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«Hizbicules» : Récit de démembrements annoncés
Sur la scène politique marocaine, il y a comme une règle qui consiste à gérer les «différences d’appréciation» par les scissions.
Aux dernières nouvelles, le FFD pourrait en faire les frais. Et ce n’est pas une première. Éclairages.
Il y a comme une sorte de tentation au sein du landerneau politique marocain où tout un chacun veut être calife à la place du calife. Et quand ça rate, on se crée son «propre califat». Or, tout ce qui se crée vite s’évanouit à la même vitesse. Et même quand la «création» tient, plus ou moins, dans la durée, il y a toujours de fortes chances qu’on ne fasse que dans la figuration sur la scène.
Dans quelques semaines, voire des mois, la scène politique marocaine pourrait bien voir la naissance d’un nouveau parti sur son flanc gauche. En effet, ils sont plusieurs membres du FFD (Front des forces démocratiques), né d’une scission du PPS en 1997, à se préparer à lancer une nouvelle enseigne sous l’appellation «Alternative démocratique et sociale».
Actuellement à la phase «échauffement», les meneurs du projet avancent que le parti à naître devra compter des militants en désaccord avec l’actuelle direction du parti, ainsi que d’anciens du PPS. Déjà que le parti de l’olivier a du mal à s’imposer comme une force de référence, avec une représentativité parlementaire qui s’érode au fil des législatures (de 9/325 députés en 1997, il n’en est qu’à 3/395), on ne sait trop ce qu’il en sera pour les années à venir, encore moins pour cette nouvelle «excroissance».
Toujours est-il qu’il s’agit bel et bien d’un phénomène avec lequel on a «normalisé». Et l’histoire des scissions vécues par l’USFFP en livre la démonstration «grandeur nature».
Tournants qui donnent le tournis
On doit encore s’en souvenir. Nous sommes en 2001. Au terme d’un 6e congrès pour le moins houleux, les amis du tandem Sassi-Hafid se constitueront en association, «fidélité à la démocratie», alors que le duo Bouzoubaâ-Amaoui, en compagnie d’autres membres du front de la fronde constitué contre feu Abderrahmane Youssoufi, prendront leurs clics et leurs claques pour former le Congrès national ittihadi (CNI). Contrairement à ses ambitions justifiées par la force de frappe qu’était la CDT, le CNI n’obtiendra pas plus d’un siège aux législatives de 2002. Pis encore. Suite à une bisbille entre ses deux meneurs, dont les affrontements pour le «leadership» ont fait les choux gras des médias, le CNI finira par «éclater». Feu Abdelmajid Bouzoubaâ claque la porte et crée sa propre formation, le Parti socialiste, en 2006. Même si Bouzoubaâ croyait pouvoir compter sur sa prééminence dans le secteur de la santé dans la CDT, dont il présidait aux destinées, il ne décrochera que deux sièges aux législatives de 2007 et n’obtiendra que cinq plus tard. Après, il sombrera dans l’oubli et on ne s’en souviendra qu’en 2013, lorsqu’une annonce a été faite d’une fusion tripartite entre l’USFP, le PT et le PS. Une page est tournée !
Le sort du CNI n’est pas plus brillant en la matière. La démonstration par les faits. En effet, malgré la coalition créée avec le Parti de l’avant-garde démocratique socialiste (PADS), les coalisés avec le PSU, où on retrouvait des membres de «fidélité à la démocratie», ne feront pas grand effet au scrutin législatif de 2007 avec à peine six sièges au compteur. «Beaucoup de bruit pour rien», disaient les commentateurs. Après des années de tentatives de regroupement ratées, ces trois partis se formeront en une nouvelle coalition, sous l’appellation FGD (Fédération de la gauche démocratique), que le PSU ne tardera pas de quitter, alors que les deux autres formations créent, en 2021, l’Alliance de la fédération de gauche. En vue d’éviter le choc des égos, le bureau politique de ladite Alliance, «dans un élan consensuel», confiera le secrétariat général à Abdeslam Laâziz (ex-SG du CNI) et votera pour Ali Boutouala (ex-SG du PADS) en tant que secrétaire général adjoint.
Au sein de la même matrice de l’USFP sortira, en 2005, le parti travailliste (PT), mené par le trio Abdelkrim Benatiq, Omar Seghrouchni et Mohammed El Ouchari. Mais, c’est surtout Benatiq qui assurera la visibilité sur la scène politique. Un Benatiq dont on connaissait l’ambition de gravir les échelons. Coup de théâtre, néanmoins, en 2013. Le parti est «auto-dissous» et ses leaders rejoignent la «maison mère» sous la direction de Driss Lachgar. Ceci dit, les subdivisions ne concernent pas uniquement les «descendants» du parti de la Rose. L’Organisation de l’action démocratique et populaire (OADP), alors dirigée par Mohamed Bensaid Aït Idder, a aussi connu sa part des scissions. En plein débat sur la révision constitutionnelle de 1996, une partie des dirigeants, favorables aux changements apportés, est en désaccord avec Aït Idder. Le débat en interne s’exacerbe au point que le groupe constitué de ces dirigeants, mené par Aïssa Ouardighi, décide de quitter la maison en créant, cette même année, le Parti socialiste démocratique (PSD).
Aux législatives de 2007, l’OADP gagnera un seul siège, celui de son leader, alors que le PSD a pu envoyer 5 de ses membres à la première Chambre et 6 en 2002. Suivra tout un débat au sein du PSD qui a fini par décider de mettre la clé sous le paillasson, en 2007, et rejoindre les rangs de l’USFP. L’OADP, aussi, disparaîtra des radars en fusionnant avec d’autres groupuscules de la mouvance de l’extrême gauche. Le parti aux quatre bougies voit le jour, en 2005, sous la dénomination de PSU, après avoir enterré la Gauche socialiste unifiée (GSU). Et c’est un tout autre récit auquel on assistera, jusqu’au moment où Nabila Mounib, tout en gardant la parenté du nom, décide de faire cavalier seul, en 2020, en se retirant de la nouvelle constellation dénommée FGD.
Le PJD n’est pas en reste. En effet, en 2005, Mohamed Khalidi, accompagné d’autres «transfuges» d’autres formations politiques, quitte le parti de la Lampe et lance sa propre enseigne, le Parti du renouveau et de la vertu (PRV), une formation dont il est secrétaire général depuis sa création. Un «hizbicule» qui semble faire du surplace sur la scène politique. Retour au PJD. Voilà un parti qui, après la cinglante défaite de septembre 2021, n’est pas encore sorti du choc. Plus encore. Depuis le retour aux manettes de Abdelilah Benkirane, c’est pour le moins l’«hémorragie silencieuse». Nombreuses sont, en fait, les têtes d’affiche qu’on ne voit plus et qui ont choisi de «se distancier du parti de la Lampe». À l’image de Aziz Rebbah, Abdelkader Amara ou encore Mostafa El Khalfi, pour ne parler que de ceux qui sont passés par la case «ministre».
Maintenant, plus les échéances de 2026 approchent, plus on risque d’avoir des surprises. Wait and see !
Du surplace !
Dire que la scène politique est balkanisée relève de la litote. Mais, le hic, le vrai, est qu’il y a des formations dont on n’entend parler qu’à la veille des échéances électorales. Et elles constituent l’écrasante majorité sans que l’on soupçonne le moindre impact sur l’évolution de l’encadrement politique des citoyens. Pourtant, les enseignes se multiplient au gré de «la volonté» de leurs initiateurs. Un cas parmi d’autres : «Le Collectif pour la patrie». Juillet 2011, Hassan Ida Said, qui présidait la commission préparatoire du congrès constitutif, annonce, en grande pompe, l’avènement d’un nouveau parti. Se revendiquant du «centre», cette formation, qui n’a pas vu le jour, devait avoir pour particularité de se concentrer sur les questions de la diaspora. Et puis, il y a une autre expérience qui a fait, elle aussi, long feu : «Tamount». En 2016, un groupement d’activistes et autres associatifs du mouvement amazigh ont tenté la création d’un parti. Pourtant, la loi est claire en la matière : «Est nulle toute constitution d’un parti politique fondée sur une base religieuse, linguistique, ethnique ou régionale (…)». Les initiateurs cherchent une alternative en frappant à la porte du parti Renouveau et équité (PRE) de Chaquir Achahbar, dont la création remonte à 2002 qu’ils voulaient «phagocyter». Pas de bol ! Il ne s’est rien passé.