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En Couv’. Santé et enseignement : Plus qu’une réforme sectorielle

Au-delà d’une réforme profonde qui prend progressivement forme sur le terrain, l’enseignement et la santé représentent un exemple concret de la régionalisation avancée. Une esquisse de ce que sera le Maroc de demain.

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La santé et l’enseignement incarnent une transformation de fond dans la gouvernance du pays. Avec l’entrée en service du Groupement sanitaire territorial de Tanger-Tétouan-Al Hoceima (GST TTA), depuis le 1er octobre et ceux des autres régions à compter du début de l’année 2026, l’on assiste à une révolution dans la politique sanitaire du pays.

Une vision de régionalisation avancée de la Santé, qui va être complétée par une nouvelle carte sanitaire, qui plus est digitalisée, intégrant également le secteur privé. La carte sanitaire digitalisée fera également office d’un outil proactif de pilotage et d’alerte, permettant l’anticipation et la détection rapide des déséquilibres (sous-dotation, surcharges…).

Une vision qui peut être imagée en un linéaire allant depuis le centre de santé de proximité – le Maroc en compte actuellement 3.000 dont près de la moitié, soit 1.400, seront bientôt totalement réhabilités, rénovés et équipés, disséminés à travers les 82 provinces du Royaume – jusqu’aux établissements de troisième degré, les CHU – un dans chaque région – offrant des soins spécialisés et complexes et plus avancés.

La panoplie est enrichie par des unités mobiles de soins, déjà opérationnelles. L’objectif est de quadriller tout le pays, avec le même niveau d’accueil et de qualité de soins partout. Cela, tout en tenant compte des spécificités épidémiologiques de chaque région et zone géographique. En d’autres termes, l’ingénierie de l’offre de soins va répondre, non pas à une logique centralisée, mais aux attentes et besoins réels des habitants de chaque région.

Dans l’enseignement, et depuis la mise en œuvre effective de la réforme et l’instauration du modèle des écoles pionnières en phase de généralisation à tous les niveaux, la logique va plus loin.

Avec la méthode TaRL, introduite il y a deux ans, l’on arrive à répondre aux besoins, en termes d’apprentissage, de chaque élève. Il n’est pas difficile non plus de faire le parallèle entre les GST et les AREF, qui représentent des entités régionales autonomes au niveau desquelles est établie notamment la carte scolaire de chaque région par les services d’orientation pédagogique.

Les similitudes ne se limitent pas à ce stade, le système Massar, aujourd’hui pris comme référence par la CNSS, ou encore le programme des aides directes, trouve sa réplique dans le Dossier patient partagé (DPP), qui, avec la Feuille de soins électronique (FSE), sera généralisé au cours de l’année prochaine.

Pour faire court, les deux outils numériques adossés au Système d’information hospitalier (SIH), également en cours de déploiement, et connectés à la base de données de la CNSS, vont non seulement simplifier les procédures administratives mais révolutionner l’offre de soins dans notre pays. Le patient sera identifié par la CNIE au niveau de l’accueil des établissements hospitaliers et sera suivi jusqu’à la fin du parcours.

Ce parcours patient, 100% digitalisé, de la prise de RDV jusqu’à la délivrance des médicaments en pharmacie, est actuellement en cours d’expérimentation au sein du GST TTA. Sa généralisation ne va pas tarder.

Le tout digital en marche
Il va sans dire que le papier va disparaître complètement du circuit, et, autre avantage de taille, le patient pourra être remboursé rapidement et même progressivement en fonction des dépenses engagées. Les affiliés au régime AMO-Tadamon étant, eux, pris en charge par l’État.

Notons au passage que contrairement au Ramed qui, sur le terrain, s’est traduit par une discrimination flagrante entre ceux qui ont les moyens de payer leurs soins (ou pris en charge par une mutuelle) et ceux qui n’en ont pas, l’AMO-Tadamon ouvre aux affiliés l’accès au même niveau de soins dans tous les établissements, publics ou privés, que tous les autres patients couverts par une assurance maladie.

Une démocratisation des soins, en somme. Le déploiement, également imminent, de la téléconsultation dans plusieurs régions via des unités mobiles connectées, dans les zones rurales et enclavées, va consacrer, à son tour, la démocratie territoriale de l’accès à la santé, puisque ces unités équipées offrent le même niveau de soins qu’un centre hospitalier.

Au niveau de la gouvernance, une phrase lancée en l’air, récemment, par le ministre en dit long sur les orientations du département de la Santé en la matière. Dans le nouvel organigramme sur lequel il a travaillé depuis sa nomination et qui vient d’être adopté par le Conseil de gouvernement, un directeur d’hôpital aura par exemple le rang d’un chef de service à l’administration centrale du ministère.

L’équivalence entre les postes centraux et ceux régionaux sera sans doute de mise pour les autres niveaux, c’est la traduction dans la réalité de la déconcentration administrative. La digitalisation en cours permettra au passage de régler également les problèmes de disponibilité des médicaments et contribuer à la souveraineté pharmaceutique.

Reste à rendre l’hôpital public aussi sinon plus attrayant que le privé (par ailleurs un engagement du chef du gouvernement) tout comme l’école pionnière n’a aujourd’hui rien à envier aux établissements scolaires privés. Des investissements conséquents ont déjà été déployés pour la modernisation et l’équipement des hôpitaux.

Pour les ressources humaines, en plus des efforts en matière de formation, le ministère planche sur un système de rémunération évolutive censé attirer plus de médecins vers le public. Pour faire simple, tous les médecins toucheront un salaire de base et ceux qui travaillent plus vont toucher encore plus à la fin du mois.

Le modèle de la rémunération variable est en cours de finalisation, pour un déploiement prévu en janvier 2026 au niveau du GST de Tanger-Tétouan-Al Hoceima. Sa généralisation n’est qu’une question de temps.

C’est pour dire que la lame de fond est là, aujourd’hui avec la santé et l’enseignement, un peu avant la justice, la régionalisation avancée devient non seulement un cadre institutionnel et des conseils élus, mais aussi une réalité sur le terrain.


Les priorités pour 2026
Il est quasiment certain que le gouvernement va prendre de nouvelles et importantes mesures concernant les deux secteurs. Ces mesures devraient être annoncées à l’occasion de l’adoption des grandes lignes du projet de Loi de finances 2026 et seront détaillées lors de l’examen du texte au Parlement.

N’empêche, les deux départements concernés ont déjà dans le pipe plusieurs priorités. Dans la santé par exemple, il s’agit de la généralisation du Dossier patient partagé (DPP) à l’échelle nationale et du déploiement national de la Feuille de soins électronique (FSE) avec la CNSS. Il est également prévu l’extension du modèle GST TTA à d’autres régions pilotes et la convergence nationale des SIH.

Dans l’enseignement, en plus du programme de construction des établissements scolaires en cours, le ministère s’emploiera à poursuivre la généralisation des écoles et collèges pionniers, à réduire le sureffectif des classes et l’abandon scolaire et améliorer le niveau d’équipement des écoles.

La modernisation des programmes et l’introduction progressive de certaines matières pratiques, comme la programmation et l’intelligence artificielle, dans les programmes éducatifs, font également partie de ses priorités.