-temps, une usine de fertilisants réalisée par l’OCP est déjà entrée en production dans ce pays. C’est une démarche à quelque chose près qui a également été entreprise par le Maroc envers le Kenya, l’Éthiopie et la Tanzanie, trois autres grands soutiens du Polisario dans le continent. Aujourd’hui, c’est l’Angola qui s’est engagé sur la même trajectoire.

4 Ambassadeur de l’UMA, un coup qu’Alger n’a pas vu venir
L’UMA nomme une représentante auprès de la Commission de l’Union africaine, l’Algérie proteste avant d’être recadrée. L’information a fait le tour, dernièrement, de la plupart des rédactions africaines. Et pour cause, la nomination de la diplomate marocaine Amina Selmane comme représentante permanente de l’Union du Maghreb auprès de l’UA a déclenché à Alger une colère contre les deux organisations, régionale et continentale. L’UMA a réagi, tout de suite après, pour démonter une à une les allégations de la diplomatie algérienne.
Tout a commencé ce jeudi 13 avril lorsque le Président de la Commission de l’UA, Moussa Faki Mahamat, a reçu la diplomate marocaine, Amina Selmane, qui lui a présenté ses lettres de créance, en tant que représentante permanente de l’UMA auprès de la Commission. L’Algérie n’a certainement pas vu venir ce coup, puisqu’il lui a fallu trois jours pour réagir. Le 16 avril donc, elle exprime son profond étonnement face à la décision «désinvolte» et «irréfléchie» du Président de la Commission de recevoir les «lettres de créance de cette diplomate qui s’est présentée «faussement» comme représentante de l’UMA. Alger n’a pas tardé à recevoir la claque, qu’elle n’a pas non plus vu venir. Mardi 18 avril 2023, le Secrétariat général de l’UMA dit regretter les propos déplacés tenus par les autorités algériennes contre le Commissaire africain.
Il a rappelé que le cadre légal de l’UA stipule que les groupements régionaux doivent nommer un représentant permanent. Raison pour laquelle le Commissaire africain a reçu officiellement les lettres de créance présentées par Amina Selmane. L’UMA a également rappelé les règles de base de la diplomatie. «La diplomate marocaine travaille pour le compte de l’instance maghrébine et ne défend nullement les intérêts de son pays d’origine qui a soutenu sa candidature». Pour finir, le Secrétariat général n’a pas manqué de rappeler que sur les cinq pays de l’UMA, il n’y a que l’Algérie qui se dérobe à ses engagements. Alger n’a pas honoré ses contributions depuis 2016.

5 CAF, la pertinence de la diplomatie du football
Voilà une autre prouesse de la diplomatie marocaine. Vendredi 12 mars 2021, à Rabat, les associations membres de la Confédération africaine de football (CAF) ont voté à l’unanimité l’amendement de l’article 4 des statuts de l’instance. Depuis cet amendement, seuls les représentants des pays indépendants et membres de l’ONU sont admis au sein de la CAF. Passée inaperçue, la modification des statuts de la Confédération africaine de football est une victoire diplomatique du Maroc, puisqu’elle empêche une potentielle adhésion de la république fantoche du Polisario à la CAF. Le Polisario caressait, en effet, le rêve, soutenu par l’Algérie, de devenir membre à part entière de la CAF dans les années à venir. Ce vote a eu donc l’effet d’une douche froide. Cela dit, outre le Polisario, l’amendement des statuts de la CAF bloque une possible adhésion de Zanzibar ou encore du Somaliland. Il faut dire que pour le Maroc, ce vote a été l’aboutissement d’une longue opération de lobbying menée par le président de la FRMF depuis son élection à l’organe exécutif de la Confédération. Le Royaume, rappelons-le, a œuvré pour aider les différents candidats à s’entendre sur un vote consensuel en faveur du Sud-Africain Patrice Motsepe. Et l’amendement de l’article 4 des statuts de la Confédération a tout d’un retour d’ascenseur de la part du nouveau président de la CAF. Second cadeau fait au Maroc lors de cette assemblée générale : l’élection de Fouzi Lekjaa comme membre du Conseil de la FIFA. Réaction d’une Algérie en rage dont la diplomatie est manifestement dépassée par les évènements, le limogeage du président de sa Fédération du football. Le dirigeant algérien a, comme ses pairs africains, voté à l’unanimité l’amendement de l’article 4 des statuts de la CAF.

6 Appel de Tanger, une initiative qui fait son chemin
Depuis le début, l’un des objectifs du Maroc en réintégrant l’UA. c’est d’en éjecter le Polisario. Mais c’est un travail qui doit être fait dans les règles de l’art. Dans la patience et surtout pas de manière directe. L’appel de Tanger s’inscrit sans doute dans cette démarche. C’est à l’occasion des travaux du quatorzième Forum MEDays, vendredi 4 novembre 2022, que l’«Appel de Tanger» a été lancé. Cet appel solennel à l’expulsion de la pseudo-RASD de l’Union africaine a été lancé par des ex-Premiers ministres et anciens ministres des Affaires étrangères africains ayant pris part à ce Forum. L’appel a eu beaucoup d’échos. Les derniers pays, trois au total, à y avoir adhéré l’ont fait en janvier dernier.
Avec ces nouveaux pays, le nombre de signataires s’élève désormais à 19 pays. A cette occasion les signataires ont réitéré leur «engagement, plein et entier, à œuvrer de concert et en coordination en faveur de l’exclusion de cette entité non étatique de l’Union Africaine». Les anciens Premiers ministres et anciens ministres africains des AE ont également estimé que cette exclusion, légitime d’un point de vue légal, ne doit en aucun cas être considérée comme un objectif inatteignable, et ce pour le simple fait qu’elle s’insère dans une dynamique continentale et internationale favorable.
Une dynamique où le réalisme et le pragmatisme prévalent. Cette exclusion représente un prérequis indispensable au retour de l’impartialité et de la crédibilité de l’Organisation panafricaine sur la question du Sahara marocain.

7 Coopération Afrique-Monde, Polisario persona non grata
Août 2022, la Tunisie accueille la 8e Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique (TICAD) et, à l’occasion, le chef de la milice du Polisario auquel a été réservé un accueil officiel. Une rupture. Le Maroc a boycotté l’évènement et suspendu ses relations diplomatiques avec ce pays. On le sait, l’initiative tunisienne a été préalablement préparée et ce pays naguère neutre passe sous l’emprise de la junte militaire au pouvoir à Alger. Le Japon a condamné le geste de la Tunisie et rejeté la participation du Polisario. Mais le mal est fait. Le Japon n’y est certes pas pour rien. Soit. Cependant d’autres pays ont bien pris conscience de l’extrême sensibilité de ce sujet qui, aujourd’hui, il faut le dire, divise plus qu’il ne rassemble en Afrique. L’Inde l’a déjà compris, en 2015 le Sommet Afrique-Inde s’est tenu sans le Polisario. La Chine également. Pareil pour la Turquie. La Russie, de même. En 2019, lors du Sommet de Sotchi, Moscou a décidé que seuls les pays africains membres de l’ONU y soient représentés.
Ce sera sans doute pas le cas pour le prochain sommet prévu en juillet. Nul besoin de rappeler, parce que cela coule de source, que le mouvement séparatiste n’a pas pris part au Sommet USA-Afrique, tenu en décembre 2022 à Washington. Jusqu’ici, et hormis le cas de la 8e TICAD, seule l’Union européenne a cédé aux pressions de l’Algérie et de l’Afrique du Sud pour inclure le Polisario aux Sommets UE-UA, le dernier en février 2022, sous prétexte qu’il est membre de l’Union africaine.