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Diplomatie

Incident de Saïdia : comment Alger s’est retrouvé dans le pétrin

Le drame survenu aux frontières des eaux territoriales, provoquant la mort de deux jeunes Marocains tombés sous les balles des garde-côtes algériens, aura de graves incidences sur le régime au pouvoir.

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En tirant aveuglément sur les quatre jet-skieurs, et en assassinant deux, dont un Franco-Marocain, et en arrêtant un autre, les garde-côtes algériens ne savaient pas qu’ils dégoupillaient, en même temps, une bombe dans les bottes du régime en place. Les faits. Mardi 29 août, en début de soirée, les «Forces navales» algériennes tirent à balles réelles sur les quatre vacanciers marocains aux frontières des eaux territoriales au large de Saïdia. Deux jeunes y perdent la vie. La dépouille de l’une des victimes a été repêchée dans les eaux marocaines, alors que l’autre cadavre a échoué en Algérie. Une troisième victime a été arrêtée par les fusiliers marins algériens, alors que la dernière a été secourue par la Marine Royale.

Enquêtes et poursuites en cours
En effet, outre le tollé d’indignations qu’a suscité cet acte ignoble, l’Algérie devra faire face à des implications qui dépassent de loin le cadre bilatéral. Ainsi, lundi 4 septembre, le parquet de Paris annonce l’ouverture d’une enquête «miroir» à l’enquête du parquet marocain d’Oujda, en vue de déterminer les circonstances de l’assassinat des deux vacanciers, et qui a été confiée à la brigade criminelle de la police judiciaire parisienne. Et c’est du lourd. En effet, ladite enquête a été ouverte pour «homicide volontaire».

Dans la même lignée des premières incidences de ce crime odieux, les familles des deux victimes ont annoncé, dès dimanche dernier, le dépôt d’une plainte auprès des autorités judiciaires de la capitale de l’Hexagone pour «assassinat aggravé, tentative d’assassinat aggravé, détournement de navire et non-assistance à personne en danger».
Or, à ce niveau-là, on arrive à une autre dimension qui touche, notamment, à un aspect transnational qui renvoie au droit maritime.

Le droit international bafoué
En effet, l’armée algérienne, dont dépend le corps des garde-côtes, a tout simplement bafoué l’obligation de prêter assistance en mer inscrite à l’article 98, paragraphe 1, de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer, qui remonte à 1982. Celle-ci stipule que «tout État exige du capitaine d’un navire battant son pavillon que… a) il prête assistance à quiconque est trouvé en péril en mer ; b) il se porte aussi vite que possible au secours des personnes en détresse s’il est informé qu’elles ont besoin d’assistance, dans la mesure où l’on peut raisonnablement s’attendre qu’il agisse de la sorte…».

Or, sur la foi des déclarations du vacancier qui a pu se soustraire des garde-côtes, les victimes se sont égarées en mer lors de leur sortie. La règle aurait voulu qu’ils soient secourus. Du côté de l’Algérie, on a opté pour le pire. Et ce ne sont pas les termes du communiqué du ministère de la Défense algérien qui y changeront grand-chose. Pis, après avoir tergiversé au départ, ledit communiqué ne fait qu’enfoncer davantage le régime puisque, ni plus ni moins, il s’agit d’un aveu que ce sont bel et bien les garde-côtes algériens qui ont abattu les victimes ! Cela quand ce n’est pas un aveu – un autre – de faiblesse ou de manque de compétence de ce corps d’armée qui, pourtant équipé de zodiacs ultrarapides et suréquipés, n’arrive pas, selon les termes du communiqué, à arraisonner de vulgaires engins de plaisance que sont les jet-skis.

Le droit à la vie piétiné
Ce n’est pas fini ! Un autre aspect et non des moindres relève des droits de l’Homme cette fois-ci. C’est d’ailleurs ce que souligne le Conseil national des droits de l’Homme. En effet, dans un communiqué, daté du lundi 4 septembre, le CNDH condamne dans les plus fermes termes l’usage des balles réelles contre des citoyens sans défense au lieu de leur porter secours comme cela est d’usage de par les normes internationales. D’où découle, précise-t-on auprès du Conseil, une flagrante violation du droit international sur les droits de l’Homme.

Plus encore, pour le CNDH, il est également question d’une non moins flagrante violation de ces droits et d’une privation du droit à la vie, «qui est un droit absolu et protégé, quelles que soient les circonstances». D’autant que là nous sommes face à un cas d’espèce d’exécution sommaire, sans aucun jugement, condamné par toutes les lois internationales.

Mais, il n’y a pas que cela. En effet, le CNDH a tenu à exprimer son étonnement face à la rapidité avec laquelle s’est déroulé un semblant de procès d’Ismail Sanabi, arrêté par les autorités algériennes, qui a été condamné à 18 mois de prison. Une mascarade de plus qui en rappelle tant d’autres, dont font les frais même les Algériens.

Dans le même registre des incidences de ce drame, qui a choqué à grande échelle, à la faveur des répercussions médiatiques, il y a même des voix qui s’élèvent en appelant à porter l’affaire devant les instances internationales.


AUTRES MŒURS, AUTRES COMPORTEMENTS

Le comportement hideux des garde-côtes algériens, bien qu’il ne soit pas le premier de son genre, n’est pas sans renvoyer vers d’autres garde-côtes respectueux des conventions internationales. Un exemple, parmi d’autres, est celui de nos voisins du Nord. Bien que pris dans l’engrenage de l’immigration clandestine, les médias font souvent écho d’opérations de sauvetage, de même que les migrants sont souvent pris en charge dans des centres avant leur extradition. C’est le cas aussi de l’Italie. Quant au Maroc, il fait figure de modèle en la matière. Le cas de l’une des toutes récentes opérations. En effet, dans le cadre de ses missions d’assistance et de sauvetage en mer, un patrouilleur de haute mer de la Marine Royale a intercepté, le 5 août dernier, au niveau des eaux sous juridiction nationale du sud du Royaume, au large de Guerguerate, une pirogue en difficulté avec à son bord 194 candidats à l’immigration irrégulière. Après avoir été transbordés, les migrants ont été acheminés vers le port de Dakhla. Les personnes secourues ont reçu, de l’Unité de la Marine Royale, les premiers soins avant d’être ramenées saines et sauves au port de Dakhla, le 6 du même mois. Certaines d’entre elles, qui étaient dans un état critique, ont été évacuées à l’hôpital Hassan II de Dakhla.