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En Couv’. Sahara : Les signaux d’un changement très attendu

Trois acteurs clés multiplient les initiatives pour clore le dossier. Le Maroc, premier concerné, mais aussi ses alliés, la France et particulièrement les États-Unis. En plus de l’Envoyé personnel du Secrétaire général de l’ONU. Le déroulé des faits annonciateurs d’une résolution définitive.

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Il y a six mois, Staffan de Mistura, Envoyé personnel du Secrétaire général de l’ONU, affirmait dans son briefing devant les membres du Conseil de sécurité : «Les trois prochains mois seront, à mon avis, une opportunité pour confirmer comment ce nouvel élan, basé sur un engagement actif renouvelé de certains membres du Conseil, y compris des membres permanents, peut entraîner une désescalade régionale».

Six moins plus tôt, toujours devant le Conseil de sécurité, il évoquait sa démission, faute de «progrès significatifs».

Il a laissé entendre clairement qu’il envisageait de quitter ses fonctions avant avril 2025, à moins qu’un progrès significatif ne soit accompli dans les pourparlers. «Si d’ici avril 2025, je n’ai pas fait état de progrès significatifs, il est probable que des questions soient soulevées concernant le rôle et la pertinence de la mission onusienne», aurait-il soutenu devant le Conseil de sécurité. Aujourd’hui, l’émissaire de l’ONU est toujours en poste.

En toute logique, le dossier a connu une évolution cruciale. En avril, l’ancien représentant permanent du Maroc à l’ONU, Mohammed Loulichki, publiait un «policy paper» (Policy Center for the New South, 13p.), dans lequel il fait état d’une «dynamique en marche».

Et, souligne-t-il, «l’accompagnement des Nations unies dans cette dynamique d’accélération impliquerait une adaptation du mandat de la Minurso, entraînant une transformation tant de son statut que de ses fonctions.

En effet, dans l’hypothèse où l’autonomie serait consacrée comme unique cadre de négociation, la Minurso verrait son rôle évoluer d’une mission traditionnelle de maintien de la paix vers une mission politique».

Celle-ci, poursuit-il dans cette analyse, «aurait pour vocation principale d’accompagner et de soutenir les efforts de facilitation des négociations, sous l’égide de l’Envoyé personnel du Secrétaire général des Nations unies». Est-ce pour cela que De Mistura est toujours en poste ? Tout porte à croire que oui. Les faits.

En juillet, le Conseiller spécial de Donald Trump, Massad Boulos, a effectué une tournée dans la région de l’Afrique du Nord. En une semaine, il s’est rendu à la fois en Tunisie, en Libye (à Tripoli et à Benghazi) et en Algérie. Les observateurs y ont vu alors non pas un simple déplacement diplomatique, mais les contours d’une nouvelle stratégie américaine en Afrique du Nord qui se dessinent.

Certaines sources ont même évoqué, dans ce sillage, une tentative de médiation entre le Maroc et l’Algérie, évoquant, au passage, comme carotte une coopération militaire appuyée avec Alger – dont les signes n’ont pas tardé à se manifester – et des investissements dans le gaz non conventionnel.

Côté bâton, le groupe italien Edison, principal client du gaz algérien, a annoncé, il y a quelques semaines, la signature d’un nouvel accord pour l’achat du gaz naturel liquéfié (GNL) en provenance des États-Unis. Alger a déjà perdu des parts de marché importantes en Espagne, mais aussi en Europe, au profit du gaz américain. Cela d’un côté.

De l’autre, le membre du Congrès américain Joe Wilson a déposé, fin juin, le projet de loi H.R. 4119 «Polisario Front Terrorist Designation Act» visant à classer le Polisario comme organisation terroriste étrangère. Le texte est renvoyé, depuis, en commission. Cette perspective place de facto l’Algérie sur la liste des pays qui soutiennent le terrorisme et l’expose donc à des sanctions internationales.

Changement d’approche
L’offre reste toujours sur la table, mais l’approche a manifestement changé. Ainsi, le même Conseiller spécial du président américain a enchaîné des rencontres avec De Mistura. Et juste après la première entrevue, ce dernier lançait depuis l’Italie, dans un entretien avec le think-tank italien ISPI (Istituto per gli Studi di Politica Internazionale), une phrase qui en dit long sur l’évolution des choses.

«Aujourd’hui encore, je m’occupe d’essayer d’éviter un conflit lié à une tension entre deux nations en particulier, le Maroc et l’Algérie, et un groupe appelé Polisario, dans le Sahara occidental», a-t-il souligné. On notera qu’il a parlé de «deux nations», le Maroc et l’Algérie, et d’un «groupe appelé Polisario».

Peu après, le 16 septembre, De Mistura se rend à Alger. La teneur des entretiens avec les officiels algériens n’a pas été rendue publique. Sauf pour indiquer que le ministre des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, a réitéré «la position algérienne traditionnelle» sans tenir compte de la nouvelle dynamique internationale.

L’entêtement algérien ne fait que conforter le repositionnement de l’Envoyé personnel du Secrétaire général de l’ONU. Ce dernier avait, en effet, déjà fait allusion quelques mois plus tôt, le 14 avril, à un changement radical du traitement de ce dossier au sein du Conseil de sécurité.

Il a suggéré qu’à l’occasion du débat du renouvellement du mandat de la mission, la Minurso pourrait «être très utile pour soutenir la phase initiale d’une éventuelle solution mutuellement acceptable», plaidant pour sa préservation comme outil d’accompagnement d’une future solution politique.

Le changement ou, pour ainsi dire, la clarification de la position du Royaume-Uni, qui apporte désormais son appui au Plan d’autonomie, est également un fait important qui a marqué cette période. Un «revirement majeur», de l’avis de certains analystes. La nouvelle position vient mettre fin à la neutralité positive de ce pays.

Le Royaume-Uni étant aussi à la fois membre permanent du Conseil de sécurité et du Club des amis du Sahara. Ce qui fait au passage que quatre des cinq membres de ce club, et trois parmi les cinq détenteurs de veto au CS, reconnaissent la souveraineté du Maroc sur le Sahara et/ou appuient le plan d’autonomie.

On notera également la confirmation, à plusieurs reprises par les États-Unis, rédacteurs du projet de la résolution qui sera adoptée par le Conseil de sécurité vers la fin de ce mois, de leur reconnaissance de la marocanité du Sahara. Le 8 avril, le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, a réaffirmé officiellement le soutien des États-Unis à la souveraineté marocaine sur le Sahara et au plan d’autonomie, qualifié de «seule solution faisable».

Une position qui a été réitérée à plusieurs reprises par le Conseiller spécial du Président Trump, mais aussi, il y a à peine quelques jours, par le Secrétaire d’État adjoint, Christopher Landau, qui a déclaré, par la même occasion et au terme des entretiens avec Nasser Bourita : «J’ai eu le plaisir d’annoncer que nous soutiendrons les entreprises américaines souhaitant investir et faire des affaires dans tout le Maroc, y compris au Sahara occidental».

Fin de la neutralité positive ?
Les États-Unis, a-t-il ajouté, «reconnaissent la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, soutiennent la proposition d’autonomie authentique du Maroc comme seule base pour une résolution juste et durable, et exhortent les parties à négocier sans plus tarder afin de parvenir à une solution mutuellement acceptable qui apportera prospérité, paix et stabilité à la région».

Dans un message qu’il a adressé directement au peuple algérien, par le canal de l’ambassade de son pays à Alger, le responsable américain a également évoqué «la paix et la stabilité régionale», tout comme les opportunités de coopération économique entre les deux pays.

Cela dit, plusieurs sources médiatiques font, en effet, état des efforts diplomatiques particulièrement intenses des États-Unis comme de la part de la France pour promouvoir une décision radicale du Conseil de sécurité et clore définitivement ce dossier. Il n’en reste pas moins que tout porte à croire que les deux autres membres permanents, la Chine et la Russie, ne seraient pas contre.

La preuve, sur invitation de son homologue chinois, le ministre Nasser Bourita a effectué, les 19 et 20 septembre, une visite en Chine qui, soit dit en passant, investit déjà dans les provinces du Sud, lors de laquelle les deux parties ont signé un mémorandum d’entente établissant un dialogue stratégique institutionnalisé entre les ministères des Affaires étrangères marocain et chinois.

«Ce mécanisme renforce la convergence maroco-chinoise sur les questions régionales», est-il souligné. Une dizaine de jours plus tôt, le ministre a eu un entretien téléphonique avec son homologue russe. Les deux ministres ont annoncé, notamment, la préparation de la VIIIe Commission mixte Maroc-Russie.

C’est pour dire que le cadre se précise pour une nouvelle résolution du Conseil de sécurité. Une résolution qui consacre une tendance internationale portée par plus de 120 pays qui appuient le plan d’autonomie et plusieurs dizaines d’États qui reconnaissent la souveraineté du Maroc sur ses provinces sahariennes. Cinquante ans après l’éclatement de ce dossier, une nouvelle ère commence.


Et après…
Évidemment, le plan d’autonomie ne sera pas déployé sur le terrain au lendemain du vote de la résolution du Conseil de sécurité. C’est une démarche qui nécessite des négociations, pour en définir les modalités, et du temps et un accompagnement juridique pour sa mise en œuvre.

Un processus qui ira sans doute de pair avec le parachèvement de la mise en œuvre de la régionalisation avancée dans les autres parties du Royaume. Le Sahara pourrait être considéré, en ce sens, comme une région pilote.

Par contre, les effets immédiats vont plutôt se faire ressentir au niveau diplomatique et régional, des pays comme la Mauritanie ou la Tunisie, vont pouvoir se défaire d’un boulet. Ce qui annonce le renforcement ou la relance sur de nouvelles bases de la coopération régionale.

Pour le Polisario, au risque de se voir catalogué organisation terroriste ou de se désintégrer et voir ses membres enrichir les rangs des organisations terroristes dans la région, il sera amené à participer, selon un mode convenu, au processus du déploiement du plan d’autonomie aux côtés des autres acteurs, y compris la société civile, issus des provinces sahariennes.